Fig. 6I«. — Lit lycien.
les îles de la mer Egée. Si l'on veut se reporter au trône de Crésus (tome 1, fig. 260) et le comparer à ceux que nous allons voir maintenant, on comprendra que, pour ce qui concerne le mobilier, il était impossible de séparer la Grèce d'Asie de la Grèce d'Europe.
ii:
L'HABITATION EN GRÈCE
La maison. — Les meubles.
La maison. — C'est par les descriptions d'Homère que nous pouvons nous faire une idée approximative de ce qu'étaient les palais des rois dans l'âge héroïque. Ces habitations, qui comprenaient un corps de logis pour les hommes et un antre [)our les femmes, avaient une enceinte fortifiée et offraient une apparence toute militaire. De chaque
côté de la porte, il y avait des bancs de pierre, où les hommes s'asseyaient pour faire la conversation.
Les écuries, les remises pour les chars et les magasins à fourrage étaient disposés autour de la cour. La salle des hommes était très spacieuse et ornée de colonnes supportant la^toiture; des sièges couverts de tapis étaient rangés tout autour. Cette pièce, qui était la plus importante, était précédée d'un vestibule où dormaient les étrangers. Autour de la grande salle étaient disposés les appartements des hommes, mais ceux des femmes paraissent avoir été à un étage supérieur, car dans Homère, nous voyons toujours Hélène ou Pénélope descendre de leurs appartements ou y remonter avec leurs femmes. Le centre de la cour principale offrait toujours un autel consacré à Jupiter.
Voici la description qu'Homère nous donne du palais d'Alcinoùs : <i La haute demeure du magnanime Alcinoûs brille ainsi que la clarté de la lune et la splendide lumière du soleil. Les murailles sont de toutes parts revêtues d'airain, depuis l'entrée du palais jusqu'au fond des appartements; tout autour des murailles règne une corniche azurée. L'intérieur de cette demeure inébranlable est fermé par des portes d'or; les montants d'argent reposent sur le seuil d'airain ; le linteau des portes est aussi en argent et l'anneau en or. Aux extrémités des portes on aperçoit des chiens d'or et d'argent qu'avait forgés Vulcain avec un art merveilleux pour garder la demeure du magnanime Alciiioùs; ces chiens sont immortels et pour toujours exempts de vieillesse. Dans Tin-térieur du palais, depuis le seuil jusqu'à l'extrémité des vastes salles, se trouvent des sièges rangés le long de la muraille. Ces sièges sont recouverts de tissus finement travaillés par des mains de femmes; là s'asseyent les chefs des Phéaciens pour goûter les douceurs du repos, car ils ont chaque jour de nouvelles fêtes. Sur de magnifiques piédestaux s'élèvent des statues en or représentant des hommes encore jeunes, tenant entre leurs mains des flambeaux qui servent à éclairer, pendant la nuit, la salle des convives. Cinquante femmes esclaves servent dans ce palais; les unes broient sous la meule le jaune froment; les autres tissent la laine ou filent la toile, et les mains de ces femmes sont aussi mobiles que les feuilles d'un haut peuplier agité par le vent. »
L'art décoratif des palais d'Homère semble se rattacher à une architecture à revêtements métalliques, où l'or, l'argent, l'airain et l'ivoire s'incrustent dans les frises, recouvrent les portes et s'appliquent le long des murs. H est bon de noter que les portes n'avaient point de serrures; elles se fermaient par un verrou ou un loquet en boisou en méial.
quelquefois par de simples ligatures en corde. Dans les temps primitifs, la mitoyenneté n'existait pas : chaque maison était circonscrite dans un enclos entouré par des espaces libres. Il y avait des caves creusées sous terre pour conserver les vins, l'huile et la farine, mais il no semble pas que l'usage des cuisines ait été pratiqué : les mets étaient préparés dans la salle même où on prenait le festin. Il y avait entre l'enceinte et l'habitation proprement dite un espace assez étendu. Le palais d'Ulysse avait un verger, et dans celui d'Alcinoiis nous voyons deux fontaines jaillissantes dont les eaux étaient amenées jusque devant le palais.
