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— Que veulent-ils, Merilille ? Les souverains, pas les sœurs.

Dix sœurs rendaient les armées dix fois plus dangereuses, surtout pour Rand. Non, pour tout le monde.

— Ils ne sont pas restés si longtemps à attendre sous la neige pour le plaisir.

La Grise ouvrit ses petites mains en un geste d’ignorance.

— Sur le long terme, je ne peux que faire des suppositions. À court terme, ils veulent vous rencontrer, et le plus tôt possible. Ils ont envoyé des cavaliers vers Caemlyn en arrivant à Nouvelle Braem, mais en cette saison, il leur faudra encore une semaine ou plus avant d’être ici. Tenobia de Saldaea a laissé échapper par inadvertance, ou a fait semblant, qu’ils savent que vous avez des rapports, ou au moins une relation proche, avec une certaine personne à qui ils portent aussi un vif intérêt. D’une façon ou d’une autre, ils savent que vous étiez à Falme quand certains événements y sont survenus.

Mellar fronça les sourcils, en pleine confusion, mais personne ne l’éclaira.

— Je n’ai pas révélé le Voyage à cause de ces sœurs, mais j’ai dit que je pouvais revenir très bientôt avec une réponse.

Elayne échangea un regard avec Birgitte, qui haussa aussi les épaules, quoique, dans son cas, ce n’était ni par détachement, ni par dédain. Le plus grand obstacle aux espoirs d’Elayne d’utiliser des têtes couronnées pour influencer les autres prétendantes au trône, avait été la façon d’approcher des souverains établis alors qu’elle était seulement Haut Siège de la Maison Trakand et Fille-Héritière d’une reine décédée. Le haussement d’épaules de Birgitte disait qu’elle se félicitait de la disparition de cet obstacle, mais Elayne se demanda comment ces gens des Marches avaient appris ce que si peu savaient. Et s’ils savaient, combien d’autres savaient aussi ? Elle protégerait son enfant à naître.

— Accepteriez-vous d’y retourner tout de suite, Merilille ? demanda-t-elle.

La sœur accepta avec empressement et une légère dilatation des yeux suggérant qu’elle supporterait n’importe quelle puanteur pour éviter un peu plus longtemps de reprendre ses cours aux Pourvoyeuses-de-Vent.

— Alors, nous irons ensemble. S’ils veulent me voir le plus tôt possible, rien ne sera plus tôt qu’aujourd’hui.

Ils en savaient trop pour tarder. Rien ne devait être permis qui puisse menacer son enfant. Rien !

27

Surprendre les rois et les reines

Partir, c’était plus facile à dire qu’à faire, bien sûr.

— Ce n’est pas sage, ma sœur, dit sombrement Aviendha, tandis que Merilille s’éclipsait rapidement pour faire un peu de toilette.

Avant d’atteindre les portes du salon, la Grise ouvrait déjà l’œil pour éviter dans la mesure du possible les Pourvoyeuses-de-Vent, mais quand une sœur du rang d’Elayne vous disait de partir, Merilille s’exécutait. Les bras croisés et le châle resserré autour d’elle, Aviendha était l’incarnation de la Sagette ; elle dominait de tout son haut Elayne assise à sa table de travail.

— Pas sage du tout.

— Sage ? gronda Birgitte, pieds écartés et poings sur les hanches. Sage ? Elle n’aurait même pas su ce que ça voulait dire même si la sagesse lui avait mordu le nez ! Pourquoi tant de précipitation ? Laissez donc Merilille faire ce que les Grises font très bien, arranger une rencontre dans quelques jours, ou dans une semaine. Les Reines détestent les surprises, et les Rois les méprisent. Croyez-moi, je l’ai appris à mes dépens. Ils trouveront des moyens de vous faire regretter votre démarche.

Le lien du Lige transmit colère et frustration.

— Je veux les prendre par surprise, Birgitte. Découvrir juste ce qu’ils savent sur moi pourrait m’aider.

Grimaçant, Elayne repoussa la feuille tachée d’encre, et en prit une autre dans son coffret à papier en bois de rose. Sa fatigue avait disparu, chassée par les nouvelles apportées par Merilille, mais rédiger une lettre d’une belle écriture lui semblait difficile. Ce ne devait pas être une lettre de la Fille-Héritière d’Andor, mais d’Elayne Trakand, Aes Sedai de l’Ajah Verte.

