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Lorsque Rand abaissa sa flûte, l’officier se leva et eut un geste sec. Le rire des soldats s’interrompit aussitôt, ils se dressèrent dans un crissement de chaises repoussées pour s’incliner, la main sur la poitrine, en direction de l’officier – puis de Rand – et sortir sans un regard en arrière.

L’officier s’approcha de la table de Rand et salua, la main sur le cœur ; le devant rasé de son crâne donnait l’impression qu’il l’avait frotté de poudre blanche. « Que la Grâce vous favorise, mon Seigneur. J’espère qu’ils ne vous ont pas importuné avec leur chant. Ce sont des gens sans éducation, mais ils n’avaient aucune intention insultante, je vous l’assure. Je suis Aldrin Caldevwin, mon Seigneur. Capitaine au service de Sa Majesté, que la Lumière l’illumine. » Ses yeux examinèrent discrètement l’épée de Rand ; lequel eut le sentiment que Caldevwin avait remarqué les hérons aussitôt qu’il était entré.

« Ils ne m’ont pas offensé. » La façon de parler de l’officier lui rappela celle de Moiraine, précise et chaque mot prononcé sans une syllabe escamotée. M’a-t-elle réellement laissé aller ? Je me demande si elle me suit. Ou m’attend. « Asseyez-vous, Capitaine. Je vous en prie. » Caldevwin tira une chaise qui était autour d’une autre table. « Dites-moi, Capitaine, si vous le voulez bien. Avez-vous vu d’autres étrangers récemment ? Une dame, petite et mince, et un guerrier aux yeux bleus. Il est grand, et parfois, il porte son épée sur son dos.

— Je n’ai vu aucun étranger, répondit l’autre en prenant place avec raideur sur son siège. À part vous et votre Dame, mon Seigneur. Peu de gens de la noblesse viennent par ici. » Ses yeux allèrent brièvement vers Loial avec un froncement de sourcils à peine perceptible ; Hurin, il l’ignora, le tenant pour un domestique.

« C’est sans importance.

— La Lumière en est témoin, mon Seigneur, je ne voudrais pas manquer de respect, mais puis-je savoir votre nom ? Nous avons si peu d’étrangers par ici que je me surprends à vouloir connaître tout le monde. »

Rand le lui dit – il ne se donna aucun titre, mais l’officier ne parut pas s’en apercevoir – et ajouta comme pour l’aubergiste : « Des Deux Rivières, en Andor.

— Un pays merveilleux à ce que j’ai entendu raconter, Seigneur Rand – puis-je vous appeler ainsi ? – et des gens de valeur, les hommes d’Andor. Pas un Cairhienin n’a jamais porté une épée de maître ès armes aussi jeune que vous. J’ai rencontré, une fois, des natifs de l’Andor, entre autres le Capitaine-Général des Gardes de la Reine. Je ne me souviens plus de son nom ; excusez-moi. Peut-être pourriez-vous m’obliger en me le rappelant ? »

Rand eut conscience que les serveuses, derrière eux, commençaient à débarrasser et à balayer. Caldevwin ne semblait qu’entretenir la conversation, mais il y avait quelque chose d’inquisiteur dans son regard. « Gareth Bryne.

— Ah, oui. Jeune, pour avoir autant de responsabilités. »

Rand répondit d’une voix qu’il maintint égale. « Gareth Bryne a suffisamment de gris dans les cheveux pour être votre père, Capitaine.

— Pardonnez-moi, mon Seigneur Rand. Je voulais dire qu’il les avait eues jeune. » Caldevwin se tourna vers Séléné et, pendant un instant, il se borna à la contempler. Il finit par s’ébrouer comme s’il sortait d’une transe. « Pardonnez-moi de vous regarder de cette façon, ma Dame, et pardonnez-moi de parler ainsi, mais la Grâce vous a favorisée, c’est certain. Me donnerez-vous un nom à mettre sur une telle beauté ? »

Juste au moment où Séléné ouvrait la bouche, une des serveuses poussa un cri et laissa choir une lampe qu’elle venait de prendre sur une étagère. De l’huile jaillit et se transforma en flaque de feu sur le sol. Rand se leva d’un bond, en même temps que les autres attablés avec lui, mais avant qu’aucun d’eux ait eu le temps d’esquisser un pas, Maîtresse Madwen apparut et elle et la jeune fille étouffèrent les flammes avec leur tablier.

