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L’homme qui avait été endormi près du coffre se mit subitement sur son séant en poussant un cri étranglé, puis se releva d’un bond. « Il a disparu ! Réveillez-vous, canailles ! Il a disparu-u-u ! » La voix de Fain ; même dans le vide, Rand la reconnut. Les autres se dressèrent précipitamment, Amis du Ténébreux et Trollocs, appelant pour savoir ce qui se passait, grondant et montrant les dents. La voix de Fain monta au niveau du hurlement. « Je sais que c’est vous, al’Thor ! Vous vous cachez de moi, mais je sais que vous êtes là-bas ! Trouvez-le ! Trouvez-le !

Al’Thoooor ! » Humains et Trollocs s’égaillèrent dans toutes les directions.

Enveloppé de vide, Rand continua à avancer.

Presque oublié quand il avait pénétré dans le camp, le saidin lui envoyait ses vibrations.

« Il ne peut pas nous voir, chuchota Loial très bas.

Une fois que nous aurons atteint les chevaux… » Un Trolloc jaillit de l’ombre vers eux, un cruel bec d’aigle dans un visage d’homme à l’emplacement où auraient dû se trouver nez et bouche, son épée pareille à une faux sifflant déjà en l’air.

Rand réagit sans réfléchir. Il ne faisait qu’un avec sa lame. Le Chat-danse-sur-le-mur. Le Trolloc cria en tombant, cria encore en mourant.

« Courez, Loial ! » ordonna Rand. Le saidin l’appelait. « Courez ! »

Il eut vaguement conscience que Loial s’élançait d’un pas pesant dans un galop embarrassé, mais un autre Trolloc surgit de la nuit, avec des défenses et un groin de sanglier, sa hache d’armes levée. D’un mouvement souple, Rand se glissa entre Trolloc et Ogier ; il fallait que Loial emporte le Cor de Valère en sécurité. Plus grand que Rand de la tête et des épaules, une fois et demi plus massif, le Trolloc fonçait sur lui avec un grognement muet. Le Courtisan-tape-avec-son-éventail. Pas de cri, cette fois. Il s’éloigna à reculons derrière Loial, surveillant la nuit. Le saidin chantait pour lui, et quel doux chant. Le Pouvoir les brûlerait tous, réduirait Fain et tous les autres en cendres. Non !

Deux autres Trollocs, un loup et un bélier, dents luisantes et cornes recourbées. Le-Lézard-dans-le-buis-son-d’épines. Il releva avec aisance le genou qu’il avait en terre quand bascula le second Trolloc dont les cornes lui effleurèrent l’épaule. Le chant du saidin l’enveloppait de modulations séduisantes, l’attirait par mille fils soyeux. Brûle-les tous avec le Pouvoir. Non. Non ! Plutôt mourir que ça. Si j’étais mort c’en serait fini.

Un groupe de Trollocs apparut, chassant d’un air hésitant. Ils étaient trois, quatre. Soudain l’un d’eux désigna Rand et poussa un hurlement auquel les autres firent écho en chargeant.

« Que c’en soit donc fini ! » cria Rand qui bondit à leur rencontre.

Pendant une seconde, la surprise les ralentit, puis ils reprirent leur marche en avant avec des cris gutturaux, triomphants, assoiffés de sang, épées et haches levées. Il dansa au milieu d’eux au rythme du chant du saidin. Le-Colibri-s’abreuve-à-la-mellirose. Ô combien astucieux ce chant qui l’emplissait. Le-Chat-sur-du-sable-brûlant. L’épée semblait dans ses mains plus vivante que jamais et il se battait comme si une lame portant la marque du héron était capable d’écarter de lui le saidin. Le-Héron-déploie-ses-ailes.

Rand contempla avec stupeur les formes immobiles sur le sol autour de lui. « Mieux vaut être mort », murmura-t-il. Il leva les yeux, regardant derrière lui la colline où était installé le camp. Fain était là-bas, avec des Amis du Ténébreux et d’autres Trollocs. Trop nombreux pour se battre contre eux. Trop nombreux pour les affronter et rester en vie. Il avança d’un pas dans cette direction. Puis d’un autre.

