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— Je suis là pour trouver et arrêter ceux qui ont fait ça à votre frère, Christopher. Vous connaissez très bien votre métier, mais celui-ci n’est pas le vôtre.

Sarah avait parlé d’une voix douce et Christopher s’apaisa provisoirement.

— Que sait-on d’autre sur le programme MK-Ultra ? reprit-elle alors qu’elle venait de stopper à un feu rouge.

— Eh bien, l’enquête a estimé que le projet MK-Ultra contenait environ cent cinquante projets, mais dont il ne reste pas grand-chose puisque, en 1972, Richard Helms, le directeur de la CIA, a ordonné la destruction de toutes les archives du programme.

Le feu passa au vert et Sarah tourna en suivant la direction de Marnes-la-Coquette.

— Des détails sur l’ambition de ces projets ?

— Vous espérez que l’un d’eux explique l’état de celui que vous appelez patient 488 ?

— Peut-être.

— Je vous donne les plus frappants de la petite liste qui a pu être obtenue grâce à un carton d’archives oublié par ceux qui étaient chargés de détruire les preuves : injection de substances provoquant un raisonnement illogique et une impulsivité au point que le sujet se discrédite en public, de substances augmentant les capacités mentales et les capacités de perception, de substances produisant les signes et symptômes de maladies connues de façon réversible, pouvant être ainsi utilisées pour simuler des maladies, de substances rendant la persuasion de l’hypnose plus facile, de substances altérant la personnalité de telle façon que la tendance du sujet à devenir dépendante d’une autre personne est augmentée… et un dernier projet évoque des expériences menées dans des camps de vacances sur des enfants sans en préciser l’objet.

Christopher s’arrêta de lire, bouleversé. Sarah s’efforça de rester concentrée sur son enquête.

— Voilà, termina Christopher, c’est en synthèse tout ce qu’il y a de connu sur cet ignoble projet MK-Ultra qui a été définitivement et officiellement arrêté en 1988 seulement.

Pendant quelques instants, on n’entendit que le bruit du moteur et des roues sur le bitume.

— Vous êtes arrivé dans deux cents mètres, indiqua la voix du GPS.

Plus aucune lumière communale n’éclairait la route et les phares rendaient l’obscurité de la forêt encore plus profonde.

— Je vais me garer devant l’entrée de la maison et vous pourrez repartir chez vous. On est bien d’accord ?

Christopher hocha la tête.

Sarah ralentit en repérant les numéros affichés sur les devantures des maisons. Après avoir longé un mur qui semblait interminable et qui les éloignait des autres pavillons, ils trouvèrent le numéro 23 accroché en caractères de fer forgé au sommet d’une haute grille. De l’autre côté des barreaux, on discernait une allée bordée de sapins qui menait à un manoir.

— Nous y sommes… Prenez ma place et rentrez vite chez vous.

Sarah coupa le moteur et sortit de la voiture. L’air frais de la nuit lui fouetta le visage. Elle regarda vers la grille en se demandant si Parquérin lui ouvrirait facilement ou si elle devrait s’introduire chez lui clandestinement.

C’est là qu’elle remarqua que le portail était légèrement entrouvert. Christopher sortit à son tour du véhicule pour en faire le tour et reprendre la place du conducteur.

Il n’avait pas fait trois pas dehors qu’il entendit un martèlement rapide derrière lui.

— Poussez-vous ! cria Sarah.

Mais il était loin d’être aussi entraîné qu’elle. Il eut à peine le temps de se retourner que sa tête fut projetée contre la carrosserie. La bouche en sang, à moitié évanoui, il s’agrippa à la portière au moment où son agresseur s’apprêtait à lui planter un couteau dans le ventre. Sarah glissa sur le capot et arriva juste à temps pour bloquer le bras assassin.

— Fuyez ! cria-t-elle à Christopher.

