Hommes causant.
La maison en Perse. — Nous n'avons presque aucun renseignement sur les habitations de la Perse, ni sur celles de la Médie. Cependant Polybc a laissé quelques mots sur la résidence royale d'Ecbatane, qui était située dans la citadelle. « Ce palais, dit-il, a sept stades de tour; la grandeur et la beauté des bâtiments donnent une grande idée de la puissance de ceux qui les ont élevés les premiers; car, quoique tout ce qu'il y avait en bois fût de cèdre et de cyprès, on n'y avait rien laissé à nu. Les poutres, les lambris et les colonnes qui soutenaient les portiques et les péristyles étaient revêtus, les uns de lames d'argent, les autres de lames d'or. Toutes les tuiles étaient d'argent. La plupart de ces richesses furent enlevées par les Macédoniens du temps d'Alexandre; Antigène et Séleucus Nicanor pillèrent le reste. Cependant lorsque An-tiochus entra dans ce royaume, le temple d'Ena était encore environné de colonnes dorées, et on trouva dedans une grande quantité de tuiles d'argent, quelques briques d'or, et beaucoup de briques d'argent. On fit de tout cela de la monnaie au coin d'Antiochus, qui se monta à la somme de quatre mille talents. »
La description que Polybe vient de nous donner du palais des rois peut s'appliquer à tous ceux des monarques orientaux dans l'antiquité. Les colonnes, les poutres, les caissons en bois de cèdre et do cyprès étaient revêtus de lames d'or et d'argent," et les tuiles du toit sont désignées dans plusieurs palais comme faites en argent massif.
Antérieurement aux guerres médiques, le luxe de l'Asie était pour les Grecs un sujet perpétuel d'étonnement. « Xerxès, dit Hérodote, s'é-tant sauvé de la Grèce, laissa tout son appareil à Mardonius. Pausanias, voyant cette magnificence, tant en or qu'eu argent, en pavillons du travail le plias riche et le plus varié, ordonna aux cuisiniers de préparer un repas, comme ils le faisaient pour Mardonius. Lorsqu'ils l'eurent fait, Pausanias contempla avec étonnemcnt les lits d'or et d'argent couverts de tapis, les tables d'argent, le splendide appareil de ce repas et tout ce qu'on avait servi; mais, voulant aussitôt s'en moquer, il ordonna à ses gens de lui préparer à manger à la Lacédémoniennc. Le repas étant prêt, Pausanias éclate de rire, fait venir les capitaines grecs et leur montrant la différence des deux appareils : « Je vous ai, dit-il, rassemblés ici, pour vous prouver l'excès de folio du général des Mèdes; lui qui, pouvant vivre avec tant de somptuosité et de grandeur, s'est avisé de venir chez des gens aussi misérables que nous. » (Hérodote.)
Les Mèdes et les Perses, qui ont dominé dans toute l'Asie occidentale, ne paraissent pas avoir modifié sensiblement les formes du mobilier
L'HABITATION.
qui étaient en usage chez les Assyriens. Les liistoriens anciens nous parlent continuellement du luxe et de la mollesse des Modes et des Perses, mais sous ces noms ils entendent toujours les usages relatifs aux grandes monarchies asiatiques entre lesquelles ils semblent ne faire aucune distmction.
C'était sur un trône d'or, dit Athénée, que le roi s'asseyait pour
fig. til3. — Kui sur sou Irùue.
donner des audiences, et ce trône était placé entre quatre petites colonunes enrichies de pierreries. Au-dessus on tendait un tapis pourpre jaspé. Le trône du roi de Perse est figuré sur la figure 613 : c'est un fauteuil dépourvu de bras, un tabouret est posé sous les jieds du roi.
La décoration des meubles de la Perse consiste presque toujours dans une succession de moulures dans lesquelles vient presque toujours s'interposer une patte de lion, comme le montre la figure 61 i.
L'HABITATION EN ASIE.
417
Les tables aussi bien que les chaises reproduisent avec une certaine uniformité les variantes de ce type. Voici pourtant (fig. 615) une table sur laquelle nous trouvons les chapelets de perles et des espèces d'oves assez analogues à l'ornementation employée parmi les Grecs.
