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— Et voici Elayne Trakand, de l’Ajah Vert, comme je vous l’avais dit.

Rien de plus, et c’était amplement suffisant. Grâce aux descriptions de Vandene, Elayne identifia sans peine les quatre souverains.

— Je te souhaite la bienvenue, Elayne Sedai, dit Easar, le roi du Shienar. Puissent la Paix et la Lumière t’accompagner.

Pas plus grand que la Fille-Héritière et très mince, le souverain arborait un visage sans rides malgré le toupet entièrement blanc qui ornait son crâne. Croisant son regard triste, Elayne dut se souvenir qu’on le tenait pour un roi très sage, un diplomate doué et un grand chef de guerre. Rien dont il eût l’apparence, en somme…

— Du vin ? demanda-t-il. Les épices ne sont pas fraîches, mais en prenant de l’âge, elles deviennent plus fortes en goût.

— Quand Merilille nous a dit que tu arriverais de Caemlyn aujourd’hui, j’ai eu du mal à y croire. Et je n’y aurais pas cru, venant de quelqu’un d’autre qu’une Aes Sedai.

Ethenielle, reine du Kandor… Un peu plus grande que Merilille et agréablement rondelette, cette femme aux cheveux noir grisonnant affichait un sourire maternel auquel il ne fallait surtout pas se fier. Dans sa belle robe bleue, elle avait le maintien d’une reine… et la grâce tout en puissance d’une tigresse.

— Nous sommes ravis de ta visite, dit Paitar, le roi de l’Arafel.

Sa voix riche et mélodieuse réchauffa le cœur d’Elayne – là aussi, il ne fallait pas s’y laisser prendre.

— Nous avons tant de choses à nous dire, ajouta le souverain.

Selon Vandene, c’était le plus bel homme des Terres Frontalières. Dans un lointain passé, peut-être… Aujourd’hui, son crâne dégarni et ses joues ridées le desservaient. Cela dit, il restait très grand, très large d’épaules et très impressionnant. D’autant plus qu’il valait mieux ne pas le prendre pour un crétin…

Alors que les trois autres portaient avec grâce le poids des années, Tenobia, reine du Saldaea, resplendissait de jeunesse – sinon de beauté, avec son nez crochu et sa trop grande bouche. Ses yeux inclinés, presque violets, restaient ce qu’elle avait de plus flatteur. Alors que les autres avaient opté pour la simplicité, elle paradait dans une robe bleu clair rehaussée de perles et de saphirs – l’écho des ornements qu’elle portait dans les cheveux. Une tenue de cour, étrange dans un camp…

Quant à la courtoisie, la jeune reine avait encore à apprendre de ses pairs.

— Au nom de la Lumière, Merilille Sedai, dit-elle d’un ton haut perché, je sais que tu ne mens jamais… Pourtant, elle a plus l’air d’une gamine que d’une Aes Sedai. Et tu n’as pas précisé qu’elle viendrait avec une Aielle aux yeux noirs.

Easar ne broncha pas. En revanche, Paitar fit la moue et Ethenielle eut un regard désapprobateur qui aurait glacé les sangs de plus d’une jeune souveraine.

— Noirs ? répéta Aviendha, désorientée. Mes yeux ne sont pas noirs… Je n’en ai jamais vu de noirs, sauf sur un colporteur – du moins avant d’avoir franchi le Mur du Dragon…

— Tu sais que je ne peux pas mentir, Tenobia, fit Merilille, et je t’assure…

Elayne tapota le bras de la sœur pour lui intimer le silence.

— Tenobia, il te suffit de savoir que je suis une Aes Sedai. Je vous présente ma sœur, Aviendha, du clan des Sept Vallées des Aiels Taardad.

Aviendha sourit aux souverains. En tout cas, elle essaya.

— Et ma Championne, dame Birgitte Trahelion.

L’archère s’inclina très légèrement.

Les deux annonces firent leur petit effet. Quoi, une Aielle pour sœur ? Et une Championne ?

Tenobia et les trois autres dirigeaient des pays qui bordaient la Flétrissure, où les pires cauchemars allaient et venaient en plein jour. Là-bas, aucune personne trop impressionnable ne faisait de vieux os. Les ayant déstabilisés, Elayne passa à l’attaque sans perdre de temps.

