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— Elayne va tomber enceinte. Elle aura deux bébés. Un garçon et une fille, forts et en bonne santé.

— Elle veut porter les enfants de Rand, marmonna Aviendha.

Le regard rivé devant elle, les dents serrées, elle avait le front lustré de sueur.

— Je ne boirai pas non plus l’infusion si…

L’Aielle s’ébroua et tourna enfin la tête vers Min.

— Ma sœur et les Matriarches m’ont parlé de toi. Tu as vraiment des visions qui se réalisent ?

— Je vois parfois des choses, et quand je comprends ce qu’elles veulent dire, elles se réalisent.

À cause de la distance, les deux femmes parlaient un peu trop fort, attirant l’attention des domestiques. Décidée à faire le premier pas, Min vint se placer au centre du grand couloir. Après un moment, Aviendha la rejoignit.

Min se demanda si elle devait mentionner ce qu’elle avait vu pendant qu’ils étaient tous ensemble. Aviendha aussi porterait les enfants de Rand. Quatre bébés d’un coup. Mais il y avait quelque chose d’étrange… Les enfants seraient en bonne santé, pourtant…

Souvent, les gens, même quand ils prétendaient le contraire, n’avaient aucune envie de connaître leur avenir. Min, elle, aurait aimé que quelqu’un lui dise si elle aussi…

Toujours muette, Aviendha s’essuya le front puis déglutit avec peine.

Min ne tarda pas à l’imiter. Tout ce que Rand éprouvait était dans cette boule – ou cet entrelacs. Absolument tout !

— Pour toi aussi, le truc du mouchoir ne marche pas ?

Aviendha sursauta et sa peau cuivrée tourna au carmin. Quelques instants plus tard, elle souffla :

— Je vais mieux, merci… Avec Rand dans ma tête, j’ai oublié… Pour toi, ça n’est pas efficace ?

Min secoua la tête, accablée. Cette situation était indécente !

— Non, mais parler arrange un peu les choses…

De plus, si ce « montage » très particulier devait réussir, il fallait que Min sympathise avec l’Aielle.

— Désolée de ce que j’ai dit sur le « tôt » et le « tard ». Enfin, sur le toh… En fait, je connais un peu vos coutumes. Mais il y a chez Rand quelque chose qui me fait craquer, et je ne contrôle plus ma langue. Cela dit, ne va pas croire que je te laisserai me frapper ou me débiter en tranches. J’ai peut-être un toh envers toi, mais il faudra trouver autre chose. Je pourrais bouchonner ton cheval, quand nous aurons le temps.

— Tu es aussi fière que ma sœur, fit Aviendha, perplexe.

Que voulait-elle dire par là ?

— Et tu as le sens de l’humour, continua l’Aielle comme si elle parlait toute seule. Au sujet de Rand et Elayne, tu ne te ridiculises pas, contrairement à ce qui arriverait à bien des femmes des terres mouillées. Et tu me rappelles vraiment…

Avec un soupir, Aviendha ajusta machinalement son châle.

— Je sais où trouver de l’oosquai. Si tu es trop soûle pour penser, eh bien…

Levant les yeux, l’Aielle s’arrêta soudain.

— Non, pas maintenant !

Quelqu’un avançait vers les deux femmes. Une apparition qui coupa la chique à Min. Consternée, elle en oublia Rand. Par ouï-dire, elle savait que la Garde Royale était désormais dirigée par une femme – Championne d’Elayne par-dessus le marché. Mais elle ne connaissait aucun détail.

La femme qui approchait avait une épaisse natte blonde, une veste rouge à col blanc et un ample pantalon bleu dont le bas était fourré dans des bottes aux talons aussi hauts que ceux de Min. Autour d’elle, des images et des auras dansaient par centaines, voire par milliers. Plus d’auras et d’images que Min en avait jamais vu autour d’une seule personne.

La Championne d’Elayne, chef de sa Garde, titubait un peu, comme si elle avait déjà forcé sur l’oosquai. Les domestiques qui l’apercevaient détalaient comme s’ils venaient de s’aviser qu’une tâche urgente les attendait à l’autre bout du palais. Du coup, les trois femmes se retrouvèrent seules dans le couloir. Et la Championne vit Min et Aviendha une fraction de seconde seulement avant de les percuter.