:LI':!,::|!lll^:!class="underline" ^1i::!llll^;:::lclass="underline" '^!lll^:JlilKlWlclass="underline" l';"^lclass="underline" ;lllll^''^;l;;;lM
li'i'.i a'M'EK .1 ii[iiiiiiii!iiimiiii!i:ilWii»'-iiii[iiiiiii"
^MTF
'iiiiiii' ■ mm
Fif,'. 614. — Meuble porjQ.
Mais ce qui est beaucoup plus curieux, c'est que les pieds du meuble sont terminés dans leur partie supérieure par une tète d'animal fantastique, dont l'allure rappelle absolument les figures grimaçantes dont
Fig. 615. — Table perse.
l'emploi est si fréquent encore aujourd'hui pour les meubles en usage dans l'extrême Orient.
Nous n'avons malheureusement aucune représentation de lits et nous sommes obligés de nous en tenir aux récits des auteurs anciens. Xéno-phon rapporte que les Perses, « non contents d'avoir des lits trôs-mollcts, posent même les pieds de leurs lits sur des tapis, afin que le plancher n'y oppose pas une trop dure résistance et que les tapis cèdent mo le-
ment au poids. » Les Perses passaient en effet pour avoir des lits beaucoup mieux confectionnés que ceux des Grecs. « Timagoras de Crète avait reçu entre autres présents d'Artaxerxès un superbe lit à pieds d'argent avec une garniture trcs-riche; mais ce prince lui avait envoyé en même temps un domestique pour lui préparer sa couche, disant qac les Grecs n'y entendaient rien. »
« Selon Charès de Mitylène, cité par Athénée, les rois de Perse poussèrent leur molle volupté et leur luxe jusqu'à se faire pratiquer à la têle de leur lit une salle à cinq lits dans laquelle ils tenaient toujours en réserve cinq mille talents en or; c'est ce qu'on appelait To-reiller du roi. Au pied du lit était pratiquée une autre pièce à trois lits, oi^i il y avait trois mille talents d'argent; on l'appelait le marchepied du roi. On voyait dans sa chambre à coucher une vigne d'or enrichie de pierreries, qui s'étendait au-dessus du lit. Amynte dit même, dans son itinéraire, que cette vigne avait ses grappes formées des pierres les plus précieuses et que près d'elle on avait posé un cratère d'or, ouvrage de Théodore de Samos. »
La maison en Asie Mineure. — Yitruve nous a laissé quelques lignes sur les habitations phrygiennes. « Les Phrygiens, dit-il, qui habitent un pays oii il n'y a point de forêts qui leur fournissent du bois pour bâtir, creusent de petits tertres naturellement élevés, établissent des chemins pour entrer dans l'espace qu'ils ont pratiqué et qu'ils font aussi grand que le lieu le permet; sur les bords de ce creux, ils placent plusieurs perches liées ensemble et assemblées en pointe par le haut, ils couvrent ce toit avec des cannes et du chaume, et sur cela ils entassent encore de la terre en monceau; par ce moyen, ils rendent leurs habitations très-chaudes en hiver et très-fraîches en été. En d'autres pays, on couvre les cabanes avec des herbes prises dans les étangs, et c'est ainsi que, selon les lieux, on adopte diverses manières de bâtir. A Marseille, au lieu de tuiles, les maisons sont couvertes de terre grasse pétrie avec de la paille; à Athènes, on montre encore, comme une chose curieuse par son antiquité, les toits de l'Aréopage faits aussi en terre grasse; et dans le temple du Capitole, la cabane de Romulus, couverte de chaume, fait voir cette ancienne manière de bâtir. Toutes ces observations font assez juger quels étaient les bâtiments anciens ».
Les meubles n'étaient assurément pas les mêmes dans les différentes
L'HABITATION EN ASIE.
419
parties de l'Asie Mineure, cl les migrations successives qui se sont établies dans ce pays en ont profondément modifié les mœurs.
Voici (fig. 616) un lit d'après un bas-relief lycien, qui se rapproche bien plus des formes usitées en Grèce que de celles qui avaient cours de l'autre côté de l'Euphrate. Il faut séparer l'Asie Mineure du reste de l'Orient; elle a été l'institutrice de la Grèce, et c'est surtout dans les variétés du style grec qu'il faut chercher les meubles qu'employaient les riches habitants des riches cités ioniennes qui peuplaient la côte et