« Lance l’assaut quand tes adversaires ne s’y attendent pas, et continue jusqu’à ce qu’ils battent en retraite ou que tu aies percé leurs défenses. »

Gareth Bryne, toujours…

— En avons-nous fini avec les politesses d’usage ? demanda Elayne en s’emparant d’un gobelet sur le plateau présenté par le vieux soldat.

Dans le lien, un avertissement fusa et Aviendha lorgna le gobelet avec méfiance. Mais la reine héritière n’avait aucune intention de boire. Par bonheur, sa sœur et sa Championne eurent l’excellente idée de garder le silence.

— Seule une idiote penserait que vous avez fait tout ce chemin pour envahir l’Andor, reprit Elayne tout en s’asseyant.

Dirigeants ou non, ses interlocuteurs devaient l’imiter ou regarder son dos. Ou plutôt celui de Birgitte, puisqu’elle vint se camper derrière son Aes Sedai. Comme d’habitude, Aviendha s’assit sur les talons, sa jupe lui faisant comme une corolle.

— C’est pour le Dragon Réincarné que vous venez… Et vous m’avez demandé cette audience parce que j’étais à Falme. Mais pourquoi est-ce si important pour vous ? Imaginez-vous que je vous en dirai plus long que ce que vous savez déjà ? Quelqu’un a soufflé dans le Cor de Valère, les héros morts ont chargé les Seanchaniens et le Dragon Réincarné, sous les yeux de tous, a combattu le Mal dans le ciel. Si vous êtes informés de tout ça, vous en savez aussi long que moi.

— Audience ? répéta Tenobia en se laissant tomber sur une chaise. Personne ne t’a demandé d’audience. Et même si tu étais déjà assise sur le Trône du Lion…

— Tenobia, pas de digression inutile, coupa Paitar d’un ton conciliant.

Toujours debout, il sirotait son vin. Elayne se réjouit de voir son visage ridé. Une voix pareille pouvait semer la confusion chez une femme…

Avec un autre regard sévère pour Tenobia, Ethenielle s’assit et marmonna quelque chose entre ses dents. Elayne crut reconnaître le mot « mariage », mais ça n’aurait eu aucun sens.

Dès qu’elle fut installée, Ethenielle se concentra sur la Fille-Héritière :

— En d’autres circonstances, j’apprécierais sans doute ton agressivité, Elayne Sedai. Mais il n’y a rien d’agréable à tomber dans le piège qu’un allié a contribué à vous tendre.

Tenobia fronça les sourcils mais Ethenielle ne daigna même pas la regarder.

— Ce qui est arrivé à Falme, dit-elle, est moins important que les conséquences que ça a eu. Non, Paitar, nous devons lui dire certaines choses ! Elle en sait déjà trop, de toute façon. Elayne, nous savons que tu étais avec le Dragon Réincarné à Falme. Comme une amie, peut-être… Quoi qu’il en soit, tu as raison : nous ne sommes pas là pour une invasion, mais pour trouver le Dragon Réincarné. Et après avoir parcouru tant de chemin, on nous affirme que personne ne peut dire où il est. Toi, le sais-tu ?

Elayne cacha le soulagement que lui apportait cette question directe. S’ils avaient su qu’elle était pour Rand bien plus qu’une camarade ou une amie, ces souverains ne l’auraient jamais posée. À elle de se montrer directe. L’attaque à outrance !

— Pourquoi voulez-vous le voir ? Des messagers lui apporteront vos lettres, si vous voulez.

Une façon détournée de demander pourquoi les frontaliers étaient venus en force.

Toujours debout, Easar n’avait pas pris de gobelet, ce qui lui permit de plaquer les poings sur les hanches.

— La guerre contre les Ténèbres se livre à la lisière de la Flétrissure, dit-il, et l’Ultime Bataille s’y déroulera, peut-être directement sur le mont Shayol Ghul. Pourtant, le Dragon Réincarné se désintéresse des Terres Frontalières et se concentre sur des pays où on n’a plus vu un Myrddraal depuis les guerres des Trollocs.

— Homme des terres mouillées, intervint Aviendha, le Car’a’carn décide de l’endroit où il entend danser avec les lances. Si vous voulez lui être loyaux, vous vous battrez là où il le dit.