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Min sentit que ses joues chauffaient. Plus d’une fois, après leurs étreintes, Rand avait repris son souffle entre ses bras, mais là, on frôlait le voyeurisme.

— Ce type, contre moi ? fit Birgitte. Par le lait de ma mère versé dans une tasse ! Elayne aurait pu tomber amoureuse d’un coupe-jarret ou d’un voleur de chevaux, mais il a fallu qu’elle choisisse ce gars-là, cette idiote. D’après ce que j’ai vu de lui à… enfin, à l’endroit que tu as mentionné, il est bien trop beau pour rendre une femme heureuse. Quoi qu’il en soit, elle doit arrêter ça !

— Tu n’as aucun droit sur sa vie privée, rappela Aviendha.

Birgitte sembla disposée à se montrer un peu moins intransigeante – oh ! juste un tout petit peu…

— Elayne est peut-être aussi convenable qu’une pucelle du Talmour, sauf quand il s’agit de mettre sa fichue tête sur le billot, mais je parie qu’elle mobilisera son courage pour congédier cet individu. Et même si elle a fait avec lui ce que je suppose, elle oubliera et reviendra dans ma tête. Je ne referai pas cette maudite expérience !

— Dis-toi que c’était une plaisanterie, conseilla Aviendha. Elle t’a joué un bon tour, et voilà tout !

D’un rictus, Birgitte exprima tout le mal qu’elle pensait de ce genre d’humour.

— Elayne m’a appris un truc très utile, dit Min en prenant Birgitte par la manche. Pour moi, ça n’a pas fonctionné, mais sait-on jamais ?

Elle expliqua l’astuce du mouchoir. Hélas, sans grand succès.

— Elle est toujours là, grogna Birgitte. Écarte-toi de mon chemin, Min Farshaw. Sinon…

— De l’oosquai ! s’écria Aviendha en faisant de grands gestes. Je sais où en trouver. Si tu te soûles… Birgitte, je t’en prie ! Je jure de te servir comme une apprentie, mais par pitié, ne va pas déranger Elayne. Ce serait une terrible humiliation.

— De l’oosquai ? C’est un genre d’eau-de-vie ? Hum… Je sens que notre jeune amie rougit… En principe, elle est plutôt pudibonde, tu sais… Une plaisanterie, as-tu dit ?

La Championne sourit et écarta les bras.

— En route pour cet oosquai providentiel, Aviendha. Je ne sais pas vous, mais moi, j’ai envie d’être ronde au point de me déshabiller et de danser sur une table. Rien de plus excentrique, c’est juré !

Min ne comprit rien à cet étrange discours. Pareillement, elle ne saisit pas pourquoi Aviendha éclata de rire en répétant que c’était une « plaisanterie ». En revanche, si Elayne rougissait, elle devinait très bien pourquoi. La boule de sensations et de sentiments, dans sa tête, était redevenue un feu dévorant.

— Cet oosquai, c’est pour aujourd’hui ou pour demain ? J’ai envie d’être ronde comme une queue de pelle – et le plus vite possible !

Le lendemain matin, quand Elayne se réveilla, la chambre était glacée. La neige tombait sur Caemlyn, et Rand était parti. Sauf dans la tête de la Fille-Héritière, et ça suffirait à son bonheur. Pour l’instant, en tout cas…

S’étirant langoureusement, Elayne se souvint de son abandon pendant la nuit – et même une bonne partie de la journée. Était-ce vraiment elle ? Franchement, elle avait du mal à y croire, et elle aurait dû rougir comme un soleil couchant. Mais avec Rand, elle voulait s’abandonner, et dès qu’il serait concerné, plus rien ne la ferait rougir.

Cerise sur le gâteau, il lui avait laissé un cadeau. Sur l’oreiller d’à côté, un lys doré pleinement éclos, de la rosée brillant encore sur ses pétales. Au milieu de l’hiver, où avait-il déniché une fleur ? Incapable de répondre, Elayne tissa une protection autour de son trésor et le posa sur un guéridon où elle le verrait chaque matin à son réveil.

Le tissage était un héritage de Moghedien. Tant pis, puisqu’il conserverait pour toujours le lys dans cet état, souvenir de l’homme qui avait donné son cœur à Elayne.

