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— Avec la Lumière pour témoin, dit la souveraine en regardant Perrin dans les yeux, moi, Alliandre Maritha Kigarin, je jure allégeance et fidélité au seigneur Perrin Aybara de Deux-Rivières, à présent et pour l’éternité, sauf s’il choisit de me délivrer de mon serment. Mon royaume et mon trône lui appartiennent, et je les remets entre ses mains. Voilà ce que je jure !

Un lourd silence suivit, vite brisé par le petit cri de Gallenne et le bruit de sa coupe de vin tombant sur le tapis.

De nouveau, Perrin entendit Faile murmurer des paroles que lui seul pouvait entendre :

— Avec la Lumière pour témoin, j’accepte ton serment et je m’engage à vous protéger, toi et les tiens, des ravages de la guerre, des assauts de l’hiver et de tout ce que le temps peut nous réserver. Ton royaume et ton trône, je te les confie, car tu es ma fidèle vassale. Au nom de la Lumière, voilà ce que j’accepte.

Sans doute le rituel d’acceptation en vigueur au Saldaea. Par bonheur, Faile était trop concentrée sur son mari pour voir que Berelain, hochant frénétiquement la tête, l’incitait à accepter le serment de la reine. Ces deux-là se comportaient comme si elles avaient prévu ce qui se passait. Annoura, en revanche, semblait aussi stupéfiée que Perrin – comme un poisson, la bouche grande ouverte, qu’on viendrait de sortir brusquement de l’eau.

— Plaît-il ? demanda-t-il humblement, ignorant les murmures de Faile et les grognements de Berelain.

Que la Lumière me brûle ! Je suis un fichu forgeron !

Qui aurait juré allégeance à un forgeron ? Et de toute façon, les reines ne prêtaient pas ce genre de serment.

— Vous savez, il paraît que je suis un ta’veren… Dans une heure, vous risquez de changer d’avis.

— J’espère bien que tu es un ta’veren, seigneur !

Alliandre éclata de rire, mais sans être vraiment amusée. Puis elle serra encore plus fort les mains de Perrin, comme si elle craignait qu’il les lui retire.

— Je l’espère de tout mon cœur ! Rien de moins ne sauvera le Ghealdan. J’ai pris ma décision dès que la Première Dame m’a dit pourquoi tu es ici. Te voir a renforcé ma détermination. Le Ghealdan a besoin d’une protection que je suis incapable de lui fournir. Mon devoir est donc de la chercher ailleurs. Tu peux la lui apporter, seigneur, tout comme le Dragon Réincarné, que son nom soit béni par la Lumière ! Pour tout dire, c’est à lui que j’aurais juré allégeance, s’il là, mais tu es son émissaire. En prêtant serment devant toi, je le fais aussi devant lui.

Alliandre prit une grande inspiration et ajouta :

— S’il te plaît, accepte !

Ses yeux brillaient de peur, à présent, et elle empestait le désespoir.

Perrin hésita encore. C’était encore mieux que ce qu’espérait Rand, certes, mais Perrin Aybara n’était qu’un fichu forgeron ! Même pas, un apprenti ! S’il jouait le jeu avec Alliandre, pourrait-il encore se considérer comme tel ? Un simple forgeron… Alors que la reine l’implorait du regard, il se demanda si les ta’veren réussissaient à s’influencer eux-mêmes, s’entraînant vers les ennuis.

— Avec la Lumière pour témoin, moi, Perrin Aybara, j’accepte ton serment et…

Quand il eut fini de réciter les mots que lui avait soufflés Faile, Perrin constata que sa gorge était sèche comme du vieux parchemin. À présent, il était trop tard pour s’arrêter et réfléchir…

Alliandre soupira de soulagement et lui embrassa les mains. Plus embarrassé que jamais au cours de sa vie, il se leva et la fit se redresser devant lui.

Et après, qu’était-il censé faire ? Souriant de toutes ses dents, Faile ne daigna pas lui souffler de suggestion. Rayonnante aussi, Berelain semblait soulagée comme si on venait de la sortir d’une maison en flammes.

Perrin paria qu’Annoura allait parler. En toutes occasions, les Aes Sedai avaient un discours dans leur manche, surtout quand ça leur permettait de reprendre les choses en main. Mais la sœur grise tendit simplement sa coupe à Maighdin, afin qu’elle la lui remplisse.

