« Palestrion. — Ah, ah! nos pauvres tonneaux ont fait plus d'une culbute.
« Lacrion. — Par Hercule, on ne les bousculait pas tant que cela. 11 y a dans la cave des endroits en pente douce; près des tonneaux on avait mis une cruche d'eau de deux pintes. Souvent on l'emplissait jusqu'à deux fois en un jour; je l'ai vue pleine, je l'ai vue vide, avec son gros ventre. »
Fiy. 667. — Service de la cave. Xî'après un bas-reliet
Strabon, parlant des contrées qui avoisinent le Pô et des riches vignobles qu'on y trouve, dit qu'on fait en ce pays des tonneaux de bois qui sont presque aussi grands que des habitations. Les anciens n'ont donc rien à envier à la fameuse tonne de Heidelberg ! Néanmoins, l'usage des tonneaux était beaucoup moins fréquent dans les maisons à Rome que celui des amphores ; on s'en servait principalement pour transporter plus facilement le vin dans les convois de vivres qui accompagnaient les armées.
La disposition des pièces. — C'est à Pompéi qu'il faut étudier le plan et la disposition des appartements. Les maisons de Pompéi présentent une telle uniformité de style qu'on serait tenté de croire qu'elles ont été élevées et décorées sous la direction d'un artiste unique.
L'HABITATION
Les principales divisions consacrées par l'usage se retrouvent partout, et la différence de fortune se traduit par le luxe ou la beauté de la décoration, sans influer d'une manière notable sur la distribution du logis.
En parcourant la maison de Pansa (fig.668), nous avons une idée très-nette de l'habitation d'un riclie Romain, en tenant compte, bien entendu, de la variété qu'apporte toujours le goût particulier de chaque individu. L'architecture de cette maison, ses peintures, ses ornements, tout indique que celui qui l'habitait était un des premiers de la ville, condition indispensable pour étudier l'architecture privée sous un point de vue artistique.
La maison de Pansa occupe une Ue entière, insnla, qui forme un rectangle circonscrit par quatre rues. La façade où se trouve la porte d'entrée qui donne sur la rue des Thermes présente six boutiques ; deux autres côtés de la maison en sont également garnis. Dans un grand nombre de maisons de Pompéi, le rez-de-chaussée, à l'extérieur, est occupé par des boutiques, mais elles n'ont, la plupart du temps, aucune communication avec le logis du maître et servaient seulement aux locataires qui y faisaient leur commerce. Il y a également des appartements qui se louaient et ne communiquaient pas avec l'intérieur. UUe était donc à la fois une maison de rapport et une maison d'habitation. 11 y a pourtant, dans la maison de Pansa, une boutique qui communique avec le logis du maître. Cela tient sans doute à un usage très-commun dans l'antiquité : le propriétaire gardait un endroit pour faire débiter l'huile et le vin qu'il avait récoltés dans ses domaines.
L'entrée principale de la maison était haute et assez étroite; elle était
ma
Fiij. libtj. — Plan de la maison de Pansa.
1. Le vestibule. — 2. Atrium.
3. Péristyle. — 4. Bassin de l'atrium.
5. Bassin du péristyle. — 6. Jardin.
décorée de deux pilastres avec des chapiteaux de fantaisie. Chez les anciens Romains, les portes étaient généralement en hois de chêne, à deux battants et ornées de gros clous à tête dorée ; elles avaient ordinairement un marteau, s'ouvraient en dedans et se fermaient au moyen de verrous perpendiculaires qui entraient dans des œillets creusés dans le seuil. L"cntrée donne sur un corridor qui nous conduit à l'atrium. C'est là qu'on recevait les clients et les étrangers et qu'on plaçait les images des ancêtres. Le portique de cet atrium appartient au genre qu'on appelle atrium toscan, c'est-à-dire qu'il n'est point soutenu par des colonnes, mais par des poutres scellées à leurs extrémités dans le mur de la maison et portant les toits en r.ppentis; les eaux pluviales s'écoulaient dans un bassin ou impluvium, placé au centre de la partie découverte et marqué h sur le plan.
