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« Vous êtes lavée et purifiée de tout faux orgueil. Vous êtes lavée et purifiée de toute fausse ambition. Vous venez à nous lavée et pure de cœur et d’âme. » Pendant que l’Aes Sedai Rouge reculait, Sheriam vint prendre Nynaeve par le bras.

Celle-ci sursauta, puis se rendit compte de qui il s’agissait. Elle saisit à deux mains le col de la robe de Sheriam. « Dites-moi que ce n’était pas réel. Dites-le-moi !

— C’était pénible ? » Sheriam détacha ses mains comme si elle était habituée à cette réaction. « Cela empire toujours, et la troisième épreuve est la pire.

— J’ai abandonné mon amie… j’ai abandonné les gens de mon village… dans le Gouffre du Destin pour revenir ici. » Je vous en prie, Lumière, faites que ce n’ait pas été réel. Que je n’aie pas réellement… Il faut que je le fasse payer à Moiraine. Il le faut !

« Il y a toujours une raison de ne pas revenir, quelque chose qui vous en empêche ou vous en détourne. Ce ter’angreal tresse des pièges pour vous d’après ce qu’il y a dans votre esprit, il les tresse serrés et solides, plus durs que l’acier et plus redoutables que du poison. Voilà pourquoi nous l’utilisons pour les mises à l’épreuve. Vous devez vouloir être une Aes Sedai plus que n’importe quoi au monde, suffisamment pour affronter n’importe quoi, vous libérer de n’importe quoi pour y parvenir. La Tour Blanche ne peut pas accepter moins. Nous l’exigeons de vous.

— Vous exigez beaucoup. » Nynaeve contempla le troisième arc tandis que l’Aes Sedai à la chevelure rousse la conduisait vers lui. La troisième épreuve est la pire. « J’ai peur », chuchota-t-elle. Que peut-il y avoir de pire que ce que je viens de faire ?

« C’est bien, répliqua Sheriam. Vous cherchez à être une Aes Sedai, à canaliser le Pouvoir Unique. Personne ne devrait envisager cela sans peur ni révérence. La peur vous maintiendra prudente et la prudence vous maintiendra en vie. » Elle fit tourner Nynaeve face à l’arc, mais elle ne recula pas aussitôt. « Personne ne vous force à entrer une troisième fois, mon enfant. »

Nynaeve s’humecta les lèvres. « Si je refuse, vous me mettrez à la porte de la Tour et ne me laisserez jamais revenir. » Sheriam hocha la tête. « Et ceci est le pire. » Sheriam acquiesça de nouveau. Nynaeve respira à fond. « Je suis prête.

— La troisième fois, psalmodia Sheriam solennellement, est pour ce qui sera. La voie de retour ne se présentera qu’une fois. Soyez ferme. »

Nynaeve se précipita vers l’arche en courant.

Rieuse, elle courait au sommet de la colline parmi les tourbillons de papillons qui s’envolaient des fleurs champêtres recouvrant la prairie d’un tapis de couleurs lui montant jusqu’aux genoux. Sa jument grise dansait nerveusement, les rênes pendantes, à la lisière de la prairie et Nynaeve cessa de courir pour ne pas l’effrayer davantage. Quelques-uns des papillons se posèrent sur sa robe, sur des fleurs que dessinaient des broderies et des semences de perles ou voletèrent autour des saphirs et des pierres de lune dans ses cheveux qui tombaient librement sur ses épaules.

Au-dessous de la colline, le collier des Mille Lacs se déployait à travers la cité de Malkier et reflétait les Sept Tours dressées jusqu’aux nuages, avec des étendards où figurait la Grue Dorée qui flottaient à leur sommet dans les voiles de brume. La voie de retour ne se présentera qu’une fois. Soyez ferme.

Un bruit de sabots la fit se retourner.

Al’Lan Mandragoran, Roi de Malkier, sauta à bas de son destrier et s’avança vers elle d’un pas tranquille au milieu des papillons en riant. Son visage donnait l’impression d’un homme dur, mais les sourires qu’il arborait pour elle adoucissaient les méplats de pierre.

Elle le contempla bouche bée sous le coup de la surprise quand il l’enlaça et l’embrassa. Pendant un instant, elle se cramponna à lui, éperdue, lui rendant son baiser. Ses pieds se balançaient au-dessus du sol et cela lui était complètement égal.