Annoura fixait Perrin avec une expression indéchiffrable. Maighdin aussi, à tel point qu’elle ne releva pas la carafe à temps, faisant déborder du punch sur la main de l’Aes Sedai. Sursautant, Annoura baissa les yeux sur la coupe, ébahie comme si elle avait oublié jusqu’à son existence.

Faile se rembrunit, Lini aussi, et Maighdin s’empara d’un morceau de tissu pour sécher la main de la sœur – tout en marmonnant entre ses dents, bien entendu.

Si elle captait un jour ces imprécations, Faile risquait de faire un malheur.

Perrin comprit qu’il n’enchaînait pas assez vite. Alliandre semblait attendre quelque chose, mais quoi ?

— Maintenant que j’en ai terminé ici, il faut que je trouve le Prophète.

Non, trop direct ! Décidément, il n’était pas taillé pour traiter avec des nobles – et moins encore avec des têtes couronnées.

— Je suppose que vous voulez retourner à Bethal avant qu’on se soit aperçu de votre absence.

— La dernière fois que j’ai entendu parler de lui, le Prophète du seigneur Dragon était à Abila. Une grande cité, en Amadicia, à environ quarante lieues au sud.

Perrin plissa le front… et se força tout de suite à cesser. Balwer avait donc raison. Sur un point, peut-être pas sur tous, mais ça justifiait de prêter une oreille attentive à ce qu’il avait à dire sur les Capes Blanches. Et les Seanchaniens. Combien de Tarabonais les accompagnaient ?

Faile se glissa à côté de son mari, lui posa une main sur le bras et sourit à Alliandre.

— Mon cœur, tu ne peux pas la renvoyer alors qu’elle vient juste d’arriver. Laisse-nous donc converser tranquillement à l’ombre, avant qu’elle doive s’en retourner. Je sais que tu as d’importantes tâches en cours.

Non sans effort, Perrin parvint à ne pas faire grise mine. Qu’est-ce qui pouvait être plus important que la reine du Ghealdan ? Très certainement rien dont on consentirait à le laisser s’occuper. Mais à l’évidence, Faile voulait s’entretenir avec Alliandre hors de sa présence. Avec un peu de chance, elle lui dirait pourquoi un jour. Elyas croyait connaître les femmes du Saldaea, et c’était peut-être vrai, mais Perrin, lui, connaissait sa femme. Quand elle entendait lui cacher quelque chose, tenter de découvrir de quoi il s’agissait était peine perdue. Et si par hasard il y parvenait, il ne fallait surtout pas s’en vanter !

En principe, quitter une reine devait exiger autant de fariboles protocolaires que lorsqu’on la rencontrait, mais il opta pour une simple courbette et de plates excuses pour son départ précipité. Alliandre s’inclina, assura qu’il lui faisait trop d’honneur, et l’affaire fut rondement bouclée.

Perrin fit signe à Gallenne de le suivre. Si elle ne voulait pas de son époux, Faile ne désirait sûrement pas que ce type reste. Mais de quoi voulait-elle donc parler avec la reine ?

Une fois dehors, le seigneur borgne flanqua dans le dos de Perrin une claque qui aurait fait vaciller un gaillard moins bien bâti.

— Que la Lumière me brûle ! je n’avais jamais entendu une chose pareille ! Maintenant, je pourrai dire que j’ai vu un ta’veren à l’œuvre ! Pourquoi m’avez-vous demandé de sortir ?

Soufflé par ce torrent de compliments, Perrin ne sut que répondre. Par bonheur, une diversion se présenta. Dans le camp des Gardes Ailés, des cris indiquaient qu’une querelle était en cours. Intrigués, les gars de Deux-Rivières tendaient l’oreille, mais la colline les empêchait de voir quoi que ce soit.

— Pour commencer, allons jeter un coup d’œil là-bas…

Une excellente façon de gagner du temps pour réfléchir. À ce qu’il dirait à Gallenne, bien sûr, mais à d’autres choses aussi.

Un peu après le départ de Perrin, Faile informa ses domestiques qu’elle s’occuperait seule de ses invitées. Voyant que Maighdin contemplait fixement Alliandre, Lini la tira par la manche pour qu’elle se mette en mouvement. Pour la plus jeune des deux femmes, l’heure des réprimandes sonnerait plus tard…