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C’était logique. Les Marionnettistes…

Le tube d’eau lui fournit de l’eau distillée. Le distributeur d’aliments lui fournit des briques plates d’un brun rougeâtre. Six fois, il composa une brique, en mordit une bouchée et rejeta la brique dans l’absorbeur. Chacune avait un goût différent et agréable.

Au moins une bonne chose ; il ne se lasserait pas trop vite de la nourriture.

Mais s’ils ne trouvaient pas des plantes et de l’eau à introduire dans l’absorbeur, le distributeur cesserait bientôt de lui fournir des briques.

Il manœuvra le cadran pour une septième brique, qu’il mangea.

Il se sentait découragé à l’idée de la distance qui les séparait d’une aide possible. La Terre se trouvait à deux cents années-lumière ; la flotte marionnettiste, à deux années-lumière de là, s’éloignait presque à la vitesse de la lumière ; le Menteur lui-même, à demi volatilisé, était invisible depuis qu’ils avaient décollé ; et le sillon météorique était maintenant hors de vue. Risquaient-ils de perdre tout à fait le vaisseau ?

Tanj non, il y avait peu de risques. Au ponant se trouvait la plus haute montagne qu’il eût jamais vue. Il ne pouvait y avoir beaucoup de super-volcans de ce genre sur l’Anneau-Monde. Pour retrouver le Menteur, il suffirait de se diriger vers la montagne, puis de revenir vers l’orient à la recherche d’une rainure rectiligne longue de plusieurs milliers de kilomètres.

… Mais l’Arche de l’Anneau-Monde brillait au-dessus d’eux : trois millions de fois la surface de la Terre. Il y avait assez de place pour s’égarer proprement.

Nessus commençait à bouger. Une tête, puis l’autre, émergèrent de sous sa poitrine. Le Marionnettiste manœuvra quelques touches à l’aide de ses bouches et dit : « Louis, puis-je vous parler en particulier ? »

Les images transparentes de Parleur et Teela semblaient assoupies. Louis les coupa du circuit intercom. « Allez-y. »

— « Que s’est-il passé ? »

— « Vous n’avez pas entendu ? »

— « Mes oreilles sont dans mes têtes. Mon ouïe était bloquée. »

— « Comment vous sentez-vous, maintenant ? »

— « Je retomberai peut-être en catatonie. Je me sens perdu, Louis. »

— « Moi aussi. Enfin, nous avons franchi trois mille cinq cents kilomètres dans les trois dernières heures. Nous irions plus vite avec des cabines de transfert, ou même des disques marcheurs. »

— « Nos ingénieurs ont été incapables d’installer des disques marcheurs. » Les têtes du Marionnettiste s’entre-regardèrent, œil dans l’œil. Elles ne gardèrent la pose qu’un instant ; mais Louis avait déjà vu le geste auparavant.

Maintenant, il se demandait si ce n’était pas là un rire de Marionnettiste. Un Marionnettiste fou serait-il capable de développer un sens de l’humour ?

Il poursuivit. « Nous allons vers bâbord. Parleur estime que le parapet est plus proche de ce côté. Je pense qu’on aurait pu tirer à pile ou face avec autant de précision. Mais Parleur est le patron. Il a pris la tête quand vous êtes entré en catatonie. »

— « C’est fâcheux. Son cycloplane est hors de portée de mon tasp. Je dois… »

— « Attendez une seconde. Pourquoi ne pas lui laisser le commandement ? »

— « Mais, mais, mais… »

— « Réfléchissez », insista Louis. « Vous pouvez toujours le contrer grâce au tasp. Si vous ne lui confiez pas la direction, il la prendra de toute façon, à chaque fois que vous vous reposerez. Il nous faut un chef indiscuté. »

— « Je suppose que c’est sans danger », admit le Marionnettiste de sa voix musicale. « Mon commandement n’augmenterait pas sensiblement nos chances. »

— « Voilà qui est bien. Appelez Parleur et dites-lui qu’il est l’Ultime. »

Louis se brancha sur l’intercom de Parleur pour écouter la conversation. S’il s’attendait à des étincelles, il en fut pour ses frais. Le Kzin et le Marionnettiste échangèrent quelques paroles sifflantes et crachantes dans la Langue Héroïque. Puis le Kzin se retrancha du circuit.