Soudain, elle le repoussa, recula son visage. « Non. » Elle l’écarta avec plus de vigueur. « Lâchez-moi. Posez-moi par terre. » Perplexe, il l’abaissa jusqu’à ce que ses pieds touchent le sol ; elle s’écarta. « Pas ça, dit-elle. Je ne peux pas affronter ça. Tout sauf ça. » Je vous en prie, laissez-moi affronter de nouveau Aginor. Sa mémoire bouillonna. Aginor ? Elle ne savait pas d’où lui était venue cette pensée. Ses souvenirs vacillaient et basculaient, des fragments agités comme de la glace rompue sur une rivière en crue. Elle tenta d’agripper ces fragments, tenta d’attraper quelque chose à quoi se raccrocher.

« Te sens-tu bien, mon amour ? » questionna Lan d’un ton soucieux.

— Ne m’appelez pas comme ça ! Je ne suis pas votre amour ! Je ne peux pas vous épouser ! »

Il la stupéfia en rejetant la tête en arrière pour éclater de rire. « Impliquer à t’entendre que nous ne sommes pas mariés risque de bouleverser nos enfants, chère épouse. Et comment ne serais-tu pas mon amour ? Je n’en ai pas d’autre et n’en aurai pas d’autre.

— Il faut que je reparte. » Avec désespoir, elle chercha du regard l’arcade, ne trouva que le ciel et la prairie. Plus dur que l’acier et plus mortel que le poison. Lan. Les bébés de Lan. Ô Lumière, aide-moi ! « Il faut que je reparte maintenant.

— Repartir ? Pour où ? Pour le Champ d’Emond ? Si tu le désires. J’enverrai un courrier à Morgase et commanderai une escorte.

— Seule », marmonna-t-elle, cherchant toujours. Où est cette arcade ? Il faut que je m’en aille. « Je ne veux pas m’engager là-dedans, je ne pourrais pas le supporter. Pas ça. Il faut que je parte tout de suite !

— Engager dans quoi, Nynaeve ? Qu’est-ce que tu ne pourrais pas supporter ? Non, Nynaeve. Tu peux te promener ici seule à cheval autant que le cœur t’en dit mais, si la Reine des Malkieri arrivait à Andor sans escorte convenable, Morgase serait scandalisée ou même offensée. Tu ne souhaites pas l’offenser, n’est-ce pas ? Je croyais que vous deux étiez amies. »

Nynaeve eut l’impression d’avoir reçu des coups sur la tête, coup après coup étourdissant. « Reine ? répéta-t-elle d’une voix hésitante. Nous avons des bébés ?

— Es-tu certaine de te sentir bien ? Mieux vaudrait que je te conduise à Sharina Sedai, je crois.

— Non. » Elle s’écarta de nouveau de lui. « Pas d’Aes Sedai. » Ce n’est pas réel. Je ne m’y laisserai pas entraîner, cette fois-ci. Pas question !

« Très bien, dit-il avec lenteur. Étant mon épouse, comment pourrais-tu ne pas être Reine ? Nous sommes des Malkieri, ici, pas des gens du Sud. Tu as été couronnée dans les Sept Tours en même temps que nous avons échangé nos alliances. » Machinalement, il avança sa main gauche ; un anneau d’or tout simple entourait son doigt. Elle jeta un coup d’œil à sa propre main, à l’anneau qu’elle savait devoir y être ; elle plaqua l’autre main dessus, mais était-ce pour nier sa présence ou pour le tenir elle n’aurait pas su le dire. « Te rappelles-tu, à présent ? » poursuivit Lan. Il allongea la main comme pour lui caresser la joue et elle recula encore de six pas. Il soupira. « À ta guise, mon amour. Nous avons trois enfants, bien qu’un seul puisse être véridiquement qualifié de bébé. Marie arrive presque à ton épaule et se demande ce qu’il préfère, des chevaux ou des livres. Elnore a déjà commencé à s’exercer à tourner la tête des garçons, quand elle ne harcèle pas Sherina pour savoir quand elle aura l’âge d’aller à la Tour Blanche.

— Elnore était le nom de ma mère, remarqua-t-elle à mi-voix.