Si Homère nous fournit quelques renseignements sur les habitations de l'âge héroïque, les auteurs d'un âge postérieur sont à peu près muets sur la demeure des Grecs à l'époque des guerres médiques; les fouilles tentées en Grèce n'ont pas encore pu mettre à jour une maison dont le plan puisse être déterminé d'une manière positive. Les explications que Vitruve a données sur la maison grecque manquent tellement de précision que les architectes qui ont voulu faire une reconstitution en le suivant à la lettre sont arrivés à des résultats si complètement différents qu'on ne peut y voir que de simples hypothèses. Les maisons de Pompéi, bien qu'elles appartiennent au monde romain, sont encore les meilleurs documents que nous puissions consulter sur la disposition d'une maison antique, et nous leur consacrerons un chapitre spécial.
Pour le moment nous devons donc nous ej tenir à ce que disent les écrivains qui ont traité des mœurs des Grecs en les comparant aux mœurs romaines. Nous savons que les femmes grecques vivaient dans le gynécée, et que leur appartement était complètement séparé de celui des hommes, mais la distribution des pièces qui composaient le gynécée ne nous est pas connue. Dans l'un comme dans l'autre appartement, les chambres étaient disposées autour d'une petite cour entourée d'un portique.
« Une loi de Lycurgue, dit "Plutarque, proscrivait toute magnificence. Elle ordonnait de n'employer que la cognée pour faire les planchers des maisons, et la scie pour faire les portes, avec défense de se servir d'aucun autre instrument. Lycurgue avait pensé que le luxe et la superfluité ne peuvent prendre pied dans une maison ainsi construite. Quel homme en effet aurait assez peu de bon sens et de goût pour porter dans une maison si simple et même si grossière des lits à pieds d'argent, des tapis de pourpre, de la vaisselle d'or et toute la somptuosité
L'HABITATION.
qui en est la suite. N'est-oii pas au contraire forcé d"assoriir les lits à la maison, les couvertures au\lits, et tous les autres meubles au\ couvertures? C'est cette coutume de construire ainsi les maisons qui fit que l'ancien Léotichidas, roi de Sparte, ayant remarqué en soupant à Co-rinthe que le plancher de la salle était magnifiquement lambrissé, demanda |à son hôte si dans son pays les arbres avaient naturellement cette forme. »
Ce passage nous montre que les Spartiates conservaient dans leurs mœurs une simplicité assez voisine de la barbarie, ce qui est parfaitement conforme à tout ce que nous savons d'eux; mais il prouve également que cet exemple n'était pas suivi par les autres peuples de la Grèce, où le luxe envahit partout les hautes classes de la société. C'est contre cet accroissement du luxe que s'éleva la secte des cyniques dont le philosophe Diogùne est le représentant le plus fameux. On sait qu'il habitait dans un tonneau (Qg. 617), mais il parait -^ avoir été le seul de sa secte qui ait poussé à ce point la logique de ses doctrines. Le luxe qu'il voulait proscrire ne s'en porta pas plus mal, et ne fit même qu'augmenter pendant la période macédonienne et romaine.
Nous trouvons dans le livre d'Apulée une petite description qui nous fuit connaître la physionomie d'une maison opulente pendant cette période :
« Après les premières politesses, nous fîmes une vingtaine de pas, et nous arrivâmes à la maison de Byrrhène. Elle était précédée d'une magnifique galerie, aux quatre angles de laquelle s'élevaient des colonnes surmontées de statues de la Victoire. Une Diane en marbre de Paros, était placée exactement au milieu de l'enceinte entière; elle semblait venir au-devant de ceux qui entraient et son caractère de majesté inspirait la vénération. Des chiens l'entouraient des deux côtés et ces animaux étaient aussi en pierre; leurs yeux étaient menaçants, leurs oreilles dressées, leurs naseaux ouverts, leur gueule prêteàdévo-