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— « C’est un Marionnettiste. Il nous a contournés, et a sans doute asservi son cyclo à celui de Parleur. De cette façon, Parleur ne peut pas l’attraper, et quelque danger qu’il puisse rencontrer, nous le rencontrerons d’abord. »

Parleur remarqua : « Vous avez une aptitude remarquable à penser comme un poltron, Louis. »

— « Pas de sarcasmes. Nous sommes sur un monde étranger. Nous avons besoin d’opinions étrangères. »

— « Très bien. Appelez-le, puisque vous semblez avoir tous deux la même façon de penser ; j’ai l’intention d’affronter l’Œil et d’apprendre ce qui se cache derrière, ou dedans. »

Louis appela Nessus.

Seul le dos du Marionnettiste apparaissait sur l’écran de l’intercom. Sa crinière suivait doucement le rythme de sa respiration.

« Nessus », appela Louis. Puis, plus fort : « Nessus ! »

Le Marionnettiste sursauta. Une tête triangulaire s’éleva, interrogatrice.

« J’ai eu peur d’être obligé d’utiliser la sirène. »

— « Y a-t-il une urgence ? » Les deux têtes apparurent, frémissantes d’attention.

Louis trouvait impossible de fixer l’œil énorme, devant lui. Ses yeux ne cessaient de s’en détacher. Il dit : « Une sorte d’urgence, oui. Mes têtes brûlées d’équipiers courent à la catastrophe. Je ne peux pas me permettre de les perdre. »

— « Expliquez-vous, s’il vous plaît. »

— « Regardez devant vous et dites-moi si vous voyez une formation nuageuse en forme d’œil humain. »

— « Je la vois », acquiesça le Marionnettiste.

— « Avez-vous idée de ce qui peut la causer ? »

— « C’est apparemment un ouragan quelconque. Vous aurez déjà conclu qu’il ne peut se former d’ouragan en spirale sur l’Anneau-Monde. »

— « Ah ? » Louis ne s’était jamais posé la question.

— « Le tourbillon d’un cyclone provient de la force de Coriolis, de la différence de vélocité entre deux masses d’air à des altitudes différentes ; une planète est un sphéroïde tournant. Si deux masses d’air se déplacent l’une vers l’autre pour remplir un vide partiel, l’une vers le nord et l’autre vers le sud, leur vitesse résiduelle les entraînera au-delà de leur point de rencontre, de sorte qu’un tourbillon d’air se formera. »

— « Je sais ce qui cause un cyclone. »

— « Alors, vous devez réaliser que sur l’Anneau-Monde toutes les masses d’air contiguës ont virtuellement la même vélocité. Il ne peut y avoir d’effet de tourbillon. »

Louis regarda devant lui vers l’ouragan en forme d’œil. Mais quel genre d’ouragan peut se produire, alors ? Aucun, je suppose. Il n’y aurait aucune circulation d’air. »

— « Faux, Louis. L’air chaud s’élèverait, l’air froid descendrait. Mais cela ne pourrait produire un ouragan comme celui que nous apercevons. »

— « Ce n’est que trop vrai. »

— « Que menace de faire Parleur ? »

— « Voler au centre de cette chose engendrée par le Manigant, avec Teela le suivant loyalement. »

Le Marionnettiste siffla une note belle et pure comme la lumière d’un laser à rubis. « Cela me paraît dangereux. Les enveloppes soniques pourraient les protéger contre les ravages de n’importe quelle tempête ordinaire. Mais cela n’a pas l’air d’une tempête ordinaire… »

— « Je pensais que ça pourrait être artificiel. »

— « Oui… Les gens de l’Anneau-Monde auraient pu créer une ceinture de circulation. Mais le système aurait cessé de fonctionner au moment de la panne d’énergie. Je ne vois pas… Ah ! J’y suis, Louis. »

— « Qu’est-ce que c’est ? »

— « Nous devons postuler une échappée d’air, une région où l’air disparaît, au voisinage du centre de l’ouragan. Tout le reste s’ensuit.