« Je suis désolé », reprit Nessus. « Ma stupidité nous a menés au désastre. »

— « Ne vous tracassez pas », lui dit Louis pour le consoler. « Vous êtes dans la phase dépressive de votre cycle. »

— « Je suis un être intelligent, et je peux reconnaître des faits. Je me suis complètement trompé au sujet de Teela Brown. »

— « C’est vrai. Mais ce n’était pas votre faute. »

— « C’est réellement ma faute, Louis. J’aurais dû comprendre pourquoi j’avais du mal à trouver d’autres candidats que Teela Brown. »

— « Hein ? »

— « Ils avaient trop de chance. »

Louis siffla entre ses dents. Le Marionnettiste venait d’établir une nouvelle théorie.

« Exactement », expliqua Nessus. « Ils avaient trop de chance pour se trouver impliqués dans un projet aussi dangereux que le nôtre. Les Loteries de Droits de Naissance ont effectivement engendré une chance physique et héréditaire, mais celle-ci m’a été refusée. Quand j’ai essayé de contacter les familles issues des Loteries, je n’ai pu trouver que Teela Brown. »

— « Écoutez… »

— « Je n’ai pu contacter aucun des autres par ce qu’ils avaient trop de chance. J’ai trouvé Teela Brown pour l’entraîner dans cette expédition malheureuse parce qu’elle n’a pas hérité du gène. Louis, je vous demande pardon. »

— « Oh ! Vous feriez mieux de dormir ! »

— « Je suis désolé pour Teela également. »

— « Non. Cela est ma faute. J’aurais dû l’empêcher de venir. »

— « Le pouviez-vous ? »

— « Je ne sais pas. Je n’en suis pas sûr. Vous devriez dormir. »

— « Je ne peux pas. »

— « Alors pilotez. Je vais dormir. »

C’est ce qu’ils firent. Avant de s’endormir, Louis fut surpris de constater avec quelle douceur volait son cyclo. Le Marionnettiste était un excellent pilote.

Louis s’éveilla aux premières lueurs.

Il n’avait pas l’habitude de dormir en pesanteur. Jamais de sa vie il n’avait passé une nuit en position assise. Quand il bâilla et tenta de s’étirer, ses muscles semblèrent craquer et s’effriter sous l’effort. En grognant, il frotta ses paupières collées et regarda autour de lui.

Les ombres étaient bizarres ; la lumière était bizarre. Il leva les yeux et découvrit une tranche blanche de soleil au zénith. Stupide, se dit-il en attendant que les larmes s’arrêtent. Ses réflexes étaient plus rapides que son cerveau.

Sur sa gauche s’étendaient les ténèbres, qui s’épaississaient avec la distance. L’horizon absent était une obscurité née de la nuit et du chaos sous un ciel bleu sombre dans lequel les contours de l’Arche de l’Anneau-Monde luisaient faiblement.

À droite, vers l’orient, c’était le jour complet.

L’aube était différente, sur l’Anneau-Monde.

Le désert touchait à sa fin. Sa frontière zigzagante, claire et précise, s’incurvait à droite et à gauche. Derrière les cycloplanes, il s’étendait, blanc-jaune, brillant et dénudé. L’énorme montagne occupait encore un morceau de ciel impressionnant. En avant s’étalait une perspective de lacs et de rivières, séparés par des taches de brun-vert.

Les cyclos avaient conservé la même formation, très séparés, en losange. À cette distance, on aurait dit des insectes argentés, tous semblables. Louis était en tête. Il se souvint que Parleur se trouvait à l’orient. Nessus était au ponant, et Teela fermait la marche.