L’un après l’autre, les hommes de la Compagnie Dorée se levèrent, s’agenouillèrent et déposèrent leur épée aux pieds de leur jeune prince. Le dernier à agir ainsi fut Harry Sans-Terre Paisselande, malgré ses pieds couverts d’ampoules.
Le soleil rougissait le ciel d’occident et peignait des ombres écarlates sur les crânes dorés à la pointe de leurs piques quand ils se retirèrent de la tente du capitaine général. Franklyn Flowers proposa au jeune prince de lui faire visiter le camp et de le présenter à certains de ceux qu’il appelait les gars. Griff donna son accord. « Mais souviens-toi, en ce qui concerne la compagnie, il doit rester Griff le Jeune jusqu’à ce que nous ayons traversé le détroit. À Westeros, nous lui laverons les cheveux et le laisserons revêtir son armure.
— Oui-da, c’est compris. » Flowers assena une claque dans le dos à Griff le Jeune. « Avec moi. On va commencer par les cuistots. Des gens qu’il est bon de connaître. »
Quand ils furent partis, Griff se tourna vers le Demi-Mestre. « Rentre à cheval à la Farouche Pucelle et reviens avec dame Lemore et ser Rolly. Nous aurons également besoin des coffres d’Illyrio. Tout l’argent, et les armures. Transmets nos remerciements à Yandry et Ysilla. Leur rôle dans tout ceci est terminé. On ne les oubliera pas quand Sa Grâce entrera en possession de son royaume.
— À vos ordres, messire. »
Griff le quitta là, et se glissa à l’intérieur de la tente que lui avait assignée Harry Sans-Terre.
La route qui s’étendait devant lui regorgeait de périls, il le savait, et alors ? Tous les hommes doivent mourir. Il ne demandait que du temps. Il avait tellement attendu ; assurément les dieux lui accorderaient encore quelques années, assez de temps pour voir le garçon qu’il avait appelé son fils siéger sur le Trône de Fer. Pour retrouver ses terres, son nom, son honneur. Pour réduire au silence les cloches qui sonnaient si fort dans ses rêves chaque fois qu’il fermait les yeux pour dormir.
Seul dans la tente, tandis que les rayons or et cramoisi du soleil couchant brillaient par le rabat entrouvert, Jon Connington se dégagea d’un mouvement d’épaules de sa cape en peau de loup, fit glisser sa chemise de mailles par-dessus sa tête, s’installa sur un tabouret de camp et retira le gant de sa main droite. L’ongle de son médius était devenu aussi noir que le jais, vit-il, et le gris avait progressé presque jusqu’à la première phalange. Le bout de son annulaire avait lui aussi commencé à s’assombrir, et quand il le toucha avec la pointe de son poignard, il ne sentit rien.
La mort, il le savait, mais lente. J’ai encore du temps. Un an. Deux. Cinq. Certains hommes de pierre en vivent dix. Assez de temps pour traverser la mer, revoir la Griffonnière. Pour exterminer une fois pour toutes la lignée de l’Usurpateur et placer le fils de Rhaegar sur le Trône de Fer.
Alors, lord Jon Connington pourrait mourir heureux.
Remerciements
Ce dernier volume a été l’enfer. Trois enfers et une belle saleté. Encore une fois, mes remerciements vont à mes directeurs littéraires et mes éditeurs, dans leur longue épreuve : à Jane Johnson et Joy Chamberlain chez Voyager, et à Scott Shannon, Nita Taublib et Anne Groell chez Bantam. Leur compréhension, leur bonne humeur et leurs conseils avisés m’ont aidé durant les moments difficiles, et je ne cesserai jamais d’être reconnaissant de leur patience.
Merci également à mes agents, tout aussi patients et encourageants, Chris Lotts, Vince Gerardis, la fabuleuse Kay McCauley et feu Ralph Vicinanza. Ralph, j’aimerais que tu sois là pour partager ce moment.
Et merci à Stephen Boucher, l’Australien errant qui aide à préserver la fluidité et les ronronnements de mon ordinateur chaque fois qu’il fait halte à Santa Fe pour un petit déjeuner burrito (Noël), accompagné de bacon au jalapeño.
Pour en revenir ici, en première ligne, je dois aussi remercier mes chers amis Melinda Snodgrass et Daniel Abraham pour leurs encouragements et leur soutien, à Pati Nagle, ma webmestre qui entretient mon petit coin d’Internet, et à l’épatante Raya Golden, pour les repas, les peintures et la bonne humeur sans faille qui ont aidé à illuminer même les journées les plus sombres, à Terrapin Station. Même si elle a bel et bien tenté de me chouraver mon chat.
Si j’ai pris longtemps pour exécuter cette danse avec les dragons, elle aurait sans doute exigé deux fois plus de temps sans l’assistance de mon fidèle (et acerbe) acolyte et compagnon de voyage à l’occasion, Ty Franck, qui soigne mon ordinateur lorsque Stephen n’est pas là, repousse les hordes virtuelles affamées à mes portes, effectue mes courses, classe mes documents, prépare le café, déchire grave et compte dix mille dollars pour changer une ampoule électrique – tout en écrivant le mercredi des bouquins bien à lui, qui tapent fort.
Et en dernier lieu, mais non le moindre, tout mon amour et ma gratitude vont à ma femme, Parris, qui a dansé chaque pas de tout ceci à mes côtés. Je t’aime, Phipps.
George R.R. Martin
13 mai 2011
Le traducteur et l’éditeur remercient chaleureusement les membres La Garde de Nuit (www.lagardedenuit.com), site francophone des fans du Trône de Fer, pour leur aide précieuse et leur relecture attentive.
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