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— Nynaeve sera furieuse que j’aie filé sans repasser la voir. Cela dit, ça lui fera les pieds…

— Il y a encore une chose, Rand, dit Elayne, la gorge serrée.

Dire qu’elle avait cru que ce serait le plus facile de tout !

— Si nous ne parlons pas un peu maintenant, Aviendha et moi, dit Min en sautant de son coin de table, quand aurons-nous l’occasion de le faire ? En privé, je veux dire… Vous nous excusez ?

Souple et gracieuse, Aviendha se releva et tira sur sa jupe.

— Oui, nous devons parler, Min Farshaw et moi. Il est temps d’apprendre à nous connaître…

L’air néanmoins dubitative, l’Aielle tira sur son châle puis sortit avec Min – bras dessus bras dessous.

Devinant que cette sortie était de tout temps prévue, Rand suivit les deux femmes du regard. Un loup acculé… Mais les veines d’or brillaient dans sa tête.

— Toutes les deux, elles ont eu de toi quelque chose que je n’ai pas… reçu.

Elayne s’interrompit, rouge comme une pivoine. Par le sang et les cendres !

Comment s’y prenaient les autres femmes, sur ce sujet-là ? Très délicatement, Elayne étudia dans sa tête l’entrelacs de sentiments qui appartenait à Rand puis celui qui était à Birgitte. Rien à signaler pour le moment dans celui-ci. Un instant, elle s’imagina en train d’envelopper ce fatras dans un mouchoir, puis de nouer ce paquet… et Birgitte se volatilisa, ne laissant plus que Rand et les merveilleuses veines d’or.

Comment un cœur pouvait-il battre si fort sans exploser ? Un mystère, vraiment…

— Tu vas devoir m’aider avec les boutons… Toute seule, pas moyen d’enlever cette robe.

Les deux « gardes rapprochées » se redressèrent lorsque Min et Aviendha déboulèrent dans le couloir. Comprenant que personne ne les suivrait, elles ne purent s’empêcher de tressaillir.

— Elle ne peut pas avoir si mauvais goût ! marmonna celle qui tenait une longue massue.

Une remarque que personne n’aurait dû entendre, comprit Min.

— Trop de courage et bien trop d’innocence, grogna l’autre garde. Notre capitaine général nous avait prévenues.

Caseille posa une main sur la poignée de la porte.

— Avise-toi d’entrer, et elle risque bien de t’écorcher vive, avertit Min, toute guillerette. Tu l’as déjà vue de mauvaise humeur ? Elle pourrait arracher des larmes à un ours.

Aviendha dégagea son bras et s’écarta un peu de Min. Mais ce furent Deni et Caseille qu’elle foudroya du regard.

— Vous croyez que ma sœur ne sait pas se débrouiller face à un seul homme ? C’est une Aes Sedai, et elle a le cœur d’une lionne. Quant à vous, n’avez-vous pas juré de lui obéir ? Alors faites-le, et ne fourrez pas le nez dans ses affaires.

Deni et Caseille se regardèrent. L’une haussa les épaules, et l’autre éloigna sa main de la porte.

— J’ai juré de garder cette fille en vie, dit-elle, et j’ai bien l’intention de réussir. Petites, allez jouer avec vos poupées et laissez-moi faire mon travail.

Min envisagea de sortir un couteau et de faire une petite démonstration de jonglerie. Quelques figures apprises par Thom, histoire de montrer qui étaient les enfants, dans cette affaire. Mais la plus mince des deux gardes, si mûre soit-elle, n’avait pas encore de gris dans les cheveux et rien ne garantissait que le surpoids de l’autre soit du gras et non des muscles. Autour d’elles, elle ne voyait ni images ni auras, mais elles n’avaient pas l’air du genre timoré. À partir du moment où elles laissaient Rand et Elayne tranquilles, pourquoi chercher la bagarre ?

Du coin de l’œil, Min vit qu’Aviendha venait à contrecœur de lâcher le manche de son couteau. Si cette Aielle ne cessait pas de l’imiter comme une image dans un miroir, il y aurait de quoi penser que ces histoires de Pouvoir n’étaient pas que des âneries. Encore que le phénomène eût commencé avant qu’Elayne ait fait son numéro. Aviendha et elle avaient-elles simplement des esprits jumeaux ? Une idée des plus dérangeantes… La tirade au sujet du mariage – « je vous veux toutes les trois » et le reste – était plutôt sympathique, mais laquelle Rand finirait-il par épouser ?

