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Une façon d’enfoncer le clou, même si Elayne n’avait pas protesté.

— Des femmes te défendront mieux que des hommes, surtout dans certains endroits, et on les remarquera moins. En voyant des Promises de la Lance, les gens penseront à un rituel quelconque, et nous renforcerons l’illusion avec une ceinture d’apparat et un truc dans ce genre.

Aviendha lança à Birgitte un regard courroucé qu’elle fit mine de ne pas remarquer.

— Le problème, c’est de nommer une chef… Deux ou trois Quêteuses du Cor réclament déjà un « poste adapté à leur statut ». Ces fichues bonnes femmes savent donner des ordres, mais je ne parierais pas qu’elles soient capables de choisir les bons. Je pourrais promouvoir Caseille, mais elle a plutôt une âme de porte-étendard. Les autres ont des qualités de subordonnées, pas de chef…

Ainsi, tout était prévu ? Une vingtaine… Pour que ce nombre ne soit pas multiplié par trois, Elayne aurait intérêt à tenir Birgitte à l’œil. Et ces « endroits » où des femmes seraient mieux à même de la protéger ? Sa baignoire, sans nul doute…

— Caseille fera l’affaire. Une porte-étendard peut commander vingt personnes.

Et Caseille serait certainement disposée à ne pas se montrer trop envahissante. Par exemple à l’heure du bain.

— Mon sauveur, ce Mellar, que sais-tu de lui, Birgitte ?

— Doilin Mellar, répondit la Championne, sourcils froncés. Un type très froid, même s’il sourit beaucoup – pour l’essentiel aux femmes. Il a la main baladeuse avec les servantes, et il en a séduit trois en quatre jours – de son propre aveu, parce qu’il aime se vanter de sa bonne fortune – mais il n’insiste pas quand on le repousse. À l’en croire, il a été garde du corps de marchands puis mercenaire, avant de devenir Quêteur du Cor. Il a les qualités requises, c’est pour ça que je l’ai nommé lieutenant. Il est andorien, originaire du nord de Baerlon. Toujours selon ses dires, il a combattu pour ta mère lors de la Succession, mais ça ne colle pas, parce qu’il devait être trop jeune. Mais comme il a bien répondu à toutes mes questions, c’est peut-être vrai. Cela dit, les mercenaires mentent volontiers sur leur passé.

Les mains croisées sur son giron, Elayne réfléchit à Doilin Mellar. Elle se souvenait simplement d’un type élancé au visage dur qui étranglait un des tueurs en tentant de récupérer le couteau empoisonné. Un homme assez doué, militairement parlant, pour que Birgitte lui décerne des galons. Bien entendu, elle faisait son possible pour que la plupart des officiers soient des Andoriens…

Un sauvetage miraculeux, à un contre trois, avec un jet d’épée d’une parfaite précision. Un récit héroïque de trouvère, vraiment…

— Cet homme mérite une récompense. Nomme-le chef de ma garde rapprochée, Birgitte. Caseille le secondera.

— Tu as perdu l’esprit ? explosa Nynaeve.

Elayne lui fit signe de se taire.

— Je me sentirai plus en sécurité s’il est là. Avec moi, il n’aura pas la main baladeuse, surtout avec Caseille et les autres pour le surveiller. Avec sa réputation, elles ne le lâcheront pas des yeux. Tu as dit vingt, Birgitte ? Je ne te concéderai pas plus.

— J’ai dit « une vingtaine », éluda la Championne. (Elle se pencha vers son Aes Sedai.) Tu sais ce que tu fais, je suppose…

Enfin, un vrai comportement de Championne au lieu de discutailler.

— Le lieutenant Mellar est désormais le capitaine Mellar, ce parce qu’il a sauvé la Fille-Héritière. Voilà qui ne le rendra pas moins vaniteux… Sauf si tu veux garder cette histoire secrète…

Elayne secoua la tête.

— Non, surtout pas. Que toute la ville soit informée. On a essayé de me tuer, et le lieutenant Mellar – non, le capitaine Mellar – m’a sauvé la vie. En revanche, qu’on ne parle pas du poison. Un petit piège tendu à nos adversaires, qui pourraient se trahir…

Nynaeve se racla la gorge et foudroya son amie du regard.

