— Tonneau de Diogène.
rer; et si du voisinage il se fût fait entendre un aboiement, c'eût été à croire qu"il sortait de ces gosiers de pierre. Pour parler d'un détail où l'artiste plein de génie s'était surpassé lui-même, pendant que ces chiens, le corps çt le poitrail jetés en avant, posaient sur deux de leurs deux pieds, les deux autres semblaient courir. Derrière la déesse s'élevait, en forme de grotte, un rocher tapissé de mousse, de gazon, de liane flexible, et çà et là de pampres et d'arbustes, qui de distance en distance sortaient en fleurs de la pierre. Le reflet de la statue se projetait dans l'intérieur, grâce à la transparence du marbre. Tout au rebord du rocher pendaient des fruits et des raisins si admirablement sculptés, que l'art rivalisait avec la nature et qu'ils étaient d'une vérité parfaite; et si l'on se penchait pour regarder dans les ruisseaux qui s'échappaient en molles ondulations des pieds de la déesse, on était tenté de croire que, comme des grappes suspendues à des vignes, ces fruits présentaient entre autres caractères de vérité l'illusion du mouvement. A travers le feuillage, on apercevait un Actéon en pierre, penché le dos en avant, qui attendait avec un regard curieux que la déesse vint se baigner dans la fontaine de la grotte, et qui commençait déjà à être changé en cerf. »
Les meubles. — Les descriptions d'Homère nous montrent l'importance qu'on attachait dans l'âge héroïque au travail riche et orné (les meubles tels que les sièges, les lits, les coffres, les coupes, et surtout les armes. Le mobilier de cette époque se caractérise par un mélange singulier de luxe et de barbarie. Les meubles en bois, grossièrement dégrossis avec une hache, étaient ensuite creusés, percés et ornés avec beaucoup de soin d'incrustations en or, en argent et en ivoire. Les artisans ne formaient pas une classe particulière dans la société, ou du moins, tout le monde travaillait au mobilier de son habitation, les rois comme les autres. Quand Ulysse veut se faire reconnaître de Pénélope, il lui fait la description de son lit : « Je l'ai construit moi-niéme, dit-il, seul, sans aucun secours, et ce travail est un signe que tu ne peux méconnaître. Dans l'intérieur des cours s'élevait un florissant olivier verdoyant et plein de stve. Son énorme tronc n'était pas moins gros qu'une colonne. J'amassai d'ùnormes pierres, je bâtis tout autour, jusqu'à ce qu'il y fût enfermé, les murs de la chambre nuptiale; je la couvris d'un toit et je la fermai de portes épaisses, solidement adaptées. Alors, je fis tomber les rameaux touffus de l'arbre : je tranchai, à partir des racines, la surface du tronc, puis m'aidant ha-
L'HABITATION.
bilement de la hache d'airain et du cordeau, je le polis, j"cn fis les pieds du lit, et le trouai à l'aide d'une tarière. Sur ce pied je construisis entièrement ma couche, que j'incrustai d'or, d'argent et d'ivoire et dont je formai le fond avec des courroies prises dans des dépouilles de taureau, teintes d'une pourpre éclatante. »
Les meubles représentés sur les vases d'ancien st\le trahissent les influences que l'Orient conserva longtemps sur les mœurs et les industries de la Grèce. La figure 618 montre Thésée s'apprêtant à châtier le brigand Procuste, qui voulait que tout le monde fût à la taille de son
618. — Le lit de Procuste. (D'après une peinture de vase.)
Fig. 619. — Lit grec. (D'après une peinture de vase.)
lit, et coupait les pieds de ceux qui le dépassaient en longueur. Le lit que nous voyons ici rappelle les formes usitées en Egypte et présente l'aspect d'un animal en marche. Toutefois, cette forme de lit est rare sur les monuments, qui montrent bien plutôt des meubles analogues à ceux qui étaient employés dans l'Asie Mineure dans une période assez
L'HABITATION EN GRÈCE.