— Tu l’as aidée à faire ça, pas vrai ? s’écria-t-elle, les yeux rivés sur Aviendha. D’abord, cette fichue gamine disparaît de ma tête, puis elle…

Le souffle rauque, la Championne parvenait à contrôler ses tremblements, mais ses jambes semblaient avoir du mal à la porter. Après s’être passé la langue sur les lèvres, elle continua :

— Que la Lumière la brûle ! Je ne peux pas me concentrer assez pour chasser ça de mon esprit. Écoute-moi bien, Aielle : si elle est en train de faire ce que je pense, je chasserai son galant du palais à grands coups de pied dans les fesses, puis je flanquerai à cette perruche la fessée de sa vie – de quoi ne pas s’asseoir pendant un mois – et tu y auras droit aussi. S’il faut que je trouve de la fourche-racine pour ça, j’en trouverai !

— Birgitte Trahelion, ma première-sœur est une femme adulte, dit Aviendha, peu disposée à se laisser faire.

Pourtant, ses épaules s’étaient affaissées et elle ne parvenait pas à soutenir le regard de la Championne.

— Tu dois cesser de nous traiter comme des gamines !

— Quand cette fichue Elayne se comportera comme une adulte, il se peut que je la traite en tant que telle. Mais elle n’a pas le droit de faire ça dans ma maudite tête, compris ? Pas dans ma…

Birgitte se tut, les yeux sortant de leurs orbites. Bouche bée, elle se serait écroulée si Min et Aviendha ne l’avaient pas retenue chacune par un bras.

Fermant les yeux, Birgitte émit une sorte de sanglot, puis elle gémit :

— Deux mois sans s’asseoir !

Après s’être dégagée, elle se redressa et riva sur Aviendha ses yeux d’un bleu glacial.

— Coupe-la de la Source pour moi, et je t’épargnerai la fessée.

Indignée par une telle proposition, l’Aielle détourna la tête.

— Tu es Birgitte Arc-d’Argent ! lança Min.

Elle l’aurait parié avant même qu’Aviendha prononce le nom de la Championne. Pas étonnant qu’elle se soit comportée comme si elle craignait de voir se réaliser les menaces de la guerrière blonde. Birgitte Arc-d’Argent, rien que ça !

— Je t’ai vue à Falme.

Birgitte sursauta comme si on venait de la pincer, puis elle regarda autour d’elle. Ayant constaté qu’il n’y avait personne d’autre dans le couloir, elle se détendit un peu.

— Quoi que tu aies vu, Birgitte Arc-d’Argent est morte. Désormais, je suis Birgitte Trahelion, un point c’est tout… La fichue dame Birgitte Trahelion, si tu veux le savoir. Pour y changer quelque chose, je devrai attendre que les poules aient des dents. Et toi, qui es-tu, jeune personne ? Mets-tu toujours un pantalon si moulant ?

— Je me nomme Min Farshaw…

Birgitte Arc-d’Argent ! L’héroïne d’une centaine de récits épiques ! Et si grossière ?

D’ailleurs, que signifiait cette histoire de mort ? Cette femme était bel et bien en face de Min. Et la farandole d’auras et d’images, autour d’elle, laissait penser à bien plus d’aventures qu’une femme pouvait en avoir en une seule vie. Bizarrement, certaines images avaient un rapport avec un type très vieux et très laid plus âgé que Birgitte. D’autres, au contraire, évoquaient un homme beaucoup plus jeune qu’elle mais tout aussi repoussant. D’instinct, Min comprit qu’il s’agissait de la même personne.

Héroïne ou pas, légende ou non, l’air supérieur de Birgitte commençait à taper sur les nerfs de Min.

— Elayne, Aviendha et moi, dit-elle sans réfléchir, nous venons de nous lier à un Champion. Si Elayne a envie de fêter ça à sa façon, tu ferais mieux d’éviter de la déranger, si tu ne veux pas avoir du mal à t’asseoir, ces jours prochains.

Ayant évoqué le sujet, Min reprit conscience de Rand. L’incendie n’était pas éteint – à peine moins violent, en fait – mais, grâce en soit rendue à la Lumière, le jeune homme n’était plus en train de…