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— Il est le Car’a’carn, dit Aviendha en riant. Aussi fort que la Terre Triple elle-même !

Elle était fière, oh ! si fière, mais alors même qu’elle riait, des larmes inondaient son visage hâlé par le soleil.

— Les veines d’or. Oh, les veines d’or ! Vous m’aimez vraiment, Rand.

Elayne se contenta de le regarder, le sentant dans sa tête. La souffrance des blessures et des coups était oubliée. La tension et l’incrédulité ; l’émerveillement. Mais ses émotions étaient trop figées, comme une boule de résine de pin, dure comme la pierre. Pourtant, des veines d’or couraient à travers, et puisaient chaque fois qu’il regardait Aviendha ou Min. Ou elle. Il l’aimait vraiment. Il les aimait toutes les trois. D’autres femmes auraient eu des doutes, mais elle saurait toujours que son amour était authentique.

— Fasse la Lumière que vous sachiez ce que vous avez fait, dit-il à voix basse : Fasse la Lumière que vous ne…

La boule de résine durcit un peu plus. Il était sûr qu’elles allaient souffrir, et se raidissait déjà contre la douleur.

— Je… je dois partir maintenant. Au moins, je sais que vous allez bien ; je n’aurai plus à m’inquiéter pour vous.

Soudain, il eut un grand sourire.

— Nynaeve sera hystérique si elle pense que je suis parti en catimini sans la revoir. Quoiqu’elle mérite bien une leçon.

— Il y a encore une chose, Rand, dit Elayne, s’interrompant pour déglutir.

Par la Lumière, elle avait cru que ce serait le plus facile !

— Aviendha et moi, nous devrions profiter de l’occasion pour parler, dit précipitamment Min, sautant à bas de la table. Seules. Quelque part en privé. Si tu veux bien nous excuser ?

Aviendha, assise par terre, se releva avec grâce, lissant ses jupes.

— Oui, Min Farshaw. Nous devons apprendre à nous connaître.

Elle lorgna Min, dubitative, puis elle ajusta son châle et elles sortirent, bras dessus, bras dessous.

Rand les regarda avec méfiance, comme s’il savait que leur départ avait été prémédité. Il était comme un loup acculé. Mais ces veines d’or scintillaient dans la tête d’Elayne.

— Il y a quelque chose qu’elles ont eu de vous et moi pas, commença Elayne, puis elle s’étrangla, un flot de sang lui montant aux joues.

Par le sang et les cendres ! Comment s’y prenaient les autres femmes en pareille situation ? Avec soin, elle examina la boule de sensation dans sa tête qui était Rand, et la boule qui était Birgitte. Il n’y avait aucun changement dans la seconde ; elle imagina qu’elle l’enveloppait dans un mouchoir, qu’elle nouait solidement, et Birgitte disparut. Il n’y avait plus que Rand. Et ces veines d’or brillantes. Elle avait l’estomac noué. Déglutissant avec effort, elle prit une profonde inspiration.

— Il faudra que vous m’aidiez à me déboutonner, reprit-elle d’une voix mal assurée. Je ne peux pas ôter ma robe toute seule.

Les deux Gardes remuèrent quand Min sortit dans le couloir avec l’Aielle, puis se redressèrent d’une secousse en réalisant, quand Min referma la porte, que personne d’autre ne les suivait.

— Elle ne peut pas avoir si mauvais goût ! maugréa Deni entre ses dents, resserrant les mains sur sa matraque.

Min se dit que cette remarque n’était pas destinée à leurs oreilles.

— Trop de courage et trop d’innocence, grogna Caseille. La Capitaine-Générale nous a mises en garde contre ça.

Elle posa une main gantée sur le loquet orné d’une tête de lion.

— Vous entrez maintenant, et elle pourrait vous écorcher vives, dit Min allègrement. Vous l’avez déjà vue en colère ? Elle est capable de faire pleurer un ours !

Aviendha lâcha le bras de Min et mit quelque distance entre elles. Elle regarda les deux Gardes.