« Rand, venez ! » L’appel pressant que chuchotait Loial lui parvint à travers le vide. « Par la vie et la lumière, Rand, venez ! »

Rand se pencha pour essuyer avec soin son épée sur le surcot d’un Trolloc. Puis, se conformant aux usages avec autant d’application que sous les yeux de Lan quand il s’exerçait, il la remit au fourreau.

« Rand ! »

Avec l’air de ne pas connaître de raison de se presser, Rand rejoignit Loial auprès des chevaux. L’Ogier attachait le coffre en or sur sa selle avec des courroies tirées de ses fontes. Son manteau était fourré dessous pour compenser l’arrondi de la selle et maintenir le coffre en équilibre.

Le saidin ne chantait plus. Elle était là, cette lueur qui serrait l’estomac, mais elle se tenait en retrait comme s’il l’avait vraiment vaincue. Songeur, il laissa le vide disparaître. « Je crois que je deviens fou », dit-il. S’avisant subitement du lieu où ils se trouvaient, il tourna la tête pour regarder par où ils étaient venus. Appels et cris résonnaient d’une demi-douzaine de directions différentes ; des signes de recherches mais aucun de poursuite. Pas encore. Il sauta sur le dos du Rouge.

« Parfois, je ne comprends pas la moitié de ce que vous racontez, commenta Loial. Si vous devez devenir fou, cela ne pourrait-il au moins attendre que nous soyons de retour auprès de la Dame Séléné et de Hurin ?

— Comment allez-vous monter à cheval avec ça sur votre selle ?

— Je vais courir ! » L’Ogier joignit le mouvement à la parole en partant au pas gymnastique, tirant son cheval derrière lui par la bride. Rand suivit.

L’allure adoptée par Loial était aussi rapide que le trot d’un cheval. Rand aurait juré que l’Ogier ne pourrait pas la soutenir longtemps, mais les pieds de Loial ne ralentirent pas leur rythme. Rand conclut que ses dires d’avoir couru un jour plus vite qu’un cheval n’étaient probablement pas de la vantardise. De temps en temps, tout en allant son train, Loial regardait en arrière, mais les cris des Amis des Ténèbres et les hurlements des Trollocs s’atténuaient avec la distance.

Même quand la pente commença à devenir plus raide Loial ralentit à peine et il entra dans leur campement à flanc de montagne avec une respiration seulement un peu haletante.

« Vous l’avez. » Séléné avait un accent de joie triomphante tandis qu’elle embrassait du regard le coffre richement décoré posé sur la selle de Loial. Elle portait de nouveau sa robe ; laquelle parut à Rand aussi blanche que la neige fraîchement tombée. « Je savais que vous feriez le bon choix. Puis-je… y jeter un coup d’œil ?

— Avez-vous été suivis, mon Seigneur ? » questionna Hurin avec anxiété. Il avait contemplé le coffre avec révérence mais ses yeux s’étaient ensuite détournés dans la nuit vers le bas de la montagne. « S’ils suivent, il faut nous dépêcher de partir.

— Je ne crois pas qu’ils nous aient repérés. Allez à la pointe rocheuse et voyez si vous pouvez vous en rendre compte. » Rand mit pied à terre tandis que Hurin escaladait précipitamment la montagne. « Séléné, je ne sais pas ouvrir le coffre. Et vous, Loial ? » L’Ogier secoua la tête.

« Laissez-moi essayer… » Même pour une femme de la taille de Séléné, la selle de Loial était à une bonne distance du sol. Elle leva les bras pour atteindre les dessins artistement ouvrés sur le coffre, les tâta, appuya. Il y eut un déclic ; elle releva le couvercle en le poussant, le laissa retomber en arrière.

Comme elle se haussait sur la pointe des pieds pour plonger la main à l’intérieur, Rand passa le bras pardessus son épaule et souleva le Cor de Valère. Il l’avait déjà vu une fois mais il ne l’avait jamais touché. Bien que merveilleusement fait, le Cor n’avait pas l’air d’un objet d’une grande antiquité ni d’un grand pouvoir. Un cor en or enroulé sur lui-même, luisant dans la faible clarté, avec une inscription en argent incrustée autour du pavillon. Il effleura du doigt ces lettres étrangères. Elles donnaient l’impression de refléter le clair de lune.