LE VÊTEMENT.
sait même des bains, et pour cela elle avait des troupeaux d'ànesses qui la suivaient dans ses voyages,
Fig. 529. — Mancîie de boîte à par'ums.
Les Pères de l'Église s'élevèrent avec leur véhémence ordinaire contre ces usages qu'ils qualiûaient d'impies. « Ah ! celles qui doivent scandaliser des yeux chrétiens, je vais le dire, moi, s'écrie saint Jérôme, dans une lettre à Marcella : ce sont celles qui se barbouillent de toutes sortes de fards le visage et les paupières, et qui nous montrent, comme des idoles, des faces do plâtre plus blanches que nature, où, si elles venaient tout à coup à verser une larme, on en verrait le sillon'tracé sur leurs joues ; celles à qui les années venues ne peuvent apprendre qu'elles sont vieilles ; qui élèvent sur leur tête un édifice de cheveux empruntés et se refont une jeunesse menteuse par-dessus leurs rides-, qui, toutes tremblantes par l'âge, se redonnent des airs de jeunes filles au milieu de la troupe de leurs petits-enfants; voilà ce qui doit faire rougir une chrétienne. »
Fig. 530. Fig. 531.
Boîtes d'ivoire pour la pommade, découvertes à Pompéi.
« Cet amour frivole de la parure n'entraîne pas seulement les femmes, dit saint Clément d'Alexandrie, mais les hommes mêmes.
tant le luxe a fait parmi nous de progrès affreux et rapides ! Ces vains ornements accusent hautement la corruption de leur cœur. Devenus femmes par leurs mœurs, ils le deviennent par leurs vêtements. Semblables par l'arrangement de leur chevelure à des esclaves ou à des courtisanes, à peine couverts de vêtements légers et transparents, la bouche pleine de mastic, le corps inondé de parfums, errant tout le jour sur nos places publiques, ils s'y font gloire de leur détestable mollesse. C'est pour eux que nos cités regorgent de ces ouvriers inutiles incessamment occupés à mas5er, poisser, épiler ces misérables qui ne sont plus d'aucun sexe; c'est pour eux que s'élèvent ces innombrables boutiques, ouvertes nuit et jour, où les artisans de ce commerce impur, spéculant sur la folie, s'enrichissent rapidement. C'est là que, sans honte d'eux-mêmes, ils s'enduisent de poix et livrent aux mains et aux instruments de mille esclaves les parties les plus secrètes de leur corps, se réjouissant de voir leur peau devenir lisse et douce comme celle des femmes sous l'action violente de la poix. Leur impudence ne peut sans doute aller plus loin ; mais, puisqu'il n'est rien qu'ils ne fassent, il n'est rien que je doive taire. » (Saint Clément d'Alexandrie.)
Les épingles. — L'origine des épingles remonte aux temps préhistoriques: on en trouve dans les plus anciens tombeaux. Avant qu'on sût travailler les métaux, on faisait des épingles ou des aiguilles avec des arêtes de poissons ou le dard des arbustes épineux. Dès que le bronze apparaît, on en fait avec cette matière sans cesser pour cela d'en faire avec de l'ivoire ou des os travaillés. Tous les métaux ont été successivement employés pour la confection des épingles, et on leur a donné de bonne heure les formes les plus variées. Les aiguilles à coudre dont on se servait pour la confection des vêtements étaient fort petites et pointues comme les nôtres, mais leur exiguïté même fait qu'on en a retrouvé fort peu, la rouille les ayant rongées sous l'action du temps.
En revanche, on a retrouvé à Pompéi et ailleurs un nombre considérable d'épingles à cheveux : on les reconnaît à ce qu'elles sont en général beaucoup plus grandes que les autres. Ces épingles avaien dans la toilette féminine un rôle extrêmement important.
