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Au sujet des artefacts rapportés du Rahad en même temps que la Coupe des Vents, Elayne nourrissait des espoirs et non des inquiétudes. Aviendha l’aidait dans ses investigations, et Nynaeve avait une fois ou deux mis la main à la pâte. Mais elle se montrait bien trop lente et hésitante, manquant totalement de l’habileté requise pour ce genre de recherches.

Le bilan était mitigé. Pas de nouvel angreal découvert, mais une collection de ter’angreal en nette augmentation. Une fois les détritus éliminés, les authentiques artefacts remplissaient quand même cinq paniers d’osier portés par les chevaux de bât.

Si méthodique que fût Elayne, étudier ces objets se révéla bien plus difficile que prévu. Sauf dans le cas où c’était la source d’alimentation de l’artefact, l’Esprit se révélait le plus sûr des Cinq Pouvoirs lorsqu’on menait de telles études. La Fille-Héritière devait pourtant utiliser parfois d’autres flux, les tissant aussi finement que possible. Très souvent, en sondant ainsi délicatement un objet, elle n’obtenait aucun résultat. Mais son premier contact avec l’artefact qui ressemblait à un puzzle de forgeron en verre lui avait flanqué un choc terrible, l’empêchant de fermer l’œil pendant une bonne partie de la nuit, et lorsqu’elle appliqua un filament de Feu sur ce qui paraissait être un casque composé de plumes métalliques tous les gens qui se trouvaient dans un périmètre d’une vingtaine de pas furent frappés par une soudaine et fulgurante migraine. À part Elayne elle-même…

Il y avait aussi l’étrange baguette rouge qui semblait chaude – d’une certaine façon.

Assise au bord de son lit, dans une auberge nommée Au Sanglier Sauvage, Elayne étudiait le curieux objet à la lumière de deux lampes en cuivre à déflecteur. D’un diamètre égal à son poignet et d’un pied de long, cet artefact semblait être en pierre, mais au toucher, on pensait plutôt à du verre.

Depuis la mésaventure du casque, Elayne s’isolait lorsqu’elle travaillait sur ses trésors. Elle était donc seule dans sa chambre lorsque la chaleur de la baguette la fit penser au Feu…

Clignant des yeux, elle s’assit en sursaut et constata que la lumière du jour entrait à flots par la fenêtre. Alors qu’elle était en chemise de nuit, Nynaeve, tout habillée, la regardait en fronçant les sourcils. Dans l’encadrement de la porte, Aviendha et Birgitte la fixaient aussi.

— Que s’est-il passé, Nynaeve ?

L’ancienne Sage-Dame secoua la tête.

— Il vaut mieux que tu ne le saches pas…

Comme toujours, le visage d’Aviendha ne trahissait pas ses sentiments. Birgitte arborait une moue un peu pincée, mais venant d’elle, Elayne capta un mélange de soulagement… et d’hilarité. En d’autres termes, l’héroïne mobilisait toute sa volonté pour ne pas se rouler par terre de rire.

Malgré ses questions, Elayne ne put pas découvrir la vérité, car tout le monde refusa de lui répondre. Mais au nom de la Lumière ! qu’avait-elle dit ou fait ? Car c’était bien ça le problème, les sourires en coin des Régentes, des femmes de la Famille et des autres sœurs ne permettaient pas d’en douter. Mais toutes participaient à la conspiration du silence !

Après cet incident, Elayne décida d’étudier les ter’angreal dans des endroits plus appropriés qu’une auberge – là où elle pourrait jouir d’un peu d’intimité !

Neuf jours après la fuite précipitée d’Ebou Dar, des nuages apparurent dans le ciel et les premières gouttes de pluie s’écrasèrent dans la poussière de la route. Le lendemain, le crachin ne cessa pas, et le jour suivant, un déluge contraignit l’entière expédition à se réfugier dans les maisons et les granges de Marché de Forel. Durant la nuit, la pluie se transforma en neige fondue, et au matin, d’authentiques flocons se mirent à tomber. Après que la colonne eut parcouru plus de la moitié du chemin la séparant de Caemlyn, Elayne se demanda si deux semaines lui suffiraient pour arriver à destination, dans de telles conditions.