— Bon sang ! Essayez de la faire revenir à la raison, Aviendha, marmonna Birgitte. Et au cas où vous échoueriez, je ferais bien de réunir une grosse escorte.

— Pas d’escorte, Birgitte. Sauf vous. Une Aes Sedai et sa Lige ; et Aviendha, naturellement.

Elayne s’arrêta d’écrire pour sourire à sa sœur, qui resta impassible.

— Je connais votre courage, Elayne, dit Aviendha. J’admire votre courage. Mais même Sha’mad Conde sait quand il faut user de prudence !

C’était elle qui parlait de prudence ? Aviendha ne reconnaîtrait pas la prudence même si… bon, même si elle lui mordait le nez !

— Une Aes Sedai et sa Lige ? s’exclama Birgitte. Je vous l’ai dit cent fois, vous ne pouvez plus partir à l’aventure maintenant !

— Pas d’escorte, dit fermement Elayne, trempant sa plume dans l’encrier. Ce n’est pas une aventure. C’est simplement ce qui doit être fait.

Levant les bras au ciel, Birgitte lâcha une bordée de jurons, mais aucun qu’Elayne n’eût déjà entendu.

À sa surprise, Mellar n’objecta rien quand il apprit qu’il restait en arrière. Une réunion avec quatre souverains ne pouvait pas être aussi ennuyeuse qu’une réunion avec des marchands, mais il sollicita l’autorisation de se consacrer à ses devoirs puisqu’elle n’avait pas besoin de lui. Cela convint parfaitement à Elayne. Les gens des Marches la considéraient comme Fille-Héritière plus tôt qu’elle ne le désirait. Sans parler du fait que Mellar pouvait décider de lui lancer des regards libidineux.

Toutefois, la sérénité du Capitaine Mellar ne fut pas partagée par le reste de ses gardes du corps. Apparemment, l’une des Gardes-Femmes alla prévenir Caseille, car la grande Arafelline entra en coup de vent dans le salon alors qu’Elayne continuait à écrire, demandant à l’accompagner avec toute la Garde. Birgitte fut finalement obligée de la congédier pour mettre fin à ses protestations.

Pour une fois, Birgitte parut admettre qu’Elayne ne se laisserait pas ébranler, et elle sortit avec Caseille pour se changer, marmonnant des jurons et claquant bruyamment la porte derrière elles. On aurait pu croire qu’elle eût été satisfaite de se débarrasser pour un temps de sa tunique de Capitaine-Générale, mais le lien ne transmit plus que ses jurons. Aviendha s’en abstint, mais continua ses admonestations. Pourtant, tout devait être fait avec tant de précipitation qu’Elayne eut une bonne excuse pour les ignorer.

Essande fut convoquée et sortit des tenues appropriées, tandis qu’Elayne déjeuna rapidement de bonne heure. Elle n’avait pas commandé ce repas ; Aviendha l’avait fait pour elle. Apparemment, Monaelle disait que sauter des repas était aussi mauvais que trop manger. Maîtresse Harfor l’informa qu’elle devrait recevoir les verriers et aussi les autres délégations, ce qu’elle accepta de la tête quoiqu’en grimaçant. Avant de partir, la Première Servante annonça qu’elle avait acheté des chèvres pour le Palais. Elayne devait boire beaucoup de lait de chèvre. Careane gémit en apprenant qu’elle donnerait leur leçon aux Pourvoyeuses-de-Vent ce soir-là, mais au moins elle ne fit pas de commentaire sur son régime. En vérité, Elayne pensait être de retour au Palais le soir même, mais elle s’attendait également à être aussi fatiguée que si elle avait déjà donné cette leçon. Vandene ne lui donna aucun conseil. Elayne avait étudié durant sa formation les nations à la frontière de la Destruction avec tous les autres pays. Elle avait discuté de ses intentions avec la Verte aux cheveux blancs qui connaissait bien les Marches, et elle aurait beaucoup aimé emmener Vandene avec elle. Quelqu’un ayant vécu dans les Marches comprendrait peut-être des subtilités qui lui échapperaient. Mais elle n’osa rien faire de plus que lui poser rapidement quelques questions pendant qu’Essande l’habillait, juste pour se rassurer sur des choses que Vandene lui avait déjà dites. Non qu’elle eût besoin d’être rassurée, réalisa-t-elle. Elle se sentait aussi concentrée que Birgitte prête à décocher une flèche.