— Vous doutez que ma sœur puisse manipuler un seul homme ? Elle est Aes Sedai et a le courage d’un lion. Et vous avez juré de la suivre ! Alors, suivez-la quand elle commande, et n’allez pas fourrer le nez dans ses affaires.

Les deux Gardes se regardèrent. La grosse haussa les épaules. La maigre grimaça, mais lâcha le loquet.

— J’ai prêté serment de veiller sur elle, dit-elle d’une voix dure. Et c’est ce que je vais faire. Maintenant, fillettes, allez jouer avec vos poupées et laissez-moi faire mon travail.

Min eut envie de sortir un couteau et d’exécuter quelques acrobaties que Thom Merrilin lui avait enseignées. Juste pour leur montrer qui étaient les fillettes. La mince n’était plus jeune, mais elle n’avait pas de cheveux blancs, et elle paraissait vigoureuse. Min fut tentée de croire que la corpulence de l’autre n’était dû qu’à son embonpoint, mais c’était imprudent. Elle ne voyait aucune image ou aura autour d’elles, mais elles semblaient déterminées. Pour le moment, elles laissaient Rand et Elayne tranquilles. Le couteau n’était peut-être pas nécessaire.

Du coin de l’œil, elle vit l’Aielle lâcher sa dague à contrecœur. Si celle-ci n’arrêtait pas d’imiter tous ses mouvements, elle finirait par croire qu’il y avait plus de vrai qu’elle ne l’avait cru dans toute cette histoire avec le Pouvoir. Elles avaient peut-être la même forme de pensée. Cette idée lui semblait dérangeante. Par la Lumière, que Rand les épouse toutes les trois, c’était très bien en paroles, mais laquelle allait-il vraiment épouser ?

— Elayne est brave, dit-elle aux deux Gardes, aussi brave qu’on peut l’être. Et elle n’est pas stupide. Si vous en doutez, vous ne tarderez pas à le regretter.

Elles la regardèrent fixement, du haut des quinze ou vingt ans qu’elles avaient de plus qu’elle, solides, imperturbables, déterminées.

— Eh bien, nous ne pouvons pas rester là si nous voulons parler, n’est-ce pas, Aviendha ?

— Non, dit l’Aielle d’une voix tendue, foudroyant les deux Gardes. Nous ne pouvons pas rester là.

Les deux Gardes ne prêtèrent aucune attention à leur départ. Elles avaient une tâche à accomplir, qui n’avait rien à voir avec la surveillance des amies d’Elayne. Min espéra qu’elles feraient bien leur travail. Elle n’est absolument pas stupide, pensa-t-elle. Parfois, elle se laisse juste emporter par son courage. Elle espéra qu’elles ne forceraient pas Elayne à s’enfoncer dans des ronces dont elle ne pourrait pas se dépêtrer.

Avançant dans le couloir, Min observa l’Aielle du coin de l’œil. Aviendha marchait à grandes enjambées, aussi loin d’elle que le permettait la largeur du couloir. Sans même regarder dans la direction de Min, elle sortit de son escarcelle un gros bracelet d’ivoire sculpté et le glissa à son poignet gauche avec un petit sourire satisfait. Elle semblait contrariée depuis le début, et Min ne comprenait pas pourquoi. Les Aielles étaient censément habituées à partager un homme. Et elle était loin de pouvoir en dire autant. Elle l’aimait tellement qu’elle acceptait de le partager, d’autant plus si c’était avec Elayne. Mais cette Aielle était étrange. Elayne avait dit qu’elles devaient apprendre à se connaître, mais comment était-ce possible si Aviendha refusait de lui parler ?

Pourtant, elle ne perdit guère de temps à s’inquiéter d’Elayne, ou d’Aviendha. Ce qui se passait dans sa tête était trop merveilleux. Rand. Petite boule qui lui apprenait tout sur lui. Elle avait été certaine que cette affaire échouerait. Pour elle, en tout cas. Après ce liage, qu’éprouverait-elle quand elle ferait l’amour avec lui, quand elle saurait tout sur lui ? Par la Lumière, il saurait tout sur elle, lui aussi. Et elle ne savait absolument pas si cela lui plairait !