Au fond de l'atrium est le tahlinum (2 du plan), qui, dans la maison de Pansa, est pavé en mosaïque blanche avec fdets noirs. Le tablinum, où l'on conservait les archives de la famille, séparait l'atrium de l'appartement intime réservé exclusivement à la famille. Le péristyle de la maison de Pansa est une cour entourée d'un portique soutenu par seize colonnes, au milieu de laquelle est un bassin. On voit sur la figure 668 l'emplacement de ce péristyle, qui est marqué 5 sur le plan.
Les pièces de l'appartement sont disposées autour du péristyle, auquel on arrivait par deux marches placées au fond du tablinum. Les pièces principales étaient Vœcus et l'excrfrc, placées au fond du péristyle; elles répondaient à notre salon. C'est là que la maîtresse de la maison recevait ses visites. A droite était le triclinium ou salle à manger, près de laquelle se trouvaient la cuisine et l'office, avec une petite porte dérobée destinée au service. Les pièces à gauche étaient les chambres à coucher; il y avait aussi, au rez-de-chaussée, un cabinet de travail et derrière la maison un jardin.
La maison de Salluste (autrefois désignée sous le nom de maison d'Actéon) est une des plus élégantes maisons de Pompéi. Elle donne sur trois rues et est entourée de boutiques et de tavernes ; l'une de ces boutiques communiquait avec l'appartement du maître de la maison qui y faisait probablement la vente des denrées de ses terres. Au fond, il y a un jardin avec un triclinium d'été et une fontaine. Ce jardin est très-étroit, et il se contourne dans l'angle indiqué en haut et à gauche du plan (fig. 669).
Le triclinium d'été est le petit bâtiment qui occupe juste l'angle.
L'atrium, qui occupe le milieu de la maison, comme l'indique le n. 59
L'HABITATION'.
plan, est un des mieux conservés de Pompéi. Le bassin placé au centre était décoré d'un groupe célèbre, maintenant au musée de Palerme et représentant Hercule atteignant à la course la biche aux pieds d'airain. Ce groupe de bronze était une fontaine, et l'eau partant des naseaux de la biche tombait dans une conque de marbre grec. On trouvera à droite du plan la partie la plus curieuse de l'habitation, un petit appartement complètement séparé qu'on désigne sous le nom de vcncreum ; c'est un réduit voluptueux com-
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Fig. 669. — Plan de la maison de .Sallusto.
prenant deux chambres à coucher, un triclinium et une pctite'cui-sine. Il prend son jour sur un portique à colonnes octogones peintes en rouge et est décoré de peintures représentant Fenlivement d'Europe, Phi-yxus et Hellé, Mars, Vénus et Cupidon, Diane et Actcon. Le corps d'une femme couverte de bijoux, qui était probablement la dame du lieu, a été trouvé près de là ; elle avait avec elle de l'argent monnayé et un miroir en argent.
La maison de Dioml'de. — Cette maison, quelquefois qualifiée de villa, aprce qu'elle est située dans le faubourg, était la plus rapprochée du Vésuve et pourrait bien avoir été détruite la première (fig. 670.)
(I La villa de Diomède, dit le Guide en Italie, est une des plus vastes
LES PARTIES DE L'HABITATION.
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habitations de Pompéi ; elle offre un rare exemple d'une maison à trois étages non superposés, mais à différents niveaux, sur la déclivité de la •colline. C'est un spécimen unique de villa suburbaine. On arrive à la porte d'entrée par 7 marches flanquées de 2 colonnes, et on entre dans un péristyle, sorte de cloître soutenu par H colonnes revêtues de stuc et ayant un impluvium qui alimentait une citerne. A gauche, une antichambre, avec une sorte de cabinet pour l'esclave de service, mène à «ne chambre à coucher elliptique à alcôve. On y a trouvé des anneaux