Le musée du Louvre possède une riche collection d'épingles antiques. « Leur forme, dit la notice des bijoux, publiée par M. Ch. Clément, leurs dimensions, la matière dontellesse composaient, variaient
LE VÊTEMENT.
suivant le rang, l'âge, le costume, les circonstances particulières du moment, le goût ou le caprice de celles qui les portaient, et les dames romaines en possédaient un nombre considérable. L'extrémité supérieure de ces épingles était quelquefois percée d'un trou où se passait le lacet destiné à séparer les cheveux de derrière arrangés en tresses de ceux de devant, ordinairement frisés et relevés au moyen du fer
Fig. 532.
Fig. 533.
Pig. 534. Épingles antiques.
Fig. 535.
Fig. 536.
chaud. D'autres fois, elles servaient à retenir sur le sommet de la tête l'échafaudage plus ou moins élevé de la coiffure ; plus rarement enfin, elles s'attachaient d'avant en arrière, de manière à séparer les cheveux en deux bandeaux semblables. La tête de ces épingles était formée tantôt par un simple bouton de métal estampé ou ciselé, tantôt par un glanO, une grenade ou une fleur ; quelquefois par une tête d'animal ou par un buste humain ; souvent par un chapiteau supportant un génie, un amour, une figure quelconque, ou même un groupe complet (fig. 532 à bkh).
LA TOILETTE.
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« La lige des épingles à cheveux est souvent creuse, et, clans ce cas, elle renfermait des paifums et quelquefois du poison. Suivant Dion Cassius, Cléopàtre se serait donné la mort au moyen du poison qu'elle conservait dans une de ses épingles, et celui que l'on trouva dans les cheveux de Martina, la Brinvilliers du temps de Tibère, était peut-être aussi conservé dans la tige d'une épingle à cheveux, d
Fig. 538. • Fig. 539.
Épingles pour coiffures.
Fig. 540.
Les figures 545 et 5Z(6 représentent des épingles d'origine étrusque. La première se termine par un chapiteau surmonté d'une boule, et la 'seconde par une tète de bélier posée sur une espèce de tambour : mais, avant d'arriver au tambour, la tige traverse trois lentilles qui lui donnent une grande élégance. Cette épingle est en argent. Les Athéniens, avant les guerres médiques, se servaient pour tenir leurs cheveux d'épingles surmontées de cigales d'or; cet usage venait d'Asie Mineure. Car, dans les temps anciens, et surtout en Orient, les hommes portaient les cheveux longs comme les femmes. Plus tard, on a porté les cheveux courts, mais les femmes grecques, et encore plus les romaines, avaient toujours une profusion d'épingles pour maintenir leurs cheveux.
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LE VÊTEMENT.
Quelquefois c'est un petit animal ou une main qui forme la tête de Vépingle (fig. 547, 548, 549). Mais bien souvent aussi ce sont de gracieuses petites figurines qui en constituent la décoration (fig. 550, 551 et 552). C'est ainsi que la figure 553 nous montre une épingle d'ivoire ornée d'une Vénus naissante, qui tord ses cheveux en sortant du sein des eaux. 11 y en a parmi ces petites figurines qui sont des petits chefs-
Fig. Ml.
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Fig. 512, Fig. 543.
Épingles anttqucs.
Fig. 544.
d'œuvre, comparables aux belles statues antiques. C'est ce qui avait tant frappé Winckelniann, lorsqu'on lui montra des épingles d'argent décorées de petits sujets qui venaient d'être découvertes à Herculanum et dont il a laissé la description suivante : « La plus grosse, dit-il, longue de huit pouces, est terminée par un chapiteau d'ordre corinthien, sur lequel est une Vénus, à qui l'Amour présente un miroir. Sur une autre de ces épingles, surmontée aussi d'un chapiteau d'ordre corinthien, sont deux petites figures de l'Amour et Psyché qui s'em-
LA TOILETTE.
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T)rassent; une autre est ornée de deux bustes; la plus petite représente Vénus appuyée sur le socle d'une figure de Prlape, et elle touche de la main droite son pied qui est levé. »