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Le système du soleil K9 ne comportait rien d’autre que l’Anneau. Ni planètes, ni astéroïdes, ni comètes.

« Ils l’ont nettoyé », dit Louis. « Ils ne voulaient pas que quelque chose pût entrer en collision avec l’Anneau. »

— « Naturellement », approuva le Marionnettiste aux boucles argentées. « Si quelque chose percutait l’Anneau, ce serait à un minimum de 1 250 kilomètres à la seconde, la vitesse de rotation de l’Anneau lui-même. Peu importe la solidité du matériau dont il est composé, il y a toujours le danger qu’un objet évite la surface extérieure et, croisant le soleil, aille s’écraser sur la surface interne habitée et sans protection. »

— « Non », dit Chiron. « La température de la surface interne est tout à fait tolérable pour chacune de nos races. »

— « Qu’en savez-vous ? »

— « La fréquence des radiations infrarouges émises par la surface extérieure… »

— « Vous devez penser que je suis bête. »

— « Pas du tout. Nous étudions l’Anneau depuis sa découverte, alors que vous, vous n’avez eu que quelques huitaines de minutes. La fréquence d’infrarouges indique une température moyenne de 290 degrés absolus, ce qui, bien sûr, est valable pour la surface intérieure comme pour la surface extérieure de l’Anneau. Pour vous, Parleur-aux-Animaux, cette température est de dix degrés supérieure à votre température optimum. Pour Louis et Teela, elle est optimum.

» Que notre souci du détail ne vous trompe ni ne vous effraie », ajouta Chiron. « Nous n’envisageons pas d’atterrissage à moins que les Ingénieurs de l’Anneau eux-mêmes ne le suggèrent. Nous tenons simplement à ce que vous soyez prêts à toute éventualité. »

— « Vous n’avez aucun détail sur la configuration du sol ? »

— « Malheureusement non. La puissance de résolution de nos télescopes est insuffisante. »

— « Nous pouvons émettre quelques hypothèses », intervint Teela. « Le cycle journalier de trente heures, par exemple. Leur planète d’origine devait tourner à cette vitesse. Pensez-vous que ce soit là leur système d’origine ? »

— « Nous le présumons, puisqu’ils ne connaissent apparemment pas l’hyperpropulsion », répondit Chiron. « Mais ils pourraient avoir déplacé leur planète vers un autre système, en utilisant nos propres techniques. »

— « Et ils auraient dû le faire », gronda le Kzin, « plutôt que de détruire leur propre système afin de construire leur Anneau. Je pense que nous trouverons leur ancien système dans les parages, aussi dépourvu de planètes que celui-là. Ils ont dû les terraformer toutes avant de recourir à cet expédient désespéré. »

Teela s’étonna : « Désespéré ? »

— « Puis, quand ils eurent achevé la construction de leur Anneau autour du soleil, il leur a sans doute fallu amener leurs planètes dans ce système pour transférer leurs populations. »

— « Peut-être pas », dit Louis. « Ils ont pu utiliser pour le transfert de gros vaisseaux à fusées, à condition que l’Anneau ait été assez près de leur propre système. »

— « Pourquoi désespéré ? »

Ils la regardèrent.

« J’aurais pensé qu’ils avaient construit l’Anneau pour… pour… » Teela s’embarrassait. « …Parce qu’ils le voulaient. »

— « Pour le plaisir ? Pour le paysage ? Poing du Manigant ! Teela, réfléchis aux ressources qu’ils ont dû investir. N’oublie pas qu’ils devaient avoir un sacré problème de population. Quand ils eurent vraiment besoin de l’Anneau pour se procurer suffisamment d’espace vital, ils ne pouvaient sans doute plus se permettre de le construire. Et ils l’ont construit, néanmoins, parce qu’ils en avaient terriblement besoin. »

— « Mmm », dit Teela, l’air dérouté.

— « Nessus est de retour », annonça Chiron. Sans ajouter un mot, le Marionnettiste fit demi-tour et s’éloigna en trottinant à travers le parc.