Avec la neige, les vêtements devinrent un gros souci. Alors qu’Elayne s’en voulut de ne pas avoir pensé que des habits chauds auraient été utiles, Nynaeve s’accusa de négligence sur le même sujet, Merilille se jugea coupable et Reanne estima que tout était sa faute.

Dans la rue principale de Marché de Forel, des flocons s’abattant sur leurs têtes, les quatre femmes discutèrent ferme pour savoir laquelle devait être blâmée. Soudain frappées par l’absurdité de leur comportement, elles éclatèrent de rire – impossible de dire laquelle avait commencé – et elles n’étaient pas encore calmées lorsqu’elles s’assirent autour d’une table, à l’auberge du Cygne Blanc, afin de décider que faire. La solution qu’elles trouvèrent leur fit passer l’envie de rire. En supposant qu’on en dégotte un nombre suffisant, fournir une cape ou une veste chaude à tout le monde coûterait une fortune. Il était toujours possible de vendre ou de troquer des bijoux, mais à Marché de Forel, les gens ne paraissaient pas intéressés par les colliers et les bracelets, même de très bonne qualité.

Aviendha résolut le problème en sortant de sa poche un petit sac rempli de pierres précieuses de toutes les tailles. Très curieusement, les villageois qui ne manifestaient aucun intérêt pour les bijoux, pourtant ornés de gemmes, écarquillèrent les yeux devant le trésor que l’Aielle tenait dans sa paume.

Selon Reanne, les bijoux, pour ces gens, étaient de la quincaillerie, alors que les pierres représentaient un investissement. Quoi qu’il en soit, en échange de deux rubis de taille moyenne, d’une grosse pierre de lune et d’une petite larme-de-feu, les gens de Marché de Forel furent ravis de fournir aux voyageuses tout ce qu’il leur fallait pour se couvrir – dont des vêtements quasiment neufs.

— Très généreux de leur part, marmonna Nynaeve tandis que les villageois vidaient leurs armoires et leurs greniers. (Ils arrivaient à l’auberge par flots réguliers, les bras chargés d’habits.) Avec ces pierres, on pourrait acheter tout le village.

Aviendha haussa les épaules. Sans l’intervention de Reanne, elle aurait distribué une grosse poignée de gemmes.

— Nous avons ce qu’ils veulent, dit Merilille, et eux, ils détiennent ce dont nous avons besoin. Logiquement, c’est à eux de fixer le prix.

En d’autres termes, la même situation qu’avec les Atha’an Miere. Nynaeve en était verte de dépit.

Lorsqu’elles furent enfin seules, dans un couloir de l’auberge, Elayne demanda à Aviendha d’où elle tenait une telle fortune – dont elle paraissait en plus pressée de se débarrasser. La Fille-Héritière s’attendait à apprendre qu’il s’agissait d’une part du butin prélevé dans la Pierre de Tear ou à Cairhien.

— Rand al’Thor m’a abusée, grogna l’Aielle. J’ai tenté d’acheter le toh que j’ai envers lui. Je sais que c’est la façon de faire la moins honorable, mais je n’en voyais pas d’autres. Mais il m’a roulée dans la farine. Chaque fois qu’on raisonne logiquement face à un homme, il s’en sort en faisant quelque chose d’irrationnel. Comment est-ce possible ?

— Leur jolie tête est bien trop embrumée pour qu’une femme comprenne ce qui s’y passe…

Elayne ne chercha pas à savoir quel toh Aviendha avait voulu racheter, ni comment elle avait fini par se retrouver au contraire avec un petit sac plein de pierres précieuses. Parler de Rand était déjà trop douloureux sans risquer de dériver sur un terrain glissant.