Complètement sonné, le regard embrumé et une douleur insupportable irradiant dans toute la tête, Christopher se dirigea là où ses pas le menèrent. Il tituba à tâtons et se retint sur la grille d’entrée de la maison. Il se laissa glisser par l’entrebâillement sans réfléchir ni savoir où il allait. Il prenait seulement le premier chemin venu pour fuir la mort.

Aveuglé par la douleur et l’obscurité, il sentit des branches lui griffer le visage, entendit des bruits de lutte et de vitre brisée derrière lui. Il trébucha sur une racine et s’écroula de tout son long dans la boue.

— Cours ! hurla Sarah avant de pousser un cri de douleur.

Du sang coulant sur ses yeux, Christopher se redressa péniblement sur ses jambes. Il tenta de marcher, d’un pas ivre, et chuta de nouveau lourdement. Il chercha à se relever, mais s’effondra de nouveau à terre.

À bout de forces, il se traîna dans la boue jusque sous les branchages d’un bosquet avant de laisser retomber sa tête dans la terre en gémissant.

C’est là qu’il entendit des pas s’approcher. Il n’eut même pas le temps de bouger que les feuillages s’écartèrent au-dessus de sa tête. Christopher se protégea instinctivement le visage.

— C’est moi, murmura Sarah.

— Putain, j’ai cru que c’était…

Sarah s’accroupit aux côtés de Christopher en reprenant son souffle.

— Comment vous vous sent… Comment tu te sens ? chuchota-t-elle.

Christopher avait du mal à analyser son état. Son front le lançait comme s’il allait exploser.

Sarah ausculta son visage.

— Appuie fort sur la plaie, là sur le front, pour stopper le saignement, et parle plus doucement…

— Où est le type qui nous a agressés ? murmura Christopher en compressant sa blessure de la paume de sa main.

— Neutralisé.

Il la regarda comme si elle n’était pas vraiment humaine. Comment avait-elle fait pour se débarrasser d’un type qui avait manqué le tuer ?

— C’est là que je me dis qu’on n’a pas tous les mêmes chances de survie dans la vie… Vous croyez… Tu crois qu’il y en a d’autres ?

— Probable.

— C’était qui ? Un membre de la sécurité de Parquérin ?

— Ça me semblerait bizarre. Ce type appartient à la mafia russe si j’en crois les tatouages qu’il porte au bras, chuchota Sarah. Et puis la grille de la villa n’a pas été ouverte, elle a été forcée. Non, ce type est entré chez Parquérin par effraction.

— C’est bizarre. Qui d’autre que nous pourrait en vouloir au directeur de Gentix ?

— C’est la bonne question, mais pas le temps d’y réfléchir. Pour le moment, tu ne retournes pas vers la voiture et tu restes près de moi. Ce type n’est certainement pas venu tout seul et il doit y en avoir d’autres qui rôdent dans les environs. Je sais pas si on aura une deuxième chance de leur échapper.

Sarah examina la blessure de Christopher. Le sang s’était arrêté de couler et un hématome commençait à se former.

— Si tu t’agites pas trop, ça ira.

Sarah tendit la main à Christopher pour l’aider à se relever, et sortit l’arme qu’elle avait récupérée sur son agresseur. Elle la pointa vers le sol et avança à pas comptés entre les branches en direction de la maison, un manoir d’allure ancienne qui aurait pu ressembler de loin à un relais de chasse.

Ils quittèrent l’abri des feuillages et s’engagèrent à pas de loup sur le gazon de l’immense jardin. La lune était à moitié pleine et permettait de voir jusqu’à une dizaine de mètres de façon à peu près distincte. Au-delà, c’est l’imagination qui prenait le pouvoir.

D’ailleurs, quelques mètres devant eux se dressait une silhouette immobile. Après s’être assuré qu’elle ne bougeait vraiment pas, ils la contournèrent avec prudence. Drapée dans une tunique flottant au vent, elle toisait ses contemplateurs de toute sa hauteur, son visage squelettique enfoui sous un capuchon, une main au doigt tendu, l’autre empoignant une faux.