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— Cela veut donc dire que si le deuxième fils d’Evans trouve l’île… reprit Jonas.

— … il aura potentiellement les moyens de comprendre certaines choses. Et nos quarante-deux années d’expériences seront anéanties. Nos sacrifices pour découvrir la vérité deviendront des crimes, siffla Davisburry, les lèvres pincées. Nos recherches pour le progrès seront taxées d’expériences inhumaines et notre projet sera dans le meilleur des cas arrêté, dans l’option la plus probable repris par d’autres qui le détourneront ou en tireront toute la gloire.

— Qu’est-ce que vous comptez faire ?

Mark Davisburry fit tourner sa chevalière autour de son doigt comme chaque fois qu’il réfléchissait.

— Allons au siège.

Puis il fit défiler une série de numéros sur son smartphone. Jonas le regarda faire, intrigué, se demandant qui son patron pouvait bien appeler.

Le téléphone sonna longtemps avant que Mark Davisburry ne parle.

— Johanna. C’est moi. Je vais avoir besoin de tes services. Rapidement. Rappelle-moi.

Et il raccrocha.

— Je croyais que vous seul et moi étions au courant du projet 488, marmonna Jonas.

— Johanna ne veut pas savoir pourquoi elle fait les choses, juste combien on la paye pour les faire.

L’homme d’affaires tourna la tête sur le côté, signifiant à son assistant que la discussion était terminée. Il frappa sur la vitre de séparation et ordonna au chauffeur qu’on le conduise au siège social. Vite. Le SUV démarra et s’éloigna du campus de Liberty University, laissant le doyen et les étudiants dans l’incompréhension la plus totale.

– 25 –

Il était difficile de savoir si les fleurs du papier peint de la chambre avaient toujours eu cette apparence verdâtre ou si les années avaient transformé la couleur originelle en y ajoutant des couches de poussière et de crasse. Sur la table de chevet, un minable abat-jour à franges éclairait d’une pâle lueur verte le couvre-lit miteux. Il était 6 h 30 du matin et la pièce était encore plongée dans la pénombre.

— Au moins, on ne sera pas tentés de faire la grasse matinée, lança Sarah en découvrant l’intérieur de leur chambre d’hôtel.

Christopher y entra le premier.

— Je vais prendre une douche en deux minutes et j’arrive.

C’était la première phrase qu’il prononçait depuis qu’ils avaient quitté la maison de ses parents. Jusque-là, Sarah l’avait guidé comme un aveugle. Elle referma la porte derrière elle après s’être assurée que personne ne traînait dans le couloir. Puis elle cala le dossier de la seule chaise de la chambre contre la poignée de la porte.

— Je n’ai pas choisi cet hôtel pour la décoration, se justifia-t-elle en parlant la joue collée contre la porte de la salle de bains. Mais parce qu’ici, au moins, rien n’est informatisé. On aura plus de mal à nous trouver.

Elle n’obtint pour réponse qu’un bruit de jet de douche. Elle haussa les épaules et s’inspecta brièvement dans la glace. Elle conclut qu’elle aussi aurait bien besoin de se laver pour se régénérer physiquement et moralement. Entre sa blessure à l’œil, sa coupure au bras et les multiples traces de lutte sur son visage, elle ressemblait à une survivante.

Renonçant à se soucier de l’image qu’elle renvoyait pour le moment, elle sortit les documents découverts dans le coffre d’Adam et les étala un à un sur le lit. Comment retrouver la trace d’une île dans tout cela ? se demanda-t-elle. D’abord en relisant patiemment chaque pièce.

Cinq minutes plus tard, Christopher sortit de la salle de bains, habillé et les cheveux mouillés. Il s’était aussi rasé, et même si les cernes et l’angoisse assombrissaient toujours son visage, il avait un peu rajeuni et semblait plus alerte. Il regarda Sarah qui elle-même se surprit à le fixer avec un peu trop d’insistance.

— Et le lit double dans une seule chambre, c’est votre technique pour abuser des hommes en détresse ? lança Christopher en se forçant à garder un peu de cet entrain qui d’ordinaire le caractérisait.

