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— « Sa masse est de deux fois dix puissance trente grammes, son rayon de 1,54 fois dix puissance huit kilomètres, et sa largeur d’un peu moins de 1,6 fois dix puissance six kilomètres. »

Louis avait du mal à penser en puissance abstraites de dix. Il essaya de convertir les nombres en images.

Il ne s’était pas trompé en imaginant un ruban large de trois centimètres, posé sur sa tranche et disposé en cercle. L’Anneau avait un rayon de plus de cent cinquante millions de kilomètres — environ neuf cent soixante-dix millions de kilomètres de circonférence, estima-t-il — mais moins d’un million six cent mille kilomètres de large, d’une arête à l’autre. Sa masse était légèrement supérieure à celle de Jupiter…

— « D’une certaine façon, cette masse me paraît insuffisante », dit-il. « Un objet aussi grand devrait avoir le poids d’un soleil de taille respectable. »

Le Kzin approuva. « Je trouve ridicule l’image de milliards d’êtres essayant de vivre sur une construction pas plus épaisse qu’un film enregistreur. »

— « Vous faites erreur », dit le Marionnettiste aux boucles argentées. « Considérez les dimensions. Si l’Anneau était un ruban de métal-coque, par exemple, son épaisseur serait d’à peu près quinze mètres. »

Quinze mètres ? C’était difficile à croire.

Mais Teela, qui avait gardé les yeux au plafond en remuant rapidement les lèvres, dit « Le calcul est juste. Mais pourquoi ? Pourquoi construire une telle chose ? »

— « Pour avoir de la place. »

— « De la place ? »

— « De la place pour vivre », expliqua Louis. « Seize cents billions de kilomètres carrés représentent trois millions de fois la surface de la Terre. C’est comme si on avait trois millions de mondes mis à plat et réunis ensemble bord à bord. Trois millions de planètes à portée d’aérocar. Cela résoudrait n’importe quel problème de population.

» Et leur problème devait être de taille ! On ne se lance pas dans une telle entreprise juste pour le plaisir. »

— « Un question », intervint le Kzin. « Chiron, avez-vous exploré les étoiles voisines à la recherche d’autres anneaux similaires ? »

— « Oui, nous… »

— « Et vous n’en avez trouvé aucun. C’est ce que je pensais. Si la race qui a construit l’Anneau avait pu se déplacer plus vite que la lumière, ils se seraient installés sur d’autres étoiles. Ils n’auraient pas eu besoin de l’Anneau. Il n’y en a donc qu’un. »

— « Oui. »

— « Je suis rassuré. Nous sommes supérieurs à ces constructeurs sur au moins un point. » Le Kzin se leva d’un seul coup. « Allons-nous explorer la surface habitable de l’Anneau ? »

— « Un atterrissage physique serait peut-être un peu trop ambitieux. »

— « Absurde. Bon ! Il nous faut maintenant aller vérifier le vaisseau que vous nous avez préparé. Peut-il se poser n’importe où ? Dans n’importe quelles conditions ? Quand pourrons-nous partir ? »

Chiron siffla, une explosion surprise de désaccord. « Vous devez être fou. Pensez à la puissance de ceux qui ont construit cet Anneau ! A côté d’eux, ma civilisation a l’air d’une horde de sauvages ! »

— « Ou de poltrons ! »

— « Très bien. Vous pourrez aller examiner votre appareil dès que celui que vous appelez Nessus reviendra. En attendant, j’ai d’autres renseignements à vous fournir au sujet de l’anneau. »

— « Vous mettez ma patience à rude épreuve », assura Parleur. Mais il s’assit.

Espèce de menteur, pensa Louis. Tu joues bien la comédie, et je suis fier de toi. Il se sentait lui-même mal à l’aise en retournant s’asseoir. Un ruban bleu ciel entre les étoiles ; l’Homme avait rencontré des êtres supérieurs à lui… encore une fois.

Les Kzinti avaient été les premiers.

