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« Quelques-uns des palais assyriens, dit M. Lenormant, occupent une énorme étendue. Celui de Sennachérib à Koyoundjik couvre une surface presque égale à celle du grand temple de Karnak en Egypte. Le plan, du reste, en est toujours le même ; ce sont des successions d'immenses cours carrées, plus ou moins nombreuses suivant le développement donné à l'édifice, autour desquelles se groupent des salles disposées en enlilade, sans aucun passage de dégagement. D'autres cours ou esplanades sont placées entre l'édifice lui-même et la muraille en terrasse qui borde extérieurement le monticule sur lequel il est bâti. Les salles n'ont jamais plus de /jO pieds de largeur, mais leur longueur est souvent très considérable, ce qui leur donne l'aspect de véritables galeries. La plus grande de celles du palais de Khorsabad a 116 pieds de k'Ug : dans le palais d'Assourbanipal à Ninroud, on en trouve une qui a l/jO pieds; enfin la longueur de la principale salle du palais de Koyoundjik est de 180 pieds. Ces longues galeries, qui servaient de salles de cérémonies, constituent une des particularités les plus caractéristiques de l'architecture assyrienne. Les parois intérieures des grandes salles étaient décorées de revêtements en pierre, sculptés jusqu'à une certaine hauteur, et au-dessus, de briques émaillées. D'autres salles étaient uniquement décorées par ce dernier procédé. Les simples chambres ou les salles moins luxueuses, destinées à des occasions moins solennelles, avaient leurs murailles recouvertes d'un enduit de stuc coloré, quelquefois avec des peintures à fresque. Nous apprenons aussi par les inscriptions qu'il y avait beaucoup de pièces entièrement lambrissées de bois et qu'on y employait les essences les plus précieuses; les espèces nommées comme servant à former ces lambris sont le pin maritime, le sapin, le cyprès, le cèdre, le pistachier sauvage, l'ébène

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et le santal. On n'en a pas jusqu'à présent retrouvé de vestiges, car tous les palais fouillés avaient été dévastés par l'incendie, dans les désastres qui marquèrent la fin de l'empire d'Assyrie. — Pour les réunions auxquelles les grandes galeries intérieures ne suflisaient pas, c'étaient les cours elles-mêmes, décorées de gigantesques sculptures sur toutes leurs faces et couvertes d'un vélum étendu dans ces occasions, qui servaient de salles. De mmces colonnes, quelquefois en pierre, plus souvent en bois revêtu de métal, soutenaient autour de ces cours des portiques en bois peints de couleurs éclatantes. Quelquefois elles imitaient

Fig. GOa. — Irùue assyrien.

des palmiers ou d'autres arbres, le plus souvent elles étaient terminées par des chapiteaux à volutes, origine première de l'ordre ionique; quelquefois enfin elles étaient surmontées par des figures de métal représentant des animaux réels ou fantastiques. »

Le roi Sargon parle lui-même du palais de Korsabad dans cette inscription. « J'ai bâti dans la ville un palais couvert en peau de cétacés, avec des boiseries en santal, ébène, cèdre, cyprès, pistachier sauvage, un palais d'une incomparable splendeur, pour le siège de ma royauté... J'y ai écrit la gloire des dieux. Au-dessus, j'ai bâti une charpente en bois de cèdre. J'ai revêtu les poudres de bronze... J'ai fait un escalier ■en spirale sur le modèle de celui du grand temple de Syrie qu'on nomme Bettilasni... J'ai sculpté avec art des pierres de la montagne. Pour -décorer les portes, j'ai fait des enjolivements dans les linteaux et les montants ; j'ai placé au-dessus des traverses en pierre de gypse... Mon

palais renferme de l'm', de l'argent, des vases de ces deux mêlaiix, des couleurs, du fer, les produits de nombreuses mines, des étoffes teintes en safran, des draps bleus et pourpres, de l'ambre gris, des peaux de cétacés, de perles, du bois de santal et d'ébène, des chevaux d'Egypte, des ânes, des mulets, des chameaux, du butiu de toutes sortes. »

Fig. CUy. — Peraûuiiagus portant uti Irûue.

Les monuments assyriens, si intéressants à consulter pour tout ce qui concerne l'histoire du costume, sont beaucoup moins riches en re-préseniations figurées lorsqu'il s'agit des meubles. Ceux que l'on voit appartiennent presque toujours à la maison royale et ne nous renseignent que bien indirectement sur les meubles en usage dans le pays.

L'HABITATION EN ASIE.

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En revanche ils sont d'une forme extrêmement originale et méritent sous ce rapport une attention particulière.

Voici d'abord (tig. 608) un trône assyrien, ou, si l'on aime mieux, une chaise royale. Le dossier n'en est pas très élevé et les pieds reposent sur deux cônes renversés de grande dimension, dont la forme a quelque analogie avec celle d'une pomme de pin. Les bras du fauteuil sont supportés par trois petits personnages sculptés, mais ce qu'il y a de plus caractéristique comme système décoratif, c'est assurément le petit cheval qui est figuré sur les côtés et dont la

tête, qui se projette en avant, termine le bras du fauteuil d'une manière tout à fait originale. Cette forme du trône se retrouve plusieurs fois reproduite sur les bas reliefs assyriens.

11 paraît au surplus qu'il y avait des trônes roulants, car la figure 609 nous montre un trône identique à celui qu'on vient de voir, mais adapté sur deux roues et pourvu d'un timon qui permettait de le transformer en char. Le peu de hauteur des roues ne permet pas de supposer toutefois que ce char ait pu être traîné par des chevaux, mais ii l'était probablement par les eunuques, qui sur notre figure 609, le tiennent sur leurs épaules, et on peut supposer que le roi se faisait traîner par ses serviteurs dans les avenues de son parc. Ce trône roulant peut aider à faire comprendre, au moins pour une partie, le mot de Daniel : « Son trône était de tlanunes et ses roues de feu ardent. »

La figure 610 montre une table; e 1; est [placée devant le lit du roi Assarhaddon, que nous avons représenté ailleurs (fig. 115). On peut ici en voir aisément les détails, et on remarquera que les ornements qui décorent ce meuble et particulièrement ceux de la tige centrale impliquent l'emploi du mét:d. Cette table avec ses pieds en griffes

Fig. 610. — Table assyrienne.

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L'HABITATION.

de lion, portant sur des supports coniques, est extrêmement élégante.

Si les monuments assyriens nous fournissent des documents qui

font comprendre l'appareil pompeux des rois, ils sont au contraire assez

pauvres pour tout ce qui touche l'ameublement des particuliers. Nous

Fig. tJll — Lu assyrien daus une tente.

avons, il est vrai, des représentations de tentes oi^i l'on voit des couchettes et des sièges, mais il s'agit ici d'un camp et par conséquent do meubles portatifs. Cependant le lit représenté sur la figure 011 nous

montre une forme de couchette qui n"a rien de somptueux et qui nous donne probablement le type d'un meuble assez employé. Ce lit se relève au-dessous de la tête pour exhausser le matelas qui est d'ailleurs fort épais.

Voici maintenant (fig. 012) un siège en forme de pliant, qui ne présente aucun caractère luxueux. La scène en effet se passe sous une tente, et a probablement trait à la vie des camps. Le mobilier de cette tente est d'ailleurs assez maigre, et les deux personnages qui avaient ce pliant à côté d'eux ont préféré s'asseoir sur une pierre.