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— Quoi que vous ayez vu, Arc-d’Argent est morte, dit-elle d’un ton brusque. Maintenant, je suis Birgitte Trahelion, et c’est tout.

Ses lèvres se tordirent en un sourire ironique.

— Sacrée Dame Birgitte Trahelion, s’il vous plaît. Embrassez un mouton à la Fête des Mères si je peux y changer quelque chose. Et vous, qui êtes-vous quand vous êtes chez vous ? Vous montrez toujours vos satanées jambes comme une satanée danseuse ?

— Je suis Min Farshaw, répondit-elle sèchement.

C’était ça, Birgitte Arc-d’Argent, héroïne d’une centaine de légendes ? Elle était vraiment grossière ! Et qu’est-ce qu’elle voulait dire par « Arc-d’Argent est morte » ? Elle était debout devant elle ! De plus, cette multitude d’auras et d’images fulgurait trop vite pour qu’elle les distingue nettement, mais elle était certaine qu’elles indiquaient plus d’aventures qu’une femme ne devait en avoir en une seule vie. Curieusement, certaines se rapportaient à un homme très laid, beaucoup plus vieux qu’elle, et d’autres à un homme très laid beaucoup plus jeune qu’elle. Pourtant, d’une façon ou d’une autre, Min savait que c’était le même homme. Qu’il s’agisse ou non d’une légende, cet air supérieur l’irritait au plus haut point.

— Elayne, Aviendha et moi, nous venons de nous attacher le même homme par le lien du Lige, dit-elle sans réfléchir. Et si Elayne fête un peu l’événement, eh bien ! pensez-y à deux fois avant de débarquer chez elle, ou c’est vous qui aurez le postérieur trop tendre pour vous asseoir.

Cela suffit à lui faire reprendre conscience de Rand. Le brasier dévorant était toujours là, aussi violent, mais, louée soit la Lumière, il ne faisait plus… Elle rougit. Elle s’était pourtant souvent blottie dans les bras de Rand, reprenant son souffle après leurs ébats amoureux, mais elle eut l’impression de regarder par le trou de la serrure !

— Lui ? dit doucement Birgitte. Elle aurait pu s’amouracher d’un coupeur de bourse ou d’un voleur de chevaux, mais il fallait qu’elle le choisisse, lui, comme une sotte. D’après ce que j’ai vu de lui, il est trop beau pour être bon à quoi que ce soit avec une femme. En tout cas, elle doit arrêter.

— Vous n’avez pas le droit, dit Aviendha d’un ton boudeur.

Birgitte semblait patiente.

Patience à bout, mais patience quand même.

— Elle respecte peut-être les convenances aussi bien qu’une servante talmourie, sauf quand il s’agit de poser sa tête sur le billot. Mais je crois qu’elle aura le courage de le remettre à sa place, et même si elle a fait ce que je crois, elle l’oubliera et reviendra dans ma tête. Je ne revivrai pas cette foutue situation !

Elle bomba le torse, sur le point d’affronter Elayne.

— Pensez à cela comme à une bonne blague, dit Aviendha d’un ton suppliant.

Suppliant !

— Elle vous a fait une bonne blague, c’est tout.

Le rictus de Birgitte en dit long sur ses pensées.

— Elayne m’a appris une astuce, dit vivement Min, tirant Birgitte par la manche. Ça n’a pas marché pour moi, mais peut-être que…

Malheureusement, une fois qu’elle l’eut expliqué…

— Elle est toujours là, dit sombrement Birgitte au bout d’un moment. Écartez-vous, Min Farshaw, dit-elle, dégageant son bras, sinon…

— De l’oosquai ! s’écria Aviendha, au désespoir, en se tordant les mains. Je sais où trouver de l’oosquai ! Si vous êtes ivre… ! Je vous en prie, Birgitte ! Je… je prêterai serment de vous obéir, comme une apprentie envers sa maîtresse, mais ne l’interrompez pas, je vous en prie ! Ne lui faites pas honte !

— De l’oosquai ? dit pensivement Birgitte, se frictionnant le menton. Est-ce que ça ressemble au brandy ? Hum. Je crois qu’elle rougit ! Parce qu’elle est plutôt collet monté la plupart du temps. Une blague, avez-vous dit ?