— Elayne est courageuse, dit Min aux gardes. Plus que quiconque que je connaisse. Et elle n’est pas idiote. Prenez-la pour une imbécile, et il vous en cuira.

Du haut des quinze ou vingt ans d’âge qu’elles avaient en plus, Caseille et Deni regardèrent Min comme si elle était une fourmi. Encore un effort, et elles lui rediraient d’aller jouer ailleurs.

— Aviendha, si nous voulons parler, il faudrait partir d’ici.

— Oui, répondit l’Aielle avec un regard mauvais pour les gardes, ça vaudrait mieux…

Caseille et Deni s’aperçurent à peine du départ des deux empêcheuses de tourner en rond. De fait, leur mission n’incluait pas de gérer les amies d’Elayne.

J’espère qu’elles ouvriront l’œil…, pensa Min. Elayne n’est pas idiote, juste téméraire, en certaines occasions…

Avec un peu de chance, ses protectrices l’empêcheraient de se jeter dans un buisson de ronces d’où elle ne réussirait pas à se dépêtrer.

En avançant dans le couloir, Min regarda l’Aielle à la dérobée. Marchant le plus loin possible de sa compagne – dans un couloir –, elle ne daignait même pas la regarder. À un moment, elle sortit de sa bourse un bracelet en ivoire lourdement sculpté et le glissa à son poignet gauche avec un petit sourire satisfait.

Depuis le début, Aviendha semblait morose et Min ne comprenait pas pourquoi. Dans sa culture, que des femmes se partagent un homme n’avait rien d’extraordinaire. À Baerlon, en revanche, ça n’était pas du tout dans les mœurs.

Amoureuse folle de Rand, Min allait jusqu’à accepter de le partager. Et puisqu’il le fallait, il n’y avait personne en ce monde qu’elle aurait préféré à Elayne pour cet… arrangement. Avec elle, ça ne posait presque aucun problème. L’Aielle, en revanche, restait une étrangère. Selon Elayne, il était essentiel que les deux autres compagnes de Rand se connaissent. Mais comment découvrir quelqu’un qui ne vous adresse pas la parole ?

Min ne s’attarda pourtant pas longtemps sur Aviendha et Elayne. Ce qu’il y avait dans sa tête était bien trop merveilleux. Rand… Une petite boule qui lui apprenait tout sur lui. Depuis le début, elle pensait que ça ne marcherait pas – pour elle, en tout cas. Et voilà que… Comment ce serait, faire l’amour, maintenant qu’elle savait tout ? Bien sûr, de son côté, il saurait tout sur elle. Et ça, ce n’était peut-être pas si bien qu’on aurait pu le croire…

Soudain, Min s’aperçut que l’entrelacs de sentiments et d’émotions avait changé. Désormais, on eût dit qu’un incendie dévastait une forêt d’arbres dénudés et d’herbes sèches. Des flammes crépitaient, et…

Par la Lumière ! Trébuchant, Min passa à un souffle de s’étaler. Si elle avait su qu’un tel brasier couvait en lui, l’aurait-elle laissé la toucher ? Cela dit… Eh bien, songer qu’elle avait allumé ce feu était des plus gratifiants. À présent, il lui tardait de voir si elle faisait à Rand le même effet que…

Min trébucha de nouveau et dut se rattraper à un grand coffre sculpté. Elayne, par la Lumière !

De quoi rougir jusqu’à la racine des cheveux… C’était comme regarder par un trou de serrure, et…

Le truc d’Elayne ! Imaginer qu’on enveloppe la boule d’émotions dans un mouchoir…

Aucun résultat ! Min essaya encore, mais le feu continua à se déchaîner. Elle devait cesser de s’y intéresser. Son attention devait se fixer ailleurs. N’importe où ! Si elle commençait à parler, peut-être…

— Elle aurait dû boire une infusion contraceptive, dit-elle.

En principe, Min ne parlait jamais de ses visions, sauf aux personnes concernées – et uniquement quand elles étaient disposées à savoir. Mais elle devait dire quelque chose…