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Elle chercha une sortie avec l’énergie du désespoir, regardant fébrilement autour d’elle en courant, les poings serrés. La voie de retour ne se présentera qu’une fois. Soyez ferme. Il n’y avait rien, seulement encore des détours de ce labyrinthe interminable. Si vite qu’elle courait, les propos immondes résonnaient juste derrière elle. Peu à peu, la frayeur se changea totalement en fureur.

« Qu’il soit brûlé ! s’exclama-t-elle dans un sanglot. Que la Lumière le brûle ! Il n’a pas le droit ! » En elle, Nynaeve sentit un quelque chose qui s’épanouissait, s’ouvrait, se déployait pour accueillir la Lumière.

Les dents découvertes dans un rictus, elle se retourna pour affronter son poursuivant juste au moment où Aginor surgissait, le rire à la bouche, dans un galop titubant.

« Vous n’avez pas le droit ! » Elle brandit le poing dans sa direction, ses doigts s’ouvrant comme si elle lançait quelque chose. Elle ne fut qu’à demi surprise de voir une boule de feu quitter sa main.

La boule explosa contre la poitrine d’Aginor, le renversant sur le sol. Pendant un instant, il y resta étendu, puis il se releva en chancelant. Il ne semblait pas conscient que le devant de son bliaud se consumait lentement. « Tu oses ? Tu oses ! » Il frissonna et de la salive coula le long de son menton.

Brusquement, il y eut des nuages dans le ciel, une avancée menaçante de houle grise et noire. Un éclair jaillit de la nuée, droit vers le cœur de Nynaeve.

Elle eut l’impression, pour la durée d’un battement de cœur, que le temps avait soudain ralenti, comme si ce battement de cœur s’éternisait. Elle sentit le flux en elle – la saidar, indiqua une pensée lointaine – sentit un afflux qui lui répondait dans l’éclair. Et elle détourna la direction de cet afflux. Le temps bondit en avant.

Dans un bruit de tonnerre, l’éclair fracassa la pierre au-dessus de la tête d’Aginor. Les yeux caves du Réprouvé se dilatèrent de surprise et il recula en vacillant. « Tu ne peux pas ! Ce n’est pas possible ! » Il s’éloigna d’un bond, et un éclair tombait à l’endroit où il s’était tenu juste auparavant, la pierre rejaillissant en fontaine de fragments.

Avec une résolution farouche, Nynaeve s’avança vers lui. Et Aginor prit la fuite.

La saidar était un torrent qui la parcourait à toute vitesse. Elle sentait autour d’elle les cailloux et l’air, sentait voler les minuscules parcelles du Pouvoir Unique qui les imprégnaient et agissaient sur eux. Et elle sentait qu’Aginor faisait… quelque chose, lui aussi. Elle en eut l’intuition vague, et très lointaine, comme si c’était quelque chose dont la vraie nature lui resterait toujours incompréhensible mais dont elle voyait les effets autour d’elle et les reconnaissait pour ce qu’ils étaient.

Le sol gronda et se souleva sous ses pieds. Des murs basculèrent devant elle, entassements de pierre destinés à lui barrer le passage. Elle grimpa par-dessus, sans se soucier si les angles tranchants de la pierraille lui entaillaient les mains et les pieds, gardant toujours en vue Aginor. Un vent se leva, soufflant avec fureur contre elle par les couloirs dans un effort pour la jeter à terre, redoublant de violence jusqu’à lui aplatir les joues et forcer ses yeux à larmoyer ; elle inversa le sens du flot et Aginor culbuta le long du couloir comme un arbuste déraciné. Elle agit sur le flux dans la terre, le détourna, et des murs de pierre s’effondrèrent autour d’Aginor, l’encerclant. La foudre tombait où son regard de colère se dardait, frappant autour de lui, et les pierres explosaient toujours plus près. Elle sentait qu’Aginor luttait pour lui renvoyer sa foudre mais, pas à pas, les éclairs éblouissants approchaient du Réprouvé.

Quelque chose miroita sur sa droite, quelque chose que les murs laissaient apparaître maintenant qu’ils s’effondraient.