» Réfléchissez. L’échappée d’air crée un vide partiel. Des masses d’air se déversent depuis l’orient et le ponant. »

— « Et depuis bâbord et tribord »

— « Cela, nous pouvons le négliger », coupa sèchement le Marionnettiste. « Mais l’air qui vient de l’orient deviendra légèrement moins lourd que l’air environnant. Il s’élèvera. L’air qui vient d’en face, depuis le ponant, deviendra légèrement plus lourd… »

Louis tâtonnait dans une image assez mal définie du processus. « Pourquoi ? »

— « L’air vient du ponant, Louis. Sa vitesse angulaire est légèrement supérieure à celle de l’Anneau. La force centrifuge l’oblige à descendre.

» Il forme la paupière inférieure de l’œil. L’air venu de l’orient s’élève et forme la paupière supérieure. Il y a donc un effet de tourbillon, mais l’axe en est horizontal, alors que sur une planète il serait vertical. »

— « Mais l’effet est si faible ! »

— « C’est le seul effet, Louis. Il n’y a rien pour interférer avec son action, rien pour l’arrêter. Il a dû se développer pendant des millénaires, pour produire ce que vous voyez maintenant. »

— « Peut-être. Peut-être. » L’œil semblait moins effrayant, maintenant. Ainsi que le disait Nessus, ce devait être une sorte de tempête. Il avait toutes les couleurs d’une tempête, des nuages noirs, les nuages supérieurs blancs de soleil, et l’« œil » sombre du cyclone figurant l’iris de l’Œil.

— « Le problème est l’échappée d’air, évidemment. Pourquoi de l’air disparaît-il au voisinage du centre de l’ouragan ? »

— « Peut-être une pompe continue-t-elle à fonctionner ? »

— « J’en doute, Louis. Si cela était, la circulation de l’air dans les environs serait prévue. »

— « Et alors ? »

— « Avez-vous remarqué les endroits où le matériau de charpente apparaît à travers la terre et le roc ? Une telle érosion n’est certainement pas programmée. Avez-vous remarqué que ces endroits devenaient plus fréquents à mesure que nous approchions ? Cet ouragan a dû détraquer les conditions atmosphériques dans un rayon de plusieurs dizaines de milliers de kilomètres, sur une surface plus grande que celle de votre planète ou de la mienne. »

Cette fois, ce fut Louis qui siffla. « Tanj ! Mais alors… Oh je vois, maintenant ! Il doit y avoir un trou météorique au centre de l’ouragan. »

— « Oui. Et vous réalisez l’importance de ceci ? La charpente de l’Anneau peut être perforée. »

— « Mais pas avec l’une quelconque de nos armes. »

— « C’est vrai. Pourtant nous devons vérifier s’il y a réellement une perforation. »

La panique superstitieuse de Louis ne semblait déjà plus qu’un souvenir de rêve, de mauvais rêve. Le calme analytique du Marionnettiste était contagieux et rassurant. Louis Wu regarda sans peur au centre de l’œil et dit : « Il faut que nous y allions voir. Pensez-vous que nous puissions voler à travers l’iris sans danger ? »

— « Cela me parait évident ; de l’air immobile dans un vide partiel. »

— « D’accord. Je vais transmettre la bonne nouvelle. Nous traverserons tous l’œil du cyclone. »

Le ciel s’obscurcissait à mesure qu’ils s’approchaient de l’iris. Était-ce la nuit qui tombait ? Impossible de savoir. Les nuages noirs qui s’épaississaient faisaient eux-mêmes assez d’ombre.

L’œil avait au moins cent cinquante kilomètres d’un coin à l’autre, et à peu près soixante kilomètres de hauteur. Ses contours semblèrent bleuir lorsqu’ils approchèrent. Les couches et les courants apparurent. La véritable forme de l’œil se révéla un tunnel de vents tournoyants, relativement uniforme, dont la section verticale figurait un œil humain.