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— Comme quand tu trouves pas les clés de la voiture ?

Christopher sourit.

— Oui, c’est à peu près ça. Tu peux dormir tranquille, tous ceux que tu aimes veillent sur toi.

Le petit garçon se pelotonna sous sa couette.

Christopher l’embrassa sur le front et Simon tira sur le pull que Christopher portait.

— Tu veux que je reste encore un peu à côté de toi, c’est ça ?

Simon fit non de la tête.

Alors Christopher comprit. Il retira son pull et le donna à Simon qui le serra contre lui comme un doudou, avant de fermer les yeux, le visage apaisé.

Ému, Christopher contempla Simon jusqu’à ce qu’il s’endorme. Puis il s’éclipsa de la chambre sur la pointe des pieds. Il s’assit dans son canapé, partagé entre la joie immense d’avoir pleinement un fils et le sentiment d’être pourtant si seul.

Il prit une douche, choisit un livre d’anticipation scientifique et s’installa dans son lit. Après une vingtaine de pages, il plongea dans le sommeil.

Une bonne heure s’était écoulée lorsque la clochette de son téléphone le réveilla, lui annonçant l’arrivée d’un message. Il songea que son portable était dans le salon et qu’il avait la flemme de se lever. Il se retourna et entreprit de se rendormir. Mais une intuition diffuse le maintint éveillé. Il rassembla son courage et gagna le salon. L’écran du téléphone projetait son éclat bleuté dans la pièce. C’était un SMS d’un numéro inconnu. Encore de la publicité, se lamenta-t-il. Il ouvrit malgré tout le message. Son cœur se gonfla aussitôt et il crut littéralement qu’il rêvait.

C’était une photo de Sarah, emmitouflée sous un bonnet de laine et une grosse écharpe d’où s’échappaient quelques mèches rousses. Elle avait le nez un peu rougi par le froid et ses yeux bleus pétillaient de plaisir. Elle avait posé de sorte que la partie droite de son visage soit bien exposée et que l’on puisse voir que ses cils et ses sourcils avaient complètement repoussé.

En guise de légende, elle avait écrit : « S’il n’est pas trop tard, cette fois, c’est moi qui t’attends. P.S : tu m’en voudras pas si je ne suis pas épilée. »

Christopher alluma toutes les lumières du salon pour être certain d’être bien éveillé. Et c’est seulement à ce moment-là qu’il s’autorisa à libérer, du plus profond de lui, un sentiment encore plus vertigineux que tout ce qu’il avait vécu au cours de sa vie.

– ÉPILOGUE –

Les robes du prêtre bruissaient dans le long couloir menant aux cellules des condamnés à perpétuité. Son écharpe violette autour du cou, sa bible serrée dans la main droite, l’homme d’Église aux tempes grisonnantes avait la pénible charge d’écouter les dernières paroles d’êtres monstrueux et demandant parfois l’absolution.

Le gardien qui le précédait s’approcha d’une porte et regarda par le judas. Il referma le clapet d’un geste sec et s’empara de son trousseau de clés. Il déverrouilla la porte dans un vacarme de cliquetis.

— Davisburry, le prêtre est là, dit-il.

Le gardien fit comprendre au visiteur qu’il pouvait entrer.

— Frappez quand vous aurez terminé. Je viendrai vous ouvrir.

Le claquement métallique de la porte qui se refermait résonna avec l’écho d’une caverne. Le prêtre fit quelques pas dans la cellule médicalisée.

Mark Davisburry était allongé sur un lit, respirant difficilement, des pansements recouvrant la moitié de son visage et une grande partie de son corps. Les brûlures qu’il avait subies dans la mine le tuaient lentement.

Les yeux vitreux, amaigri, regardant droit devant lui, il sembla ignorer la venue de son visiteur.

Le prêtre tira un tabouret pour s’asseoir près du prisonnier et attendit.

— Alors, ils vous ont dit que j’allais y passer sous peu, murmura Davisburry d’un ton rauque.

Le prêtre s’éclaircit la voix, gêné.

