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— Assume ce que tu as fait, Nathaniel ! Il est trop tard pour taire la vérité. Libère-toi à ton tour. Libère-toi du mensonge dans lequel tu vis depuis tant d’années !

— Edward ! cria Marguerite dans une cascade de sanglots. Quoi que tu aies fait, je te pardonne. Mais réponds-lui. Je t’en supplie.

Edward respirait bruyamment.

— Tu peux avoir été un bourreau, un sadique, mais tu ne peux pas être un lâche ! lança Lazar. Pas devant ta femme et ton fils…

Christopher vit le visage de son père virer au rouge. La colère venait d’exploser en lui.

— Qui es-tu, Lazar, pour me donner des leçons sur la conscience ? Toi qui as trahi ton propre pays ? Toi qui as tué des innocents pour obtenir des informations ? Toi qui as torturé pour obtenir un nom, un code, une adresse ? Toi pour qui l’espionnage était un défouloir pour les recoins les plus obscurs de ta perversité !

La voix d’Edward mourut dans le silence. Les yeux tremblants de larmes, Marguerite était blême. Christopher, qui pourtant s’attendait à une telle révélation, fut parcouru d’un frisson de stupeur.

*

L’homme de main de Lazar scrutait ses prisonniers de son œil mauvais. Edward reprenait sa respiration, les yeux vacillants de haine.

— Bien, maintenant que l’aveu est fait, déclara Lazar de sa voix traînante, réponds à ma question : que cherchiez-vous sur nous ? Et qu’avez-vous trouvé ?

— Tu ne le sauras jamais. Jamais tu ne me feras trahir mon pays.

Christopher fixait son père en ayant peine à croire ce qu’il entendait. Marguerite secouait la tête. Chaque nouvelle parole de son mari la poussait un peu plus dans l’effroi.

— Je sais que toi et tes amis étiez à l’époque de grands chercheurs, visionnaires, poursuivit Lazar. Mais désormais, tout cela n’a plus de sens, et je te laisse une dernière chance de te repentir… en me livrant la vérité.

— Tu mourras dans l’ignorance, Lazar, éructa Edward.

À la sonorité cassante de la voix du père de Christopher succédèrent les gémissements de Marguerite. Puis Lazar reprit :

— Je t’aurai laissé ta chance. Sergueï !

Le Russe s’avança vers Edward, le contourna et colla le canon sur la tempe de Marguerite.

— Non ! cria Christopher. Réponds-lui !

Sergueï tourna sa main, le bout du canon vrillant la peau de Marguerite.

— Une inspectrice norvégienne est au courant de toute l’affaire, lança subitement Christopher. De toute façon, tu es pris, tu ne peux plus rien cacher ! Dis-lui ce qu’il veut savoir.

Comment son père pouvait-il se murer dans le mutisme alors que l’on menaçait d’exécuter sa femme ?

Christopher remarqua que les yeux de Simon étaient mi-clos, sa tête dodelinant sur sa poitrine. Victime d’un malaise, il allait perdre connaissance. Christopher se garda bien de le retenir éveillé.

— Tu te souviens, Edward, quand tu me disais de compter jusqu’à trois avant de m’endormir, dit Lazar. Je ne voulais pas parce que je savais qu’en me réveillant, la souffrance serait encore pire que celle que je quittais. Eh bien, pour toi, je vais compter de nouveau. Pour te laisser le temps de réfléchir. Il paraît que le stress aiguise la clairvoyance. C’est ce que tu me disais à l’époque avant de reproduire sur moi tes expériences pour la énième fois.

Les yeux noyés de larmes, le corps tremblant, Marguerite tourna un regard de supplique vers son mari.

— Un… lança Lazar.

Raide comme un soldat prêt à se faire fusiller, Edward ignora la détresse absolue de son épouse. Mais dans ses yeux, Christopher lut le terrible combat qu’il menait pour se taire.

— Mamie, pleura Simon avant de s’évanouir.

— Ça va aller, mon chéri. Hein, ne t’inquiète pas pour moi, d’accord. Je t’aime, mon chéri.

