Выбрать главу

Soudain, l’aura du saidar enveloppa la femme. La boule de feu déjà invoquée jaillit des mains de Cyndane, assez petite pour échapper à toute détection, espéra-t-elle, mais pas au point d’être incapable de percer dans le ventre de cette brune un trou qui…

Juste avant d’atteindre sa cible, le tissage de Feu se défit et disparut. La femme n’avait pourtant rien fait pour ça. Un ter’angreal capable de neutraliser un tissage de Feu ? Cyndane n’avait jamais entendu parler d’une chose pareille. Pourtant, ça ne pouvait être que ça…

Quand la femme riposta, Cyndane en resta bouche bée. Cette inconnue était plus puissante qu’elle avant sa captivité chez les Aelfinn et les Eelfinn. Mais c’était impossible ! Aucune femme ne pouvait être si puissante ! Elle aussi, elle devait avoir un angreal

Sa stupéfaction surmontée, Cyndane coupa net les flux de l’inconnue. Hélas, elle ignorait comment les inverser, mais ça suffirait peut-être… Et dans ce cas, elle assisterait bel et bien à la mort de Lews Therin.

La femme sursauta quand ses flux lui revinrent dessus. Pourtant, même déséquilibrée, elle canalisa de nouveau le Pouvoir.

Cyndane continua à lutter et la terre trembla sous ses pieds. Elle verrait Lews Therin crever ! Oui, elle le verrait !

Le sommet de la haute colline où se tenait Moghedien n’était pas très proche de la clé d’accès. Pourtant, celle-ci brillait si fort dans la tête de l’Élue qu’elle mourait d’envie de s’abreuver à ce formidable torrent de saidar. En contrôler autant, ou même le millième de cette quantité, était le summum de l’extase.

Oui, Moghedien crevait de « soif », mais elle ne s’aventurerait pas au-delà de ce point d’observation fort opportunément boisé. Si elle avait « voyagé » jusque-là, c’était uniquement à cause des mains de Moridin posées sur son cour’souvra. Malgré ça, elle avait traîné les pieds pour venir, avec l’espoir que tout serait fini quand elle arriverait. Alors qu’elle privilégiait les machinations secrètes, elle avait dû fuir devant une attaque dès qu’elle avait posé un pied ici. Depuis, dans la forêt qui s’étendait à ses pieds, des éclairs et des colonnes de flammes jaillissaient un peu partout – des tissages de saidar, mais aussi de saidin, ce qui n’avait rien de rassurant. De la fumée noire montait de tous ces sites, et les explosions perçaient les tympans de l’Élue.

Qui se battait, vivait et mourait ici ? En toute franchise, elle s’en contrefichait ! Sauf si Cyndane ou Graendal, voire les deux, y laissaient leur peau. Quant à elle, pas question qu’elle déboule au milieu d’une bataille. Surtout avec ce qui se dressait au-delà de la clé : un grand dôme noir, au milieu de la forêt, comme si l’obscurité s’était transformée en pierre.

Moghedien frissonna lorsqu’une onde parcourut la surface noire, faisant se soulever le dôme, comme s’il était vivant. Pour approcher de cette horreur, quoi qu’elle fût, il fallait être fou. Et Moridin ne pourrait pas savoir ce qu’elle ferait ou ne ferait pas ici…

Battant en retraite au cœur des ombres, loin de la clé et du dôme, Moghedien s’assit pour faire ce qui lui réussissait si bien : se tapir dans l’ombre, observer et survivre.

Dans sa tête, Rand criait. Il en était sûr, et il aurait juré que Lews Therin criait aussi. Mais dans ce vacarme, impossible d’entendre l’une ou l’autre voix. Comme un océan de putréfaction, la souillure se déversait en lui en rugissant. Des vagues répugnantes venaient se briser contre lui, et des cyclones d’immondices tentaient de l’emporter.