42?
reculée, et que nous retrouvons en Grèce, au temps des guerres mé-diques.
La figure C19 nous montre le type le plus pur du meuble grec : c'est un lit pris sur un vase peint. Les supports du lit sont plats et découpés sur les côtés : ils présentent la forme d'un pilastre avec cliapiteaux ioniques. Cette forme est caractéristique dans le mobilier grec : on la retrouve sur le beau lit funèbre que M. Heuzey a découvert en Macédoine et qui est maintenant au Musée du Louvre. (Fig. 620.)
v;r;^^'yiiV;:^'^';i!ij!ijj.yi!iiiiii:ç'ii'>i
J ■:' i
fiî!,'iiiiii{:;).iiiii'
.;;::....M„ii, .1 -;:i,Mlllllllllllr
Fig. 620. — Lit mucéJunien.
Outre les lits couchettes, les Grecs avaient des litsderepos, sur lesquels ils se tenaient plus volontiers que sur les sièges. Cet usage du reste est d'importation asiatique. Comme les mœurs orientales s'infiltraient peu à peu dans les populations grecques, nous voyons la transformation s'opérer d'abord dans l'Asie Mineure. Ainsi les Grecs d'Asie prirent l'habitude de se coucher sur des lits au lieu de s'asseoir, avant les Grecs dus îles, et ceux-ci devancèrent dans cet usage les Grecs du continent. Hérodote nous raconte comment Polycrate, tyran de Samos, reçut l'envoyé du Perse Orétès: « Il était, dit-il, sur un lit de repos, dans l'appartement des hommes, le visage du côté du mur, et ne daigna point se tourner. » Il paraît certain que l'usage des lits de repos était à peu près général en Grèce à l'époque des guerres médiques. Mais ce qui est remarquable, c'est que cet usage fut introduit par les hommes et non par les femmes, qui n'adoptèrent que plus tard les divans élevés couverts de coussins et de riches tissus. Les chaises, les II. 54
tabourets et les autres sièges restèrent longtemps en usage dans les gynécées.
Nous voyons par les vases peints comment étaient conformés les lits de repos des Grecs. La forme générale en est toujours assez simple et ne diffère pas sensiblement de celle des lits destinés au sommeil. Cependant, ceux-ci étaient souvent pourvus sur un côté seulement d'un support destiné à soulever la tête, tandis que sur les lits de repos on voit des deux côtés un rebord semblable qui servait à soutenir les coussins comme le montre la figure 621.
Fig. 621. — Lit de repos.
Il est probable que les Lacédémoniens ont dû adopter le plus tard possible l'habitude des lits de repOs.
Les habitudes ioniennes gagnèrent peu à peu tous les peuples de la Grèce et les Spartiates eux-mêmes finirent par mettre dans leur ameublement autant de luxe que les autres. « Ils couvraient leurs lits, dit Athénée, de tapis tellement précieux et par leur grandeur et par la beauté du travail, que les personnes invitées à leurs soupers, quelquefois n'osaient pas appuyer leur coude sur les oreillers; ceux-là, qui jadis pouvaient rester pendant tout un repas s'appuyant sur la traverse nue du lit, déployaient maintenant cette magnificence. »
Les sièges dont les Grecs se servaient peuvent se rapporter à trois
L'HABITATION EN GRECE.
427
types principaux : les sièges à balustres, les sièges à pieds ronds, et les sièges recourbés. C'est probablement à la première catégorie qu"il faut rattacher les trônes dont parle Homère. Ces trônes dont se servaient les dieux et les rois étaient richement travaillés et couverts d'iii-
Fijj. 6'2*i. — Trôoe grec, (D'après une peinture de vase.)
crustations : dans l'époque archaïque, les pieds assez épais sont fortement échancrés. Mais ce qui distingue particulièrement le trône c'est l'accompagnement indispensable d'un tabouret de pied, comme nous le voyons sur un vase peint de la Bibliothèque nationale. (Fig. 622.) Une peinture de Pompéi nous montre un héros assis sur un siège