— Papa ! lâcha Christopher alors qu’il n’avait pas appelé son père ainsi depuis plus de trente ans. Je t’en supplie, tu ne peux pas faire ça.

— Deux… poursuivit Lazar d’une voix traînante.

Christopher croisa le regard de sa mère. Sous les larmes et l’effroi, elle lui sourit, comme pour lui dire une dernière fois combien elle l’aimait. Puis elle posa les yeux sur Simon et les ferma.

— Réponds ! hurla Christopher en tirant jusqu’au sang sur ses attaches.

— Trois, acheva Lazar.

Le coup de silencieux explosa dans le silence du salon et la tête de Marguerite retomba sur sa poitrine.

– 20 –

Christopher suffoquait, le cœur sur le point de s’arrêter. Confrontée à l’absurde, sa conscience décrocha du présent et flotta dans un espace vide et sans douleur. Cette douce antichambre de la folie qui vous épargne la souffrance en vous faisant sournoisement perdre la raison. Il y serait peut-être resté éternellement si ses années de reporter de guerre ne l’avaient pas partiellement accoutumé à la violence. Et puis il y avait Simon. Et il avait le devoir d’essayer de le protéger.

Christopher tourna la tête vers son père. Le menton relevé, les yeux frémissants, le vieil homme était impassible, affichant l’attitude terrifiante de celui qui accepte sa souffrance pour accomplir son devoir.

— Je vois que tu n’as pas changé, Nathaniel, soupira Lazar. La quête du savoir et le devoir avant… l’humanité. Bien… je regrette de devoir en arriver là, Nathaniel, mais peut-être tiens-tu plus à tes enfants qu’à ta femme ?

Sergueï darda son lourd regard broussailleux en direction de Christopher et s’approcha de lui, son arme encore tachée du sang de sa mère.

Christopher le suivit des yeux, le cœur battant si vite que son corps entier tremblait.

— Écoutez, il doit y avoir une autre solution… bégaya-t-il. Peut-être que…

Il s’arrêta de parler en sentant le contact glacial du métal sur sa tempe. Edward tourna la tête pour la première fois et regarda son fils.

— Ne fais pas ça, Lazar, menaça-t-il à la surprise de Christopher. Ou crois-moi, tu le regretteras.

— Qu’aurai-je à regretter ? Je vais mourir d’ici quelques jours.

— Justement, tu le regretteras d’autant plus.

— Pardon ?

— Profite de tes derniers instants pour te repentir. Tu me remercieras.

— Cesse tes insinuations ! Parle clairement !

— Pour la première fois de ta vie, fais-moi confiance. Ne t’en prends pas à mon fils ou tu le paieras cher, très cher…

Lazar ne répondit pas. Comme s’il réfléchissait. La nuque raide presque paralysée, Christopher jeta un bref regard à Simon. L’enfant était toujours inconscient.

Le canon de l’arme s’enfonça un peu plus dans sa peau et le força à pencher la tête sur le côté.

— Si tu ne le fais pas pour moi, fais-le pour Simon, supplia Christopher en regardant son père. Lui, j’en suis sûr, tu l’aimes.

— Je n’ai plus de temps à perdre, s’impatienta Lazar. Sergueï, tue le gamin si Nathaniel ne répond pas à ma question.

— Quoi ?! Non, non, non ! Pitié, cria Christopher. Vous ne pouvez pas faire ça ! Pas un enfant ! (Puis, faisant volte-face, il fixa son père :) Papa ! Papa !

Le tueur russe pointa l’arme sur la petite tête de l’enfant évanoui. Christopher en pleura de rage.

— Non !

— Je reprends donc, dit Lazar en élevant sa voix fatiguée. Que cherchiez-vous à découvrir à travers vos expériences sur les patients 488 et qu’avez-vous trouvé ? Je veux tout savoir, Nathaniel ! Un !

Christopher se débattait comme un animal enragé sur sa chaise. Les sangles lui sciaient les chairs, ses articulations craquaient sous la tension de ses muscles.

— Quelle que soit la raison pour laquelle tu te tais, aucune, aucune ne vaut la vie de Simon ! hurla Christopher.