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Christopher souleva brutalement la trappe. Son père leva les yeux et croisa le regard de son fils qui sauta dans l’ouverture pour atterrir lourdement au pied d’une petite échelle. Edward recula vers une petite table en acajou. Christopher saisit d’un coup d’œil la pièce meublée d’un fauteuil et d’un bureau vide au-dessus duquel avaient été punaisées quelques photos de visages et de bâtiments inconnus.

— Qui es-tu ? assena-t-il.

Son père le regarda sans rien dire. Christopher se précipita sur lui et le saisit par le bras.

— Et puis on s’en fout, tu rentres avec moi à la maison et tu donnes à ces hommes ce qu’ils veulent !

— Lâche-moi, aboya Edward en se dégageant d’un mouvement brusque.

Christopher l’attrapa par le col et planta son visage devant le sien.

— Tu es une ordure ! Une ordure qui se croit plus intelligente et au-dessus de tout ! Mais tu n’es qu’un malade mental, un sadique !

Et, d’un geste brutal, il tira son père jusqu’au bas de l’échelle.

— Monte ! lui ordonna Christopher.

Son père le regarda sans bouger.

— Monte cette putain d’échelle !

Edward détourna le regard.

Christopher le menaça d’un poing.

— Exécuter ta femme, ça ne te suffit pas ! Tu veux aussi tuer ton petit-fils ?! C’est ça ? Monte !

— Tu crois quoi ? Que j’ai passé ma vie à vivre dans le secret pour tout révéler maintenant ?

Christopher écrasa son poing dans l’estomac de son père qui se courba en deux.

— Monte cette échelle, répéta froidement Christopher.

Le souffle court, Edward leva des yeux amusés vers son fils.

— Tu vois que toi aussi tu uses de la force pour obtenir ce que tu ne peux avoir…

Et il se laissa tomber à terre.

Dans un sursaut de rage, Christopher souleva son père et le chargea sur son dos. Mais l’homme était trop lourd et il se débattit avec hargne. Le corps glissa, Christopher perdit l’équilibre et lâcha son père dont la jambe heurta le sol dans un sinistre craquement d’os. La plainte d’Edward résonna dans la petite pièce.

À bout de forces et de nerfs, Christopher s’appuya contre un mur. Ses lèvres se mirent à trembler et des larmes lui brûlèrent les yeux.

— Pourquoi tu fais ça ? demanda-t-il entre deux pénibles inspirations.

Edward se redressa sur les coudes et se traîna jusqu’à un mur en grimaçant. En se tortillant, sa chemise s’ouvrit et Christopher remarqua que quelque chose en dépassait.

Sans laisser à son père le temps de réagir, il lui arracha ce qu’il avait semble-t-il essayé de cacher sous ses vêtements.

— C’est quoi, ça ? dit-il en brandissant une petite liasse de feuilles.

Edward regarda ailleurs.

Christopher feuilleta rapidement les documents. Il y vit à plusieurs reprises le mot patient 488, des colonnes de chiffres entrecoupées d’annotations manuscrites. Des dates figuraient en haut de chaque page. Elles partaient d’aujourd’hui et remontaient jusqu’à l’année 1976. Il y reconnut aussi les graffitis similaires à ceux qu’il avait déjà vus sur les photos présentes dans le dossier compilé par Adam. Sauf qu’ici, toutes les images avaient été agrandies et les contours des trois formes de poisson, d’arbre et de feu surlignées de couleurs différentes afin de mieux les identifier.

— C’est quoi ?

Edward soupira.

— Parle ou je te jure que la douleur que tu ressens n’est rien… le menaça Christopher en levant le pied au-dessus de la jambe brisée de son père.

Le vieil homme grimaça et leva une main en signe de renoncement.

— OK… Derrière toi, sous le bureau, il y a un buffet. Ouvre-le, dit Edward.

Christopher se retourna.

— Avec une enveloppe piégée aussi ?

— Non. Je n’avais pas prévu que quelqu’un vienne jusqu’ici.

Christopher ouvrit le buffet avec prudence.

Il s’y trouvait seulement une bouteille d’alcool et une boîte à cigares.

— Tu te fous de moi ?

— Donne-moi la bouteille de whisky et la boîte à cigares !

— Parle ! s’emporta Christopher.

— Tu n’as pas l’étoffe d’un bourreau, Christopher. Et moi, j’ai vécu à une époque où chacun d’entre nous a été préparé à souffrir pour garder ses secrets. Donne-moi cette bouteille, un verre et un cigare pour me soulager, et je te parlerai.

Christopher ne cessait de compter les secondes qui le séparaient de Simon qu’il avait dû abandonner avec ce tueur sans âme.

Pris en otage, il remplit un verre de whisky qu’il posa sans ménagement à côté de son père. Ce dernier le prit d’une main hésitante et avala une gorgée du liquide ambré. Christopher le regarda faire, brûlant d’impatience.

— Le cigare si tu parles, dit-il d’une voix pleine de mépris.

Son père reposa le verre à côté de lui en poussant un soupir d’aise.

— Le dossier que tu as pris sur moi est le suivi médical et psychologique du patient 488 de Gaustad depuis 1977. Ses analyses sanguines mensuelles, son comportement au jour le jour et ses dessins…

— C’est donc bien toi qui le surveillais ?

— Oui…

— À quoi cela te servait-il ? Qu’est-ce que tu cherchais ? Dépêche-toi !

— Les recherches que nous avons effectuées et les résultats que nous avons obtenus dépassent tout ce que tu peux imaginer, Christopher, commença Edward comme s’il avait savamment dosé l’attente que son fils était capable d’endurer. Et ces recherches méritent tous les sacrifices.

— C’est quoi ces recherches qui valent la vie de ta femme et de ton petit-fils ?

— Un cigare, demanda Edward.

— Réponds !

Edward détourna la tête. Christopher décocha un coup de pied dans la jambe de son père qui hurla de douleur. Mais son cri terminé, il s’enferma de nouveau dans son mutisme d’un air de défi.

Christopher céda. Il prit un cigare et le briquet plaqué or rangé dans la boîte et les jeta à son père. Ce dernier ramassa les objets un à un et alluma son cigare. Il tira une bouffée.

— Maintenant, parle. C’est quoi cette foutue découverte que Lazar veut connaître ?

Une volute de fumée flotta dans l’air, dissimulant un instant Edward. Quand le nuage se dissipa, le visage du vieil homme n’était plus le même.

— Ce que j’ai vu et compris fait qu’aujourd’hui, je ne peux plus regarder un humain normalement. Voici le résultat de nos recherches. Chaque fois que je vois quelqu’un, je me dis : s’il savait…

Pour la première fois, Christopher distingua chez son père une expression qu’il ne lui connaissait pas. Son regard s’était animé. Quelque chose de passionné brûlait en lui, une flamme qu’il leur avait cachée toutes ces années sous un masque d’indifférence et d’austérité.

Christopher avait peut-être encore une chance d’obtenir ce que Lazar voulait entendre. Mais il allait devoir faire preuve de beaucoup d’habileté pour amener son père à la faute.

— S’il savait quoi ?

Edward inspira une nouvelle bouffée, ignorant la question de son fils.

Christopher garda son calme et poursuivit :

— Tu as dit nos recherches. Je croyais que tu étais seul.