Soudain, elle eut un grand sourire et ouvrit tout grands les bras.

— Conduisez-moi jusqu’à cet oosquai, Aviendha. Je ne sais pas ce qu’il en est pour vous deux, mais j’ai l’intention de me saouler assez pour… pour me déshabiller et danser toute nue sur une table. Mais pas une goutte de plus.

Min ne comprit rien à ça, ni au fait qu’Aviendha fixe Birgitte puis se mette à rire à l’idée de la « bonne blague », mais elle était sûre de savoir pourquoi Elayne rougissait, si rougeur il y avait. De nouveau, le feu faisait rage dans la boule de sensations.

— On pourrait aller chercher cet oosquai tout de suite ? dit-elle. Je veux être aussi ivre qu’une souris noyée.

* * *

Quand Elayne se réveilla le lendemain matin, la chambre était glaciale, de légers flocons tombant sur Caemlyn, et Rand était parti. Sauf dans sa tête. Cela suffirait. Elle sourit. Pour le moment, ça suffirait. S’étirant langoureusement sous les couvertures, elle repensa à son abandon de la nuit précédente – et de la plus grande partie de la journée ! elle avait peine à croire qu’il s’agissait d’elle ! – et songea qu’elle aurait dû s’empourprer comme le soleil couchant ! Mais elle voulait être tout à Rand, et elle pensait qu’elle ne rougirait plus jamais pour quoi que ce soit ayant un rapport avec Rand.

Mieux encore, il lui avait laissé un cadeau. À son réveil, elle vit sur l’oreiller à côté d’elle un lys d’or épanoui, couvert de perles de rosée. Où avait-il bien pu se procurer cette fleur au milieu de l’hiver, c’est ce qu’elle n’imaginait pas. Mais elle tissa autour une Protection, et le posa sur la table de nuit où elle le verrait tous les matins en se réveillant. Elle avait appris ce tissage de Moghedien. Il conserverait à jamais la fraîcheur de la fleur, les gouttes de rosée ne s’évaporant jamais, rappel constant de l’homme qui lui avait donné son cœur.

Sa matinée fut occupée par l’annonce de la disparition d’Alivia pendant la nuit, grave question qui mit les Femmes de la Famille en révolution. Et c’est seulement quand Zaida apparut, excédée parce que Nynaeve n’était pas venue donner leur leçon aux Atha’ans Miere, qu’Elayne apprit que Nynaeve et Lan avaient quitté le Palais, eux aussi, personne ne sachant ni quand ni comment. Beaucoup plus tard, elle apprit que, de la collection d’angreals et de ter’angreals qu’elles avaient rapportée d’Ebou Dar, avait disparu entre autres le plus puissant des trois angreals. Certains de ces objets, elle en était certaine, étaient destinés à une femme qui attendait d’un moment à l’autre d’être attaquée avec le Pouvoir Unique. Cela rendait d’autant plus inquiétante la note que Nynaeve avait griffonnée et cachée dans les objets restants.

13

Merveilleuses nouvelles

Il faisait froid dans le jardin d’hiver du Palais du Soleil malgré les feux ronflant dans les cheminées à chaque bout de la salle, les épais tapis couvrant le sol, et la grande verrière où la neige s’amoncelait contre les meneaux, laissant entrer les rayons du soleil sans beaucoup la réchauffer. Mais c’était suffisant pour les audiences. Cadsuane avait préféré ne pas s’approprier la Salle du Trône. Jusque-là, le Seigneur Dobraine n’avait pas encore protesté qu’elle retînt Caraline Damodred et Darlin Sisnera – elle n’avait pas trouvé meilleur moyen de les empêcher de faire des sottises que de les tenir d’une main ferme – mais Dobraine pourrait se rebiffer si elle dépassait les bornes imposées par les convenances. Il était trop jeune pour qu’elle le contraigne, et il respectait ses serments. Regardant en arrière, elle se rappelait des échecs, certains amers, et des erreurs qui avaient coûté des vies. Désormais, elle ne pouvait pas se le permettre. Surtout pas un échec. Par la Lumière, elle avait envie de mordre quelqu’un !