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– Eh bien, je l’ai vue; j’étais là quand elle a été arrêtée. Moi aussi, je venais pour faire évader la reine! mais nos deux projets, que nous n’avions pu nous communiquer, se sont nuit au lieu de se servir.

– Et vous ne l’avez pas sauvée, au moins, elle, votre sœur, Geneviève?

– Le pouvais-je? Une grille de fer me séparait d’elle. Ah! si vous aviez été là, si vous aviez pu réunir vos forces aux miennes, le barreau maudit eût cédé, et nous les eussions sauvées toutes deux.

– Geneviève! Geneviève! murmura Maurice.

Puis regardant Maison-Rouge avec une indéfinissable expression de rage:

– Et Dixmer, qu’est-il devenu? demanda-t-il.

– Je ne sais. Il s’est sauvé de son côté, et moi du mien.

– Oh! dit Maurice les dents serrées, si je le rejoins jamais…

– Oui, je comprends. Mais rien n’est désespéré encore pour Geneviève, dit Maison-Rouge, tandis qu’ici, tandis que pour la reine… Oh! tenez, Maurice, vous êtes un homme de cœur, un homme puissant; vous avez des amis… Oh! je vous en prie, comme on prie Dieu… Maurice, aidez-moi à sauver la reine.

– Y pensez-vous?

– Maurice, Geneviève vous en supplie par ma voix.

– Oh! ne prononcez pas ce nom, monsieur. Qui sait si, comme Dixmer, vous n’avez pas sacrifié la pauvre femme?

– Monsieur, répondit le chevalier avec fierté, je sais, quand je m’attache à une cause, ne sacrifier que moi seul.

En ce moment, la porte des délibérations se rouvrit; Maurice allait répondre.

– Silence, monsieur! dit le chevalier; silence! voici les juges qui rentrent.

Et Maurice sentit trembler la main que Maison-Rouge, pâle et chancelant, venait de poser sur son bras.

– Oh! murmura le chevalier; oh! le cœur me manque.

– Du courage, et contenez-vous, ou vous êtes perdu! dit Maurice.

Le tribunal rentrait, en effet, et la nouvelle de sa rentrée se répandit dans les corridors et les galeries.

La foule se rua de nouveau dans la salle, et les lumières parurent se ranimer d’elles-mêmes pour ce moment décisif et solennel.

On venait de ramener la reine; elle se tenait droite, immobile, hautaine, les yeux fixes et les lèvres serrées.

On lui lut l’arrêt qui la condamnait à la peine de mort.

Elle écouta, sans pâlir, sans sourciller, sans qu’un muscle de son visage indiquât l’apparence de l’émotion.

Puis elle se retourna vers le chevalier, lui adressa un long et éloquent regard, comme pour remercier cet homme qu’elle n’avait jamais vu que comme la statue vivante du dévouement; et, s’appuyant sur le bras de l’officier de gendarmerie qui commandait la force armée, elle sortit calme et digne du tribunal.

Maurice poussa un long soupir.

– Dieu merci! dit-il, rien dans sa déclaration n’a compromis Geneviève, et il y a encore de l’espoir.

– Dieu merci! murmura de son côté le chevalier de Maison-Rouge, tout est fini et la lutte est terminée. Je n’avais pas la force d’aller plus loin.

– Du courage, monsieur! dit tout bas Maurice.

– J’en aurai, monsieur, répondit le chevalier.

Et tous deux, après s’être serré la main, s’éloignèrent par deux issues différentes.

La reine fut reconduite à la Conciergerie: quatre heures sonnaient à la grande horloge comme elle y rentrait.

Au débouché du Pont-Neuf, Maurice fut arrêté par les deux bras de Lorin.

– Halte-là, dit-il, on ne passe pas!

– Pourquoi cela?

– Où vas-tu, d’abord?

– Je vais chez moi. Justement, je puis rentrer maintenant, je sais ce qu’elle est devenue.

– Tant mieux; mais tu ne rentreras pas.

– La raison?

– La raison, la voici: il y a deux heures, les gendarmes sont venus pour t’arrêter.

– Ah! s’écria Maurice. Eh bien, raison de plus.

– Es-tu fou? et Geneviève?

– C’est vrai. Et où allons-nous?

– Chez moi, pardieu!

– Mais je te perds.

– Raison de plus; allons, arrive.

Et il l’entraîna.

XLVII Prêtre et bourreau

En sortant du tribunal, la reine avait été ramenée à la Conciergerie.

Arrivée dans sa chambre, elle avait pris des ciseaux, avait coupé ses longs et beaux cheveux, devenus plus beaux de l’absence de la poudre, abolie depuis un an; elle les avait enfermés dans un papier; puis elle avait écrit sur le papier: À partager entre mon fils et ma fille.

Alors elle s’était assise, ou plutôt elle était tombée sur une chaise, et, brisée de fatigue, – l’interrogatoire avait duré dix-huit heures, – elle s’était endormie.

À sept heures, le bruit du paravent que l’on dérangeait la réveilla en sursaut; elle se retourna et vit un homme qui lui était complètement inconnu.

– Que me veut-on? demanda-t-elle.

L’homme s’approcha d’elle, et, la saluant aussi poliment que si elle n’eût pas été reine:

– Je m’appelle Sanson, dit-il.

La reine frissonna légèrement et se leva. Ce nom seul en disait plus qu’un long discours.

– Vous venez de bien bonne heure, monsieur, dit-elle; ne pourriez-vous pas retarder un peu?

– Non, madame, répliqua Sanson; j’ai ordre de venir.

Ces paroles dites, il fit encore un pas vers la reine.

Tout dans cet homme, et dans ce moment, était expressif et terrible.

– Ah! je comprends, dit la prisonnière, vous voulez me couper les cheveux?

– C’est nécessaire, madame, répondit l’exécuteur.

– Je le savais, monsieur, dit la reine, et j’ai voulu vous épargner cette peine. Mes cheveux sont là, sur cette table. Sanson suivit la direction de la main de la reine.

– Seulement, continua-t-elle, je voudrais qu’ils fussent remis ce soir à mes enfants.

– Madame, dit Sanson, ce soin ne me regarde pas.

– Cependant, j’avais cru…

– Je n’ai à moi, reprit l’exécuteur, que la dépouille des… personnes… leurs habits, leurs bijoux, et encore lorsqu’elles me les donnent formellement; autrement tout cela va à la Salpêtrière, et appartient aux pauvres des hôpitaux; un arrêté du comité de Salut public a réglé les choses ainsi.