Nynaeve avait conscience qu’Aginor fléchissait, conscience que ses efforts pour l’abattre devenaient moins puissants et plus fébriles. Pourtant elle savait en quelque sorte qu’il n’avait pas renoncé. Si elle le laissait aller maintenant, il la pourchasserait avec autant d’énergie qu’auparavant, convaincu qu’elle était finalement trop faible pour le vaincre, trop faible pour l’empêcher de disposer d’elle selon sa volonté.

Une arcade d’argent se dressait à l’emplacement des constructions de pierre, un arc rempli d’un doux rayonnement argenté. La voie de retour…

Elle comprit quand le Réprouvé renonça à son attaque, perçut le moment où tous ses efforts pour l’éviter furent abandonnés. Et sa puissance ne suffisait plus, il n’était plus capable de parer ses coups. Maintenant, il était obligé de se rejeter à l’écart pour éviter l’avalanche des gouttes de pierre projetées en l’air par la foudre de Nynaeve, les explosions le précipitant de nouveau sur le sol.

La voie de retour ne se présente qu’une fois. Soyez ferme.

La foudre ne tombait plus. Nynaeve se détourna d’Aginor, qui se débattait pour se relever, et regarda l’arcade. Elle reporta les yeux sur Aginor juste à temps pour le voir ramper par-dessus l’amas de pierres et disparaître. Elle siffla de frustration entre ses dents serrées. Une grande partie du labyrinthe était encore debout, avec cent nouveaux endroits où se cacher dans les ruines qu’elle et le Réprouvé avaient provoquées. Il faudrait du temps pour le retrouver mais, si elle ne le retrouvait pas la première, elle était certaine que lui la trouverait. Ayant récupéré sa pleine force, il la surprendrait quand elle s’y attendrait le moins.

La voie de retour ne se présente qu’une fois.

Saisie de crainte, elle regarda de nouveau et fut soulagée de voir que l’arcade était encore là. Si elle pouvait découvrir rapidement Aginor…

Soyez ferme.

Avec un cri de colère frustrée, elle escalada le monceau de pierre en direction de l’arcade. « Ceux qui sont cause que je suis ici, marmonna-t-elle, je ferai en sorte qu’ils regrettent de ne pas avoir reçu le même traitement qu’Aginor. Je ferai… » Elle passa sous l’arc et la lumière l’enveloppa.

« Je ferai… » Nynaeve sortit de l’arcade et s’arrêta, pour regarder avec surprise. Tout était comme elle se le rappelait – le ter’angreal d’argent, les Aes Sedai, la salle – mais se rappeler lui fut comme de recevoir un coup, car les souvenirs absents reprirent d’assaut leur place dans son esprit.

La Sœur Rouge leva haut une des coupes d’argent et versa un flot de fraîche eau transparente sur la tête de Nynaeve. « Vous êtes lavée et purifiée de tout péché que vous pouvez avoir commis, psalmodia l’Aes Sedai, et de ceux commis contre vous. Vous êtes lavée et purifiée de tout crime que vous avez pu commettre, et de ceux commis contre vous. Vous venez à nous lavée et pure de cœur et d’âme. »

Nynaeve frissonna quand l’eau ruissela le long de son corps et se répandit sur le sol.

Sheriam lui prit le bras avec un sourire soulagé, mais la voix de la Maîtresse des Novices ne laissa pas deviner qu’elle avait été soucieuse. « Vous avez réussi jusqu’ici. Revenir, c’est réussir. Gardez en tête ce qu’est votre but et vous continuerez à réussir. » L’Aes Sedai à la chevelure rousse commença à la conduire autour du ter’angreal vers une autre arcade.

« C’était tellement réel », dit Nynaeve dans un murmure. Elle se souvenait de tout, elle se rappelait avoir canalisé le Pouvoir Unique aussi facilement qu’elle lèverait la main. Elle se rappelait Aginor et les choses que le Réprouvé voulait lui faire. Elle frissonna de nouveau. « Était-ce réel ?