Выбрать главу

Trop d’explications, et pas assez. Une colère distante fulgura en lui, qu’il réprima sauvagement. Faile était toujours jalouse quand il élevait la voix à l’adresse de Berelain. Cette femme ne le forcerait pas à lui crier dessus.

— Grady ou Neald auraient pu faire le nécessaire, dit-il d’un ton catégorique. Même Seonid et Masuri étaient plus près.

— J’ai d’abord pensé à ma propre conseillère. Je n’ai pas pensé aux autres avant d’être presque revenue ici. D’ailleurs, qu’importe qui a réalisé la Guérison !

C’était plausible. Et s’il demandait pourquoi la Première de Mayene le veillait dans une tente obscure à la place d’une de ses servantes, ou d’un de ses soldats, ou même d’Annoura, elle aurait encore une réponse plausible. Il n’avait pas envie de l’entendre.

— Où sont mes vêtements ? demanda-t-il d’une voix monocorde, se soulevant sur les coudes.

Une unique chandelle posée sur une petite table près de Berelain fournissait la seule vraie clarté de la tente, mais c’était plus qu’assez pour les yeux de Perrin, même larmoyants de fatigue. Elle était vêtue assez modestement, pour elle, d’une robe d’équitation vert foncé à haut col, le menton niché dans une fraise de dentelle. Associer la modestie à Berelain c’était comme déguiser un loup en mouton. Son beau visage était délicatement ombré, mais n’inspirait pas la confiance. Elle ferait ce qu’elle promettait. Mais comme les Aes Sedai, pour d’autres raisons, elle était capable de vous poignarder dans le dos.

— Là-bas, sur la commode, dit-elle, avec un geste gracieux de sa main, presque cachée par de la dentelle blanche. Je les ai fait laver par Rosene et Nana, mais vous avez plus besoin de repos et de nourriture que de vêtements. Et avant que nous en venions au repas et aux affaires, vous devez savoir que personne ne souhaite plus que moi que Faile soit vivante.

Elle avait l’air si honnête et sincère qu’il l’aurait cru de tout autre. Elle parvint même à diffuser un parfum de sincérité !

— J’ai besoin de mes vêtements maintenant.

Il se tourna pour s’asseoir au bord du lit, les couvertures rabattues sur les jambes. Ses vêtements étaient soigneusement pliés sur un coffre de voyage sculpté et doré. Sa cape doublée de fourrure était drapée à un bout du coffre et sa hache reposait près de ses bottes sur les tapis à fleurs amoncelés sur le sol. Par la Lumière, ce qu’il était fatigué ! Il ne savait pas combien de temps il était resté dans le rêve des loups, mais l’état de veille était aussi épuisant pour le corps dans la réalité que dans le rêve. Son estomac grogna bruyamment.

— Et j’ai besoin de manger.

Berelain émit un bruit de gorge exaspéré et se leva, lissant ses jupes, levant un menton désapprobateur.

— Annoura ne sera pas contente de vous quand elle reviendra de sa réunion avec les Sagettes, dit-elle fermement. Vous ne pouvez pas ignorer une Aes Sedai. Vous n’êtes pas Rand al’Thor comme elles vous le prouveront tôt ou tard.

Mais elle quitta la tente, laissant entrer un tourbillon d’air glacé. Dans son mécontentement, elle oublia sa cape. Par l’ouverture momentanée entre les rabats, il vit qu’il neigeait toujours. Pas aussi fort que la veille, mais sans discontinuer. Même Jondyn aurait du mal à trouver des traces. Il s’efforça de ne pas y penser.

Quatre braseros réchauffaient l’atmosphère de la tente, mais le froid saisit ses pieds dès qu’ils touchèrent les tapis pour marcher vers le coffre. Il était si fatigué qu’il avait envie de se coucher sur les tapis et de se rendormir. Il se sentait aussi faible qu’un agneau nouveau-né. Le rêve des loups avait peut-être quelque chose à voir avec ça – se précipiter follement dans ce rêve en abandonnant ici son corps – mais la Guérison avait sans doute accru sa fatigue. À jeun depuis le petit déjeuner de la veille, et après une nuit passée dans la neige, il n’avait plus de réserves. Maintenant, ses mains cafouillaient pour exécuter une tâche aussi simple que d’enfiler ses sous-vêtements. Jondyn la retrouverait. Ou Gaul. Vivante. Rien d’autre au monde ne comptait. Il était engourdi.

Il ne pensait pas que Berelain reviendrait, mais une bouffée de froid lui apporta son parfum tandis qu’il enfilait ses chausses. Son regard sur son dos était comme une caresse, mais il continua à se vêtir comme s’il était seul. Elle n’aurait pas la satisfaction de le voir se dépêcher parce qu’elle le regardait. Il l’ignora.

— Rosene apporte un repas chaud, dit-elle. Il n’y a que du ragoût de mouton, j’en ai peur, mais je lui ai dit d’en mettre pour trois portions.

Elle hésita, et il entendit ses escarpins se déplacer sur les tapis. Elle soupira doucement.

— Perrin, je sais que vous souffrez. Vous avez sans doute des choses à dire que vous ne pouvez pas avouer à un autre homme. Je ne peux pas vous voir pleurer sur l’épaule de Lini, alors je vous offre la mienne. Faisons une trêve jusqu’à ce qu’on retrouve Faile.

— Une trêve ? dit-il, se penchant avec précaution pour enfiler une botte.

De gros bas de laine et d’épaisses semelles de cuir auraient tôt fait de lui réchauffer les pieds.

— Pourquoi aurions-nous besoin d’une trêve ?

Elle garda le silence pendant qu’il chaussait l’autre botte et en repliait les rabats au-dessous des genoux, sans rien dire jusqu’à ce qu’il ait lacé sa chemise et l’ait rentrée dans ses chausses.

— Très bien, Perrin. Si c’est ce que vous voulez.

Quoi que cela signifiât, elle semblait très déterminée. Soudain, il se demanda si son nez l’avait trahi. À son odeur, elle semblait offensée ! Pourtant, quand il la regarda, elle arborait un petit sourire. Il y avait cependant une lueur de colère dans ses grands yeux.

— Les hommes du Prophète ont commencé à arriver avant l’aube, dit-elle d’un ton vif, mais pour autant que je sache, il n’est pas venu lui-même. Avant que vous le revoyiez…

— Ont commencé à arriver ? l’interrompit-il. Masema a accepté de n’amener qu’une garde d’honneur, d’une centaine d’hommes.

— Quoiqu’il ait accepté, ils étaient trois ou quatre mille la dernière fois que j’ai regardé – une armée de ruffians, tous les hommes capables de tenir une lance à des miles à la ronde, semble-t-il – et d’autres arrivant de toutes les directions.

Il enfila sa tunique à la hâte, boucla son ceinturon par-dessus, suspendant sa hache à sa hanche. Elle lui paraissait toujours plus lourde qu’elle n’aurait dû.

— On va voir ça ! Que je sois réduit en cendres, mais je ne vais pas me laisser ralentir par cette vermine meurtrière !

— Cette vermine est une simple contrariété comparée à Masema. Le vrai danger, c’est Masema.

Elle parlait d’un ton calme, mais une peur étroitement tenue en laisse frémissait dans son odeur. Comme toujours quand elle parlait de Masema.

— Les sœurs et les Sagettes ont raison à ce sujet. Si vous avez besoin d’autres preuves, il a eu des contacts avec les Seanchans.