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— Tu crois franchement que j’allais charger une arme dont tu risquais de t’emparer ? lança le tueur en dégainant un autre pistolet.

Cette fois, Hotkins était trop loin pour le désarmer. Il leva les bras pour gagner du temps. Mