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— Qui sont ces personnes, dehors ? demanda Mat, qui venait d’apercevoir d’autres silhouettes.

— Les gens de l’auberge, répondit Egeanin, agacée. Pour ne pas attirer l’attention des patrouilles, il me faut une suite substantielle. Les deux – Champions, c’est ça ? – sont musclés et feront d’excellents porteurs de lanterne. En outre, je ne voulais pas les rater sous cette averse.

Mat tourna la tête vers les sul’dam.

— Je te présente Seta Zarbey et Renna Emain. Selon moi, elles souhaitent que tu oublies leurs noms dès que nous en aurons terminé.

La blonde ayant tressailli en entendant « Seta », Renna devait être la brune. Obstinées, elles ne relevèrent pas la tête. Comment Egeanin les tenait-elle ? Au fond, ça n’avait aucune importance, puisqu’elles étaient là, prêtes à faire ce qu’il fallait.

— Aucune raison de traîner, dit Mat. On y va !

Sur les « corrections » d’Egeanin, il préféra s’abstenir de tout commentaire. Après tout, pendant qu’il attendait sur le lit de Tylin, n’avait-il pas lui-même décidé un ou deux changements de dernière minute ?

31

Ce que disaient les Aelfinn

Quand Mat lui emboîta le pas alors qu’elle se dirigeait vers le « chenil », Egeanin ne cacha pas sa surprise et son irritation. Seta et Renna connaissaient bien entendu le chemin, et lui, il était censé être allé chercher son manteau et tout ce qu’il comptait emporter d’autre.

La tête toujours baissée, les deux sul’dam suivirent le mouvement dans les couloirs obscurs, Domon fermant la marche comme s’il entendait jouer les chiens de berger. Sur ses gardes, il sondait tous les couloirs latéraux et portait parfois une main à sa taille comme s’il s’attendait à y trouver une épée ou un gourdin.

À part le petit groupe, il n’y avait pas âme qui vive dans les corridors.

— J’ai un petit truc à faire là-haut, lança Mat, avec un sourire nonchalant. Ne t’inquiète pas, ça ne prendra qu’une minute.

Comme la veille, à l’auberge, le plus joli sourire du jeune flambeur fit un bide retentissant auprès de la Seanchanienne.

— Si tu sabotes tout maintenant…, menaça-t-elle à voix basse.

— N’oublie pas qui a pondu ce plan, rappela Mat.

Enfin, quoi ! Les femmes débarquaient, prenaient les choses en main et prétendaient faire mieux qu’un type dont c’était le métier. Au bout d’un moment, ça devenait pesant.

Au moins, Egeanin ne se plaignit plus. En silence, ils montèrent jusqu’au dernier niveau du palais puis s’engagèrent dans l’escalier en colimaçon menant au grenier. Ici, il y avait encore moins de lampes allumées que dans les couloirs. Les allées, entre les cellules, faisaient penser à un labyrinthe plongé dans la nuit.

Ne voyant rien bouger, Mat respira un peu mieux. Il aurait même été très à l’aise si Renna n’avait pas soupiré de soulagement.

Seta et elle savaient où étaient enfermées les différentes damane. Sans doute parce que Domon les poussait aux fesses, elles ne traînèrent pas les pieds en s’enfonçant dans le grenier. Cela dit, ça n’avait rien d’une image rassurante. Mais si les souhaits étaient des chevaux, tous les mendiants auraient été dans la cavalerie. En d’autres termes, un homme devait faire avec ce qu’il avait, surtout en l’absence de choix.

Egeanin foudroya une dernière fois Mat du regard, grogna et suivit les sul’dam. Dans son dos, le jeune flambeur eut un rictus. À la façon dont marchait cette femme, on aurait pu la prendre pour un homme, n’était sa robe.

Lui, il avait effectivement un « truc à faire », et pas si petit que ça. Pas de bon cœur, et il avait souvent tenté de s’en dissuader. Mais c’était le genre de choses qui n’autorise pas de dérobade.

Dès qu’Egeanin eut disparu à une intersection, derrière les sul’dam et Domon, Mat fila vers la cellule la plus proche qui, s’il se souvenait bien, abritait une Atha’an Miere.

Ouvrant sans difficulté la porte de bois, il se glissa dans la cellule obscure dont l’occupante ronflait comme un sonneur. Avançant à l’aveuglette jusqu’au lit, il tendit une main, trouva la tête de la dormeuse et lui plaqua une main sur la bouche au moment où elle se réveillait.

— Réponds à ma question, souffla-t-il.

Et s’il s’était trompé de cellule ? S’il s’agissait d’une Seanchanienne, pas d’une Régente des Vents ?

— Si je t’enlève ce collier, que feras-tu ?

Lentement, Mat écarta sa main.

— Si ça devait arriver, je libérerais mes sœurs…

L’accent du Peuple de la Mer… De quoi se détendre un peu.

— Ensuite, avec l’aide de la Lumière, nous traverserions le port jusqu’à l’endroit où sont emprisonnés nos compatriotes, et nous leur rendrions la liberté.

Une profession de foi faite à voix basse, mais avec une grande détermination.

— Ensuite, nous remonterions sur nos navires, les reprenant aux Seanchaniens, et nous mettrions le cap sur le large.

» Si c’est un piège, punis-moi et finissons-en. Si tu préfères, tue-moi. J’étais sur le point de capituler, et la honte m’aurait suivie à jamais. Maintenant, tu m’as rappelé qui je suis, et je ne courberai plus l’échine. Quoi qu’il arrive !

— Et si je te demande d’attendre trois heures ? Si ma mémoire ne me trompe pas, les Atha’an Miere peuvent mesurer le temps à la minute près…

Ce n’était pas sa mémoire, en réalité, mais désormais, le souvenir lui appartenait. Une traversée sur un navire du Peuple de la Mer – d’Allorallen à Barashta – et une Atha’an Miere aux yeux brillants de larmes alors qu’elle refusait de descendre à terre avec lui…

— Qui es-tu ?

— Mat Cauthon, si ça peut te dire quelque chose…

— Nestelle din Sakura Étoile-Sud, Mat Cauthon…

Entendant Nestelle cracher, Mat fit de même dans sa paume, puis leurs mains se joignirent au cœur de l’obscurité. Celle de la femme était aussi calleuse que la sienne, constata le jeune homme, et elle avait une sacrée poigne.

— J’attendrai, dit la Régente des Vents. Et je me souviendrai de toi. Tu es un grand et brave homme…

— Non, juste un flambeur, c’est tout…

Dans le noir, Nestelle guida la main de Mat jusqu’au collier. Bien entraîné, il l’ouvrit en une fraction de seconde, et entendit sa compagne soupirer de joie.

Quand il lui eut montré le truc, elle le comprit du premier coup, mais il la fit recommencer trois fois, à tout hasard. Puisqu’il s’était lancé dans cette aventure, autant faire les choses bien.

— Trois heures, le plus exactement possible.

— Je ferai de mon mieux…

Une seule erreur pouvait tout ficher en l’air, mais si Mat Cauthon ne pouvait pas prendre un risque, qui d’autre le pourrait ? N’était-il pas le veinard de service ? Ces derniers temps, ça n’avait pas toujours été évident, mais il avait quand même trouvé Egeanin au moment idéal. Donc, sa chance n’était pas lettre morte.

Une fois sorti de la cellule – en silence, comme il y était entré – il referma la porte… et faillit avoir une attaque en découvrant le large dos d’une femme aux cheveux gris en robe de sul’dam. Egeanin se tenait derrière l’inconnue, près de Teslyn et Renna, connectées par un a’dam. Aucun signe de Seta ni de la mystérieuse Edesina.

Alors qu’Egeanin semblait féroce comme une lionne prête à tuer, Teslyn tremblait de tous ses membres et Renna grimaçait de dégoût, comme si elle allait bientôt vomir.

Sans oser respirer, Mat avança vers l’inconnue et tendit les mains. S’il la maîtrisait avant qu’elle puisse crier, ils la cacheraient… Où donc ?

Seta et Renna voudraient la tuer. Parce qu’elle pourrait les dénoncer, bien entendu, un risque supérieur à tout ce dont Egeanin pourrait les menacer.