Contente de voir qu’il faisait un effort pour se ressaisir malgré l’angoisse qui l’étreignait, Sarah l’encouragea.

— Je suis à ce point défigurée que je devrais user d’une telle ruse pour mettre un homme dans mon lit ?

En temps normal, Christopher aurait répliqué, mais l’angoisse eut raison de l’étincelle de légèreté dont il venait de faire preuve. Il se contenta d’un hochement de tête et d’un sourire reconnaissant.

— Merci d’être là, Sarah…

— C’est purement professionnel. Au boulot.

Christopher se contenta de répondre d’un petit signe de la main pour informer Sarah qu’il avait bien noté la subtilité.

— Juste une dernière chose, Sarah. Pourquoi tu fais ça ? Tu es intelligente, tu sais dans quoi tu t’embarques. Tu mens probablement à ta hiérarchie, tu mets ta vie en danger. Enfin, je veux dire, ça n’a aucun sens que tu sois là.

Sarah savait qu’elle devrait, à un moment ou à un autre, répondre à cette interrogation. Elle reposa le mémo de la CIA qu’elle tenait entre les mains.

— Disons que je le fais aussi pour moi. Et pour une raison qui est supérieure à tous les risques que tu as justement évoqués.

— Une raison qui serait au-dessus de ta vie ?

— Tout dépend de ce qu’on appelle la vie. Maintenant, je ne suis pas certaine que tu aies besoin d’en savoir plus. La seule chose qui compte, c’est que je te promets de donner le meilleur de moi-même pour sauver la vie de Simon. OK ?

— Je n’ai pas d’autre choix que de me contenter de cette réponse. Au boulot.

Puis il contempla à son tour les documents éparpillés sur le couvre-lit miteux. La preuve que du LS 34 avait bien été livré à l’hôpital de Gaustad par Gentix après son interdiction de commercialisation, les notes d’Adam sur les connexions entre Gaustad, la CIA et la Ford Foundation, la photo des murs gribouillés de la cellule du patient 488 et enfin le cliché aux bords brûlés représentant le père de Christopher en blouse de scientifique entouré de ses deux collaborateurs.

— Merde, souffla Christopher.

— Quoi ?

— Je n’arrive pas à me concentrer. Je n’arrête pas de penser à Simon. Où il est, comment ils le traitent, à quoi il pense, est-ce qu’il pleure, est-ce qu’il…

Incapable de terminer sa phrase, il porta une main à son ventre alors que l’anxiété lui nouait de nouveau les entrailles.

Sarah s’assit à côté de lui.

— Christopher. Je ne te le dirai qu’une fois parce que ce n’est pas facile à entendre. Mais la meilleure façon de sauver Simon… c’est de ne pas penser à lui. Jamais. La seule chose qui doit t’obséder, c’est de trouver ce que Lazar veut.

— Je sais, je sais… Mais je serais prêt à crever pour le sauver.

— C’est lui qui va crever si tu continues comme ça.

Il la regarda, choqué. Mais elle avait tellement raison.

— OK, dit-il. Je me concentre. Mais ça n’empêche que ça peut être n’importe quelle île au monde ! Et le pire, c’est que si mon père a eu un de ses contacts au téléphone, ils vont envoyer quelqu’un pour détruire les preuves qui restent sur place ! Et eux savent où se trouve cette putain d’île. Ils vont arriver avant nous et Simon sera…

— Maintenant que tu t’es rappelé que la pression était énorme et qu’on partait avec un train de retard, tu ne le répéteras plus parce qu’on n’a pas le temps pour ça. Et puis ce n’est pas toi, ça. T’es un battant et un homme fort, Christopher. Tu n’en serais pas là dans la vie si tu n’étais pas quelqu’un de redoutablement solide. D’accord ?

Elle le fixait de ses yeux bleu clair d’où se dégageait un mélange de fermeté et de confiance. Christopher s’en voulut de se plaindre, lui qui d’ordinaire était effectivement animé d’une énergie volontaire. D’ailleurs, il ignorait comment Sarah l’avait deviné en si peu de temps.