« Je vous avais recommandé la prudence, Catrine, dit l’hôtelière en secouant son tablier maintenant sali sous le nez de la jeune fille. Vous allez réduire en cendres l’auberge avec vous dedans. »

La jeune fille paraissait au bord des larmes. « J’y allais avec prudence, Maîtresse Madwen, mais j’ai eu un affreux élancement dans le bras. »

Maîtresse Madwen leva les siens au ciel. « Vous avez toujours une excuse, et vous cassez encore plus d’assiettes que toutes les autres. Ah, peu importe. Nettoyez et ne vous brûlez pas. » L’aubergiste se tourna vers Rand et les autres, tous encore debout autour de la table. « J’espère qu’aucun de vous ne s’y trompe. En réalité, il n’y a pas de risque que cette petite incendie l’auberge. Elle en fait voir de dures à la vaisselle quand elle se met à languir après un jeune gars, mais elle n’avait jamais encore renversé de lampe.

— J’aimerais être conduite à ma chambre. Je ne me sens pas bien, finalement. » Séléné parlait d’un ton appliqué, comme si elle n’était pas sûre de son estomac mais, malgré cela, son apparence et sa voix étaient aussi froides et calmes que d’ordinaire. « Le voyage, et le feu. »

L’aubergiste gloussa comme une mère poule. « Bien sûr, ma Dame. J’ai une belle chambre pour vous et votre Seigneur. Demanderai-je à Mère Caredwain de venir ? Elle est habile à manipuler les herbes calmantes. »

La voix de Séléné devint plus cassante. « Non. Et je désire une chambre particulière. »

Maîtresse Madwen jeta un coup d’œil à Rand mais aussitôt après elle s’inclinait et emmenait Séléné avec sollicitude vers l’escalier. « Comme vous voudrez, ma Dame. Lidan, soyez mignonne et allez chercher maintenant les affaires de la Dame. » Une des serveuses se précipita pour se charger des sacoches de selle de Séléné que lui donna Hurin, et les femmes disparurent à l’étage, Séléné raide comme un piquet et silencieuse.

Caldevwin les suivit des yeux jusqu’à ce qu’elles soient parties, puis se secoua de nouveau. Il attendit que Rand se soit assis avant de reprendre place sur sa chaise. « Pardonnez-moi, mon Seigneur Rand, de contempler ainsi votre Dame, mais la Grâce vous a sûrement favorisé en ce qui la concerne. Sans vouloir vous offenser.

— Il n’y a pas d’offense », répliqua Rand. Il se demanda si tous les hommes ressentaient la même chose que lui quand ils regardaient Séléné. « En venant au village, Capitaine, j’ai vu une énorme sphère. En cristal, à ce qu’il semblait. Qu’est-ce que c’est ? »

Les yeux du Cairhienin se durcirent. « C’est une partie de la statue, mon Seigneur Rand », répliqua-t-il lentement. Son regard se porta brièvement vers Loial ; pendant un instant, il sembla envisager un point de vue nouveau.

« Une statue ? J’ai vu une main et aussi un visage. Elle doit être colossale.

— Elle l’est, mon Seigneur Rand. Et ancienne. » Caldevwin marqua un temps. « Remontant à l’Ère des Légendes, à ce qu’on m’a dit. »

Rand eut un frisson. L’Ère des Légendes, où l’usage du Pouvoir Unique était universel, si l’on pouvait en croire les histoires. Que s’est-il passé là-bas à la carrière ? Je sais qu’il y a eu quelque chose.

« L’Ère des Légendes, répéta Loial. Oui, ce doit être cela. Personne n’a entrepris une œuvre aussi considérable depuis. Un gros travail de la dégager, Capitaine. »

Hurin resta assis sans rien dire comme si non seulement il n’écoutait pas mais même n’était pas là du tout.

Caldevwin acquiesça d’un signe de tête contraint. « J’ai cinq cents ouvriers qui campent près de l’excavation et même ainsi l’été sera fini avant que nous l’ayons extraite. Ils viennent du Faubourg. La moitié de ma tâche consiste à les maintenir à leur travail et l’autre à les empêcher d’envahir ce village. Les Faubouriens ont un penchant pour la boisson et la bombance, vous comprenez, et les gens d’ici mènent une vie paisible. » Son ton disait que ses sympathies étaient totalement acquises aux gens du village.