— Un jour, tu seras trop intelligente pour ton propre bien…

— Elle est intelligente, Nynaeve al’Meara…

Se levant souplement, Aviendha ajusta sa jupe puis tapota le manche du couteau accroché à sa ceinture – plus modeste que son arme de Promise, mais encore impressionnant.

— Et je suis là pour couvrir ses arrières. J’ai la permission de rester avec elle, désormais.

Nynaeve ouvrit la bouche… et la referma. Une retenue inhabituelle chez elle. Au lieu de brailler, elle souffla :

— Pourquoi vous me regardez toutes comme ça ? Si Elayne veut que ce type lui pince les fesses quand ça lui chante, qui suis-je pour m’y opposer ?

Birgitte en resta bouche bée et Aviendha, les yeux ronds, faillit s’étrangler.

Le son lointain du gong, sur la plus haute tour du palais, ramena Elayne à la réalité.

— Nynaeve, Egwene doit déjà nous attendre. Et je ne vois nulle part mes vêtements. Et ma bourse ? Ma bague est dedans.

La bague au serpent était au doigt d’Elayne, mais elle ne parlait pas de celle-là.

— Egwene, je la verrai seule, déclara Nynaeve. Tu n’es pas en état d’aller dans le Monde des Rêves. En plus, tu as dormi tout l’après-midi. Comment veux-tu te rendormir ? Quant à te mettre en transe, tu en es incapable. Donc, le débat est clos.

L’ancienne Sage-Dame eut un sourire triomphant. Elle-même, elle n’était pas parvenue à se plonger dans la transe qu’Egwene avait tenté de leur enseigner.

— Tu veux parier que j’y arrive ? marmonna Elayne. Que veux-tu miser ? J’ai l’intention de boire ce breuvage, là, sur la table de nuit, puis je m’endormirai comme une masse. Sauf si tu n’as pas ajouté un soporifique dans cette décoction, tout ton numéro ne visant pas à me la faire boire. Mais tu n’es pas du genre à faire ça, pas vrai ? Donc, qu’allons-nous parier, très chère ?

Le sourire arrogant s’effaça des lèvres de Nynaeve et elle s’empourpra.

— Voilà qui n’est pas joli-joli, marmonna Birgitte, les poings sur les hanches. Cette femme t’a épargné des crampes d’estomac, et tu la soupçonnes de mille horreurs. Si tu bois ce breuvage et t’endors gentiment, sans prétendre t’aventurer dans le Monde des Rêves ce soir, je croirai peut-être que tu es assez adulte pour ne pas avoir besoin de cent gardes du corps. Ou vais-je devoir te pincer le nez pour que tu boives ?

Cent gardes ? Oui, Birgitte n’était pas du genre à baisser aisément pavillon…

Se campant devant la Championne, Aviendha la laissa tout juste prononcer son dernier mot avant d’enchaîner :

— Tu ne devrais pas lui parler ainsi, Birgitte Trahelion, dit-elle, se redressant de toute sa taille.

Vu la hauteur des talons des bottes de Birgitte, ça ne lui conférait pas un grand avantage. Mais dans cette posture, elle faisait penser à une Matriarche plus qu’à une apprentie. Et sa jeunesse ne gâchait rien, parce que certaines Matriarches avaient l’air à peine plus âgées qu’elle.

— Tu es sa Championne. Demande à Aan’allein comment tu dois te comporter. C’est un grand homme, pourtant, il obéit à Nynaeve.

Lan, le roi du Malkier universellement admiré parmi les Aiels…

Birgitte dévisagea Aviendha puis prit une position nonchalante qui lui fit perdre toute la hauteur gagnée grâce à ses talons. Avec un sourire de défi, elle ouvrit la bouche, prête à lancer une pique bien sentie à l’Aielle. En général, ses saillies faisaient mouche…

Mais Nynaeve intervint :

— Pour l’amour de la Lumière, arrête ça, Birgitte ! Si Elayne dit qu’elle viendra, c’est qu’elle viendra. Et maintenant, plus un mot ! Sinon, nous aurons bientôt une petite conversation, toutes les deux.

Birgitte fulmina intérieurement et Elayne le sentit très clairement à travers le lien. Mais elle finit par se rasseoir, jambes écartées et bottes en équilibre sur leurs éperons à tête de lion, et entreprit de bouder en silence – ou de marmonner entre ses dents. Si elle ne l’avait pas mieux connue, Elayne aurait pu croire qu’elle boudait vraiment.