Quand les Hommes commencèrent à utiliser des propulseurs à fusion pour franchir les espaces entre les étoiles. Les Kzinti propulsaient déjà leurs vaisseaux de guerre interstellaires à l’aide de polariseurs gravifiques, ce qui les rendait plus rapides et plus maniables que les vaisseaux humains. La résistance de l’Homme face à la flotte kzinti eût été négligeable sans la Leçon Kzinti elle-même : un propulseur à réaction est une arme dont la puissance dévastatrice est directement proportionnelle à son efficacité en tant que propulseur.

Leur première incursion dans l’espace humain fut pour les Kzinti un choc terrible. La civilisation humaine était en paix depuis des siècles, depuis si longtemps qu’elle en avait pratiquement oublié la guerre. Mais les vaisseaux interstellaires humains utilisaient des propulseurs photoniques à fusion, le lancement se faisant à l’aide d’une combinaison de voile photonique et de canons laser basés sur les astéroïdes.

Les rapports des télépathes kzinti continuèrent donc à affirmer que les mondes humains, démunis de propulseurs à réaction, ne possédaient aucune arme… et dans le même temps, les canons laser géants hachaient menu leurs vaisseaux de guerre.

Ralentie par la résistance inattendue des Humains et par la barrière qu’opposait la vitesse de la lumière, la guerre dura des décennies au lieu de quelques années. Mais les Kzinti auraient quand même fini par gagner.

Seulement, un jour, un vaisseau outsider rencontra la petite colonie humaine de Nous-Y-Voilà. Ils vendirent au maire, à crédit, leur secret du shunt hyperspatial. Nous-Y-Voilà ignorait tout de la guerre kzinti ; mais ils l’apprirent très vite dès qu’ils eurent construit quelques vaisseaux plus rapides que la lumière.

Contre l’hyperpropulsion, les Kzinti n’avaient aucun recours.

Plus tard, les Marionnettistes vinrent installer des centres commerciaux dans l’espace humain…

L’Homme avait eu beaucoup de chance. Trois fois, il avait rencontré des races qui lui étaient technologiquement supérieures. Les Kzinti l’auraient écrasé sans l’hyperpropulsion des Outsiders. Les Outsiders eux-mêmes lui étaient nettement supérieurs ; mais ils ne voulaient rien de ce que possédait l’Homme, à part des bases de ravitaillement et des informations, mais cela, ils pouvaient l’acheter. De toute façon, les Outsiders, êtres fragiles dont le métabolisme issu d’Hélium II était très vulnérable à la chaleur et à la gravité, auraient fait de piètres guerriers. Et les Marionnettistes, puissants au-delà de toute conception, étaient trop poltrons.

Qui avait construit l’Anneau-Monde ? Et… étaient-ils des guerriers ?

Des mois plus tard, Louis devait considérer que le mensonge de Parleur avait été son point de non-retour, à lui. Il aurait encore pu reculer à ce moment-là… en prenant Teela comme prétexte, bien sûr. L’Anneau-Monde était suffisamment terrifiant en tant qu’abstraction mathématique. Quant à penser à s’en approcher en astronef, à y atterrir

Louis avait vu la terreur du Kzin face aux mondes volants des Marionnettistes. Le mensonge de Parleur était un acte de courage magnifique. Louis pouvait-il maintenant se conduire en lâche ?

Il s’assit et se tourna vers la projection lumineuse ; lorsque ses yeux effleurèrent Teela, il la traita silencieusement d’idiote. Son visage reflétait une délectation émerveillée. Elle était aussi avide que le Kzin prétendait l’être. Était-elle trop stupide pour avoir peur ?

Le côté intérieur de l’Anneau était pourvu d’une atmosphère. L’analyse spectrale avait indiqué que l’air était aussi dense que celui de la Terre, et avait à peu près la même composition : indiscutablement respirable pour Homme, Kzin et Marionnettiste. On ignorait ce qui l’empêchait de s’échapper. Il faudrait y aller voir.