7. LES DISQUES MARCHEURS

« Sa sortie était assez cavalière. »

— « Chiron ne veut pas rencontrer Nessus. Je ne te l’ai pas dit ? Ils tiennent Nessus pour fou. »

— « Ils sont tous fous. »

— « Ce n’est pas ce qu’ils pensent, mais ça ne veut pas dire que tu aies tort. Tu veux toujours y aller ? »

Pour toute réponse, Teela lui adressa le même regard incompréhensif que lorsqu’il avait tenté de lui expliquer le coup de fouet au cœur. « Tu veux toujours y aller », confirma Louis, tristement.

— « Bien sûr. Qui ne voudrait ? De quoi les Marionnettistes ont-ils peur ? »

— « Cela, je le comprends », dit Parleur-aux-Animaux. « Les Marionnettistes sont des poltrons. Mais je n’arrive pas à comprendre pourquoi ils tiennent tant à en savoir plus. Louis, ils voyagent presque à la vitesse de la lumière, et ils ont déjà dépassé le soleil à l’Anneau ; celui-ci ne présente pour eux aucun danger, ni maintenant ni plus tard, puisque ceux qui l’ont construit ne peuvent assurément pas voyager plus vite que la lumière. Je ne comprends pas quel est notre rôle dans tout cela. »

— « Évidemment »

— « Dois-je prendre cela pour une insulte ? »

— « Non, surtout pas. Mais nous ne cessons d’être confrontés avec des problèmes de surpopulation. Comment pourriez-vous comprendre ? »

— « D’accord. Voulez-vous m’expliquer ? »

Louis venait de scruter la jungle artificielle en quête de Nessus. « Nessus pourrait sans doute vous expliquer cela mieux que moi. Tant pis. Essayez d’imaginer un billion de Marionnettistes sur cette planète. Le pouvez-vous ? »

— « Je peux les sentir un par un. L’idée seule me donne des démangeaisons. »

— « Maintenant, imaginez-les sur l’Anneau-Monde. Plus facile, non ? »

— « Uurr. Oui. Avec plus de huit puissance sept fois autant de place… Mais je ne comprends toujours pas. Pensez-vous que les Marionnettistes aient des plans de conquête ? Comment feraient-ils ensuite pour se transférer sur l’Anneau ? Ils n’ont aucune confiance dans les astronefs. »

— « Je ne sais pas. Ils ne veulent pas non plus la guerre. Mais là n’est pas la question. La question est : peut-on vivre en sécurité sur l’Anneau-Monde ? »

— « Uurr. »

— « Vous voyez ? Peut-être pensent-ils à construire leurs propres Anneaux-Mondes. Peut-être s’attendent-ils à en trouver un vide, là-bas, dans les Nuages de Magellan. Ce n’est pas un espoir déraisonnable, en fait. Mais peu importe. Avant de faire quoi que ce soit, ils doivent en tester la sécurité. »

— « Voici Nessus. » Teela se leva et se dirigea vers le mur invisible. « Il a l’air ivre. Les Marionnettistes se saoulent-ils ? »

Nessus ne trottinait pas. Il s’approchait sur la pointe des pieds, contournant une plume jaune chrome longue de plus d’un mètre avec une circonspection exagérée, déplaçant un pied à la fois, dardant ses têtes plates en tous sens. Il avait presque atteint le dôme des conférences lorsqu’une sorte de grand papillon noir se posa sur sa croupe. Nessus poussa un cri aigu et bondit en avant comme pour sauter une haute palissade. Il atterrit en roulé-boulé. Quand il eut cessé de rouler, il demeura pelotonné sur lui-même, le dos arrondi, les jambes repliées, les têtes et les cous enfouis entre ses tibias.

Louis courait vers lui. « Phase dépressive ! » cria-t-il par dessus son épaule. Par un coup de chance, il retrouva l’entrée du dôme invisible et s’élança dans le parc.

Toutes les fleurs avaient la même odeur que les Marionnettistes. (Si toute vie, dans le monde marionnettiste, avait la même base chimique, comment Nessus pouvait-il se nourrir de jus de carotte chaud ?) Suivant les zigzags à angles droits d’une haie orange taillée et poussiéreuse, Louis arriva près du Marionnettiste.