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À vrai dire, elle ignorait ce que ferait Rhuarc. De toute façon, ça ne serait jamais assez.

— Et Sorilea…

La Matriarche ferait griller ces trois dingues au soleil. Pour commencer…

— Quand nous lui dirons…

— Nous n’en parlerons à personne, dit Rand.

Les yeux encore exorbités, il semblait cependant avoir recouvré son souffle. Si vite ? Comment était-ce possible ?

— Elles ont le droit… Oui, elles ont gagné ce droit !

Min connaissait ce ton… Ô combien ! Quand un homme s’entêtait, il pouvait s’asseoir sur des orties et déclarer froidement que ça ne lui piquait pas le moins du monde le postérieur. Lorsqu’elle l’aida à se lever, la jeune femme fut presque contente d’entendre Rand gémir. Enfin, quand ils s’entraidèrent, plutôt… Quoi qu’il en soit, s’il était résolu à se comporter comme un parfait idiot, quelques contusions ne lui feraient pas de mal.

Rand se hissa sur le lit et s’allongea. Min se blottit contre lui. Elle avait espéré bien mieux que ça, mais il faudrait faire avec…

— Pas ce que j’envisageais de faire dans ce lit…, marmonna le jeune homme.

Sa compagne se demanda si cette remarque était vraiment pour ses chastes oreilles.

— Moi, dit-elle, j’aime autant être dans tes bras que… eh bien, que le reste.

Bizarrement, Rand lui sourit comme s’il savait qu’elle mentait. Selon tante Miren, ce mensonge était un des trois qu’un homme goberait à coup sûr de la part d’une femme.

— Si je vous dérange…, lâcha une voix glaciale dans l’encadrement de la porte. Je peux revenir plus tard, j’imagine…

Min s’écarta de Rand, mais il la tira de nouveau vers lui et elle se laissa faire. L’Aes Sedai qui venait d’entrer, une petite Cairhienienne potelée vêtue d’une robe sombre à rayures horizontales blanches, n’était pas une inconnue pour Min. Nommée Daigian Moseneillin, elle était arrivée en ville avec Cadsuane. Et elle se révélait d’un caractère presque aussi dominateur que sa légendaire aînée.

— Tu es née sous une tente, femme ? demanda Rand. C’est pour ça qu’on ne t’a jamais appris à frapper aux portes ?

Le ton était nonchalant, certes, mais Min sentit se contracter tous les muscles du bras que Rand lui avait passé autour des épaules.

Daigian secoua la tête, faisant osciller la pierre de lune qui pendait sur son front au bout d’une fine chaîne d’argent. À l’évidence, elle était fort mécontente.

— Cadsuane a reçu ta convocation, dit-elle d’un ton glacial. Elle me charge de t’exprimer tous ses regrets, mais elle ne pourra pas y répondre. D’abord, elle doit finir sa broderie en cours. Mais un autre jour, peut-être… Si elle en trouve le temps…

— C’est ce qu’elle a dit ? siffla Rand, menaçant.

— À présent, lâcha la sœur, je vais te laisser continuer… ce que tu étais en train de commencer.

Min se demanda si elle pouvait gifler une Aes Sedai et s’en tirer sans trop de casse. La regardant comme si elle devinait ses pensées, Daigian haussa les épaules puis fit demi-tour et sortit.

— Dis à Cadsuane d’aller se faire voir dans la Fosse de la Perdition ! lança Rand dans le dos de la sœur. Ajoute qu’elle peut y pourrir, pour autant que ça me concerne !

— Tu as tort, Rand, souffla Min. (Les choses menaçaient d’être encore plus difficiles qu’elle l’aurait cru.) Tu as besoin de Cadsuane, pas le contraire.

— Tu crois ? fit Rand d’un ton doux mais impitoyable.

Menaçant ? Un peu plus tôt, il lui avait paru menaçant… Une plaisanterie, à côté de maintenant…

Rand se prépara soigneusement. Après avoir remis sa veste verte, il chargea Min d’aller transmettre aux Promises des messages qu’elles devraient délivrer. Quoi qu’il en soit, elles voudraient bien faire encore ça pour lui.