La matinée commença par l’annonce de la disparition d’Alivia, la nuit même. Un gros problème qui sema la panique parmi les tricoteuses.

Peu après que Zaida eut déboulé, excédée parce que Nynaeve n’était pas venue donner une leçon à ses Atha’an Miere, Elayne apprit que l’ancienne Sage-Dame et son Champion avaient aussi quitté le palais. Quand et comment, nul ne semblait pouvoir le dire.

Quelques minutes plus tard, Elayne fut informée que la collection d’angreal et de ter’angreal rapportée d’Ebou Dar avait été délestée de l’angreal le plus puissant et de quelques autres artefacts. Dont certains, Elayne l’aurait juré, serviraient parfaitement une femme qui craignait d’être à tout moment attaquée par le Pouvoir.

Du coup, la note griffonnée à la va-vite par Nynaeve, puis déposée parmi les objets restants, en devenait encore plus inquiétante.

13

De merveilleuses nouvelles

Le jardin d’hiver du palais était glacial malgré les flammes qui crépitaient dans les deux cheminées, à chaque bout de la salle. L’épaisse moquette et le toit de verre incliné qui laissait entrer les rayons du soleil n’y changeaient rien. Cela dit, pour des audiences, l’endroit n’était pas pire qu’un autre et Cadsuane avait jugé préférable de ne pas investir la salle du trône. Jusque-là, le seigneur Dobraine n’avait pas rué dans les brancards sous prétexte qu’elle détenait Caraline Damodred et Darlin Sisnera – le meilleur moyen de les empêcher de nuire, sans conteste – mais il changerait d’avis si elle dépassait ce qu’il considérait comme convenable. Trop proche de Rand pour qu’elle le brusque, l’homme était en plus scrupuleusement fidèle à ses serments.

Par le passé, Cadsuane avait connu des échecs, certains lui laissant une terrible amertume, et commis des erreurs qui avaient coûté des vies. Aujourd’hui, elle n’avait pas le droit de se tromper. En aucun cas !

Par la Lumière ! elle aurait voulu mordre quelqu’un…

— J’exige le retour de ma Régente des Vents, Aes Sedai ! rugit Harine din Togara.

En tenue de soie verte, elle était assise en face de Cadsuane, un rictus sur ses lèvres charnues. Bien qu’elle n’eût pas une ride, ses cheveux noirs étaient striés de blanc. Nommée Maîtresse des Vagues de son clan dix ans plus tôt, elle commandait un gros vaisseau depuis bien plus longtemps que ça. Sa Maîtresse des Voiles, Derah din Selaan, une femme plus jeune vêtue de bleu, se tenait sur un siège placé un pied derrière le sien – le strict respect du protocole en vigueur chez les Atha’an Miere.

Les deux femmes étaient l’incarnation de l’indignation, leur quincaillerie de bijoux ajoutant encore à cet effet. Quand Eben, humblement incliné, leur présenta un plateau lesté de gobelets de vin chaud aux épices, aucune ne daigna lui accorder un regard.

Le jeune Eben ne sembla pas savoir comment réagir face à ce refus. Le front plissé, il resta incliné jusqu’à ce que Daigian, en robe bleu marine rayé de blanc, le tire par sa veste rouge et l’entraîne en souriant.

Très mince, un gros nez et de larges oreilles, Eben n’était ni beau ni mignon, mais Daigian en était fort jalouse. Ensemble, ils s’assirent sur un banc rembourré, devant une des cheminées, et jouèrent à un jeu de ficelle.

— Ta sœur nous aide à établir ce qui s’est passé en cette triste journée, répondit presque distraitement Cadsuane.

Prenant une gorgée de vin, elle attendit sans tenter de dissimuler son impatience. Même si Dobraine râlait d’abondance sur l’impensable marché passé par Rafela et Merana au bénéfice de Rand al’Thor, ce sale gamin, le seigneur aurait pu se charger lui-même des Atha’an Miere. Cadsuane, elle, ne pouvait pas leur dire la moitié de ce qu’elle pensait. Selon toute vraisemblance, c’était préférable pour elles.