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Où donc étaient les soldats de Mabel? Où donc était Mabel lui-même? Et où était le bataillon du Subdamoun qui aurait dû déjà se trouver dans la cour du château?

Un désordre indescriptible semblait régner dans la cour. L’absence de la force armée affolait tous les parlementaires. Les groupes se ruèrent vers Jacques dès qu’ils le virent descendre d’auto.

Eh bien? s’écria-t-on autour de lui… Et Mabel? Où est Mabel? On l’attend! On vous attend! Que se passe-t-il?

– Mabel arrive! leur cria Jacques. Entrez tout de suite dans la salle des séances! Où est le président du Sénat?

– Mais il attend Mabel! Il vous attend! Nous ne pouvons rien faire sans Mabel.

En s’élançant dans le palais, Jacques se heurta à Michel qui en sortait.

– Mabel! Mabel! lui cria Michel.

– Je le quitte! Mais tout le monde en séance! Tout le monde en séance! criait-il dans les corridors. Il faisait l’huissier, il était furieux de la mine déconfite, blême, avachie, de la plupart de ceux qui étaient là et qui ne croyaient plus à rien parce qu’ils ne voyaient pas les baïonnettes qu’on leur avait promises.

Il y avait déjà des députés qui haussaient les épaules. D’autres qui regrettaient d’être venus. D’autres qui raillaient les préoccupations somptuaires prises par le président du Sénat, qui avait voulu que l’affaire se passât dans sa décoration ordinaire et qui avait fait donner des ordres dans la nuit pour que, à l’aile gauche du château, devant l’édifice du Congrès, on dressât un dais de toile!

C’est dans le salon réservé ordinairement aux ministres, les jours de congrès, que Jacques trouva le président du Sénat avec les membres du bureau, et Oudard et Barclef. Il en ressortait presque aussitôt.

Sur une des banquettes de velours rouge à crépines d’or de la galerie des bustes, Jacques retrouva Frédéric:

– Venez! lui cria-t-il. Ces gens-là ne veulent rien faire sans Mabel et nous ne savons ce qu’il est devenu! Nous allons essayer de tout faire sans lui!

Dans la cour, sur la place, on courut derrière lui:

– Où allez-vous? Où allez-vous?

– J’ai rendez-vous avec Mabel. Dans cinq minutes, je suis là, avec le général et les troupes!

Il se fit conduire à la caserne où gîtait provisoirement le bataillon du Subdamoun, commandé par des officiers de l’armée coloniale auxquels il pouvait tout demander.

Celui qui l’avait remplacé à la tête de cette troupe d’élite était un camarade qui avait fait campagne avec lui, sous ses ordres, le commandant Daniel.

Il le trouva à la caserne, attendant impatiemment l’ordre de Mabel qui allait le mettre à la disposition de Jacques.

Il fut stupéfait de le voir pénétrer au quartier avec Frédéric et l’entraîna dans une salle.

– Que se passe-t-il?

– Vous ne savez pas ce qu’est devenu le général Mabel?

– Non!

– Moi non plus! Mais je viens de dire à tout le monde que je le quittais à l’instant. Voici l’ordre du président de l’Assemblée nationale qui lui ordonne d’assurer la sécurité des représentants du peuple. La Chambre et le Sénat ont, usant de leurs prérogatives constitutionnelles, décidé de réviser la Constitution. Si Mabel était là, il vous dirait, car la chose était entendue avec lui, de réunir vos hommes et de les conduire dans la cour du château pour vous mettre à la disposition du président de l’Assemblée nationale. Voulez-vous imaginer que vous avez vu Mabel et obéir ainsi à la loi? Dans une demi-heure, je serai nommé chef du gouvernement provisoire et je vous couvrirai, quoi qu’il arrive!

– Commandant, répondit Daniel, ma vie vous appartient! Les deux hommes se jetèrent dans les bras l’un de l’autre.

– Merci Daniel! Si vous ne m’aviez pas suivi, je n’avais plus qu’à me suicider! Faites sonner! Et au château, rapidement.

Daniel donna des ordres.

La caserne s’emplit aussitôt d’un remue-ménage guerrier.

– Ce n’est pas tout, fit Jacques à son camarade, si vous voulez me servir jusqu’au bout, vous téléphonerez aux chefs des différents corps que vous avez l’ordre de Mabel de rallier la place d’Armes et le château et que vous êtes chargé de leur transmettre cet ordre, auquel ils doivent obéir sur-le-champ.

– Compris! Tout ce que vous voudrez! Supérieurs et inférieurs sont aussi impatients d’agir que moi! Nous ne risquons rien avec eux, du moment qu’ils sont couverts par le décret du président de l’Assemblée nationale… Ah! pourquoi le général Mabel n’est-il pas là?

– Pas de vaines récriminations! Agissons!

Daniel courut au téléphone. Il en revint presque aussitôt.

– Le colonel Brasin marche! n’a demandé aucune explication, dit qu’il n’a qu’à obéir! Mais le général Lavigne, s’étonne de n’avoir pas vu Mabel et demande qu’on lui montre un ordre.

– Frédéric! Voilà où vous allez nous être utile! Vous allez passer chez le général Lavigne et lui montrer le décret du président de l’Assemblée nationale! et dans toutes les casernes et à tous les chefs de corps! Dites que vous faites cette tournée sur l’ordre du général Mabel. Je compte sur vous pour les emballer! Quant au général Mabel, il est censé attendre tout le monde au château! Il ne peut quitter en ce moment l’assemblée où il est à l’ordre du président!

– Entendu, commandant! Avec ce papier-là, je les ferai marcher à fond!

– Attendez que je vous donne un dernier ordre, car je ne pourrai plus m’occuper de vous! Quand vous m’amènerez la ligne, voilà ce que vous ferez: vous disposerez un cordon de troupes à une vingtaine de mètres des murs du château. Trois passages, ouverts place d’Armes, permettront aux parlementaires et aux ayants droit d’entrer.

– C’est compris!:

– Frédéric! Il ne faut pas que l’on vienne nous dire plus tard que les parlementaires n’ont pas pu passer! Hein? Vous saisissez?

– Certes!

– Cependant, comme nous sommes déjà de trois quarts d’heure en retard, vous vous arrangerez d’ici une demi-heure pour que personne ne passe plus, mais sans recevoir d’ordre pour cela! Tous ceux qui nous arriveront dans une demi-heure ne vous voudront peut-être pas beaucoup de bien, Frédéric! Je vous dis des choses que je devrais dire au général Mabel.

– Mon commandant! je ferai partout, comme s’il était là! Et je donnerai des ordres en son nom!

– Allez et bonne chance, mon ami!

Cinq minutes plus tard, Jacques était acclamé dans la cour de la caserne par tout le bataillon sous les armes!

Un enthousiasme indescriptible s’emparait de ces hommes à qui il n’avait pas été nécessaire d’expliquer ce que Jacques attendait.

– Camarades! leur cria Jacques, le moment est venu de sauver la France! En avant! suivez vos chefs!

Aussitôt les tambours, les clairons se firent entendre et le bataillon se mit en route vers la place d’Armes où il arriva dans le moment que le colonel Brasin survenait à la tête de son régiment.

L’effet produit fut foudroyant, Jacques paraissait plus que jamais le vrai maître de la situation. Il avait promis des soldats. Il en amenait.