Désormais, son flanc droit lui faisait presque aussi mal que le gauche et il aurait juré que son ventre avait été martelé de coups de planche. Certes, mais il avait fait une promesse aux Aielles… Une fois seul dans la chambre, il se connecta au saidin, évitant ainsi que Min le voie défaillir. Il pouvait la garder en sécurité, plus ou moins, mais si elle le voyait tituber, comment aurait-elle pu se sentir à l’abri du danger ? Pour elle, il devait se montrer fort. Et toutes les émotions qui se bousculaient à l’arrière de sa tête, un véritable fardeau, c’était Alanna lui rappelant le prix de l’imprudence. Pour l’heure, l’Aes Sedai boudait. Elle avait dû pousser le bouchon un peu loin avec une Matriarche, car elle semblait être obligée de procéder très précautionneusement, lorsqu’elle s’asseyait…

— Je pense toujours que tu as tort, Rand, dit Min en revenant dans la pièce.

Ne voulant pas que les minuscules pointes le blessent de nouveau, le jeune homme était occupé à poser très doucement la Couronne d’Épées sur sa tête.

— Tu m’entends ? Mais si tu comptes continuer, je viens avec toi ! Tu as reconnu avoir besoin de moi, et c’est plus vrai que jamais aujourd’hui.

Les poings plaqués sur les hanches, le regard brillant, la jeune femme ne semblait pas commode.

— Tu vas rester ici, ordonna Rand.

Pas encore très sûr de ce qu’il allait faire, il ne voulait pas que sa compagne le voie vaciller sur ses bases ou s’effondrer. Et c’était un très grand risque. Cela dit, il ne s’attendait pas à avoir gain de cause sans lutter.

Min plissa le front puis cessa de fulminer. Dans ses yeux la colère fut remplacée par une inquiétude des plus fugitives.

— Eh bien, berger, tu es assez grand pour traverser la cour sans qu’on te tienne la main, j’imagine… Pour ma part, je suis en retard dans mes lectures.

Min se laissa tomber dans son fauteuil et récupéra l’ouvrage qu’elle était en train de lire avant l’arrivée de Rand. En un éclair, elle parut absorbée par le texte.

Rand hocha la tête, satisfait. C’était exactement ça qu’il voulait. Min dans ce fauteuil, en sécurité. Cela dit, ça n’était pas une raison pour l’ignorer ainsi !

Six Promises attendaient dans le couloir. Sans dire un mot, elles regardèrent mornement Rand, Nandera, Somara et Nesair se montrant de loin les plus glaciales. Si sa mémoire ne le trompait pas, Nesair était une Shaido. Mieux vaudrait garder un œil sur elle.

Les Asha’man attendaient aussi, tous sauf Narishma, portant à leur col l’Épée et le Dragon. Bien entendu, Lews Therin se mit aussitôt à radoter au sujet de la nécessité de les tuer.

Rand ordonna à Narishma de monter la garde devant ses appartements. L’homme le salua sans enthousiasme, ses grands yeux noirs donnant toujours le sentiment d’en voir trop… et de formuler quelque mystérieuse accusation. Même s’il doutait que les Promises se défoulent sur Min, Rand refusait de prendre le moindre risque. Par la Lumière ! lorsqu’il avait envoyé Narishma chercher Callandor, il lui avait tout dit sur les pièges qu’il avait disposés dans la Pierre de Tear. Depuis, ce type imaginait des choses. Qu’il soit carbonisé ! Quel risque fou ç’avait été !

Seuls les fous ne font confiance à personne, railla Lews Therin. Très amusé, semblait-il. Et toujours aussi fou.

— Conduis-moi à Cadsuane, dit Rand alors que ses flancs lui faisaient un mal de chien.

Nandera se redressa et se mit en chemin sans un regard en arrière. Rand la suivit, Dashiva, Flinn, Morr et Hopwil lui emboîtant le pas. En chemin, le jeune homme leur donna quelques ordres rapides. Bizarrement, Flinn tenta de protester, mais il ne le laissa pas faire, car ce n’était pas le moment de polémiquer. De tous, l’ancien Garde Royal grisonnant était celui qu’il aurait cru le plus discipliné. Morr ou Hopwil, en revanche… Si le lait ne leur sortait plus des narines, ils étaient encore assez jeunes pour ne pas avoir besoin de se raser tous les jours. Voilà qui aurait pu excuser une forme d’insubordination. Mais chez Flinn…

Si les bottes souples de Nandera ne faisaient aucun bruit, celles des hommes produisaient un vacarme suffisant pour chasser toute personne ayant la moindre raison de craindre quelque chose.