— Je suis le père Alexander Finn. Votre médecin m’a dit que votre corps fatiguait plus vite ces derniers jours. Bientôt, Dieu sera face à vous et vous devrez affronter son jugement. Il est encore temps de demander pardon.

Davisburry sourit.

— Pourquoi souriez-vous ?

— Je souris parce que Dieu va me remercier.

Le prêtre humecta ses fines lèvres.

— Vous avez tué plus de soixante personnes en déclenchant ces explosions dans la mine. Des hommes et des femmes qui n’avaient commis pour seule faute que de bien faire leur travail de scientifique ou de n’être que de simples visiteurs.

— Un maigre dommage collatéral pour ce que j’ai sauvé.

— Que pensez-vous avoir sauvé ?

Davisburry souffla.

— Vous, Dieu, l’Église, la religion, le monde !

Le prêtre tripota sa bible.

— En tuant des innocents ?

L’ex-homme d’affaires secoua la tête.

— Je vais vous faire une confidence, dit-il. Toute ma vie, j’ai œuvré pour le triomphe de la religion, j’ai consacré ma fortune à vouloir prouver à tous les incroyants à quel point ils se trompaient. J’ai voulu leur démontrer que la religion disait vrai, que l’âme humaine était bel et bien immortelle si l’on croyait en Notre-Seigneur ! J’ai voulu consacrer la religion comme l’ultime vérité, le seul pouvoir qui vaille, alors que je ne faisais que creuser sa tombe, préparer sa défaite cinglante et envoyer le monde vers le chaos et la déchéance.

— Je ne suis pas sûr de bien comprendre.

— Qu’importe. Lui me comprend. Lui sait à quel point je me suis trompé. Mais la vérité n’apparaît parfois qu’au bord du précipice, alors qu’elle était sous mes yeux tout au long du chemin !

Le prêtre se dandina sur son tabouret et lissa son écharpe.

— Permettez-moi d’insister. De quelle vérité parlez-vous ?

Davisburry se laissa le temps de réfléchir avant de parler.

— J’ai cru que la religion avait besoin de preuves pour exister. J’ai cru bon de prouver à l’homme que son âme survivrait s’il avait la foi et qu’alors il adhérerait à la cause religieuse aveuglément et lui rendrait grâce chaque jour. Mais quelle erreur. Ce que j’ai trouvé prouve tout l’inverse : l’âme survit à la mort du corps, qu’elle ait eu la foi ou non ! Voilà la vérité ! L’immortalité de l’âme n’a aucun lien avec nos croyances sur terre. Aucun !

— Calmez-vous, mon fils… et dites-moi plutôt ce qui vous fait dire une chose pareille ?

— Parmi les six âmes que j’ai pu capturer et dont j’ai décodé une partie de la mémoire, pas une n’avait mené une vie de croyant ! Pas une n’avait cru en Dieu. Tout dans leurs traces mnémoniques disait le contraire : ils et elles n’étaient que des athées, sans aucune considération ni respect pour la chose religieuse !

Haletant, Davisburry reprit son souffle avec difficulté.

— L’immortalité de l’âme est une garantie de l’humain, qu’il soit croyant ou incroyant ! C’est là la cruelle vérité que j’aurais dû révéler au monde. Vous imaginez le désastre ? À quoi bon croire si on a la certitude de la vie éternelle ? L’homme n’a plus besoin de Dieu pour espérer l’obtenir ! Il n’a plus à s’imposer aucune discipline, aucun respect pour quoi que ce soit puisqu’il est assuré de voir son âme survivre ! Quoi qu’il fasse, quoi qu’il dise ou qu’il pense, son immortalité est garantie. Rendez-vous compte du chaos, de la débauche, de l’anarchie que j’aurais créés si j’avais prouvé cela ?

Le prêtre Finn s’accorda un instant de réflexion pour mesurer les propos de Davisburry. Il ne pouvait dire qu’il croyait ce qu’il entendait, mais les hypothèses formulées par son condamné le troublaient.