Sans la souillure, il n’aurait même plus eu conscience d’être connecté à la Source. Le saidin aurait pu se retourner contre lui, prêt à le tuer, et il n’en aurait rien su. Ce flot putride submergeait tout, et il devait s’accrocher avec les ongles pour ne pas se laisser entraîner.

La souillure dérivait, et c’était tout ce qui comptait. Quant à lui, il devait tenir.

— Que peux-tu me dire, Min ?

Malgré sa fatigue, Cadsuane réussissait à rester debout. Maintenir ce bouclier une journée durant aurait suffi à épuiser n’importe qui.

Depuis un moment, il n’y avait plus eu d’attaque visant le sommet de la colline. La seule activité perceptible, en matière de Pouvoir, c’était ce que Nynaeve et le garçon étaient en train de faire. Toujours liée à Merise et à Jahar, Elza marchait en rond le long du vide, mais elle devait se contenter de sonder les collines environnantes. Jahar s’était assis sur un rocher, Callandor encore faiblement brillante au creux d’un bras. Installée sur le sol, Merise avait posé la tête sur ses genoux et il lui caressait les cheveux.

— Alors, Min ? insista Cadsuane.

Dans la légère dépression rocheuse où Thomas et Moad les avaient poussées de force, Harine et elle, Min leva des yeux pleins de colère.

Les hommes, au moins, avaient eu l’intelligence d’accepter le fait qu’ils ne pouvaient pas participer à cette bataille. Harine, en revanche, avait la fumée qui lui sortait des naseaux. Quant à Min, il avait fallu l’empêcher plusieurs fois d’aller rejoindre le jeune al’Thor. Pour plus de sécurité, Thomas et Moad l’avaient délestée de ses couteaux – après qu’elle les eut menacés avec.

— Je sais qu’il est vivant, marmonna Min, et je crois qu’il souffre. Mais si je peux sentir sa douleur, c’est qu’il doit être déchiqueté de l’intérieur. Laissez-moi le rejoindre !

— Non, tu le gênerais.

Ignorant le grognement rageur de Min, Cadsuane traversa le sol inégal pour approcher de Rand et de Nynaeve. Un long moment durant, elle ne les regarda pas. Même à des lieues de distance, le dôme noir semblait immense – plus de mille pieds de haut à son sommet. Et il grossissait encore. De loin, on eût dit qu’il était en acier noir, même s’il ne brillait pas au soleil. Bien au contraire, la lumière semblait pâlir à son contact.

Depuis le début, Rand n’avait pas bougé, statue imperturbable au visage pourtant ruisselant de sueur. S’il était déchiqueté de l’intérieur, comme le prétendait Min, il n’en montrait aucun signe. Et si la jeune femme avait raison, Cadsuane ignorait que faire. Le déranger en ce moment pouvait avoir de terribles conséquences…

Cadsuane regarda de nouveau le dôme et frissonna. L’avoir laissé faire risquait aussi d’avoir des conséquences dévastatrices…

Avec un gémissement, Nynaeve se laissa glisser de son banc de pierre pour s’asseoir sur le sol. Sa robe imbibée de sueur, elle avait les cheveux collés sur le front. Le souffle court, elle haletait et ses paupières battaient faiblement.

— Ça suffit…, gémit-elle. J’en ai assez…

Contrairement à ses habitudes, Cadsuane hésita. La jeune femme ne pouvait pas quitter le cercle avant qu’al’Thor la libère. Cela dit, sauf si les Choedan Kal étaient défectueux à la façon de Callandor, une sorte de garde-fou l’empêcherait d’absorber assez de Pouvoir pour se faire du mal. N’était qu’elle tenait lieu de « vaisseau » à une quantité de saidar de très loin supérieure à celle que toutes les Aes Sedai réunies auraient pu gérer avec l’aide de l’ensemble des angreal et des sa’angreal dont disposait la Tour Blanche. Après un tel effort prolongé pendant des heures, Nynaeve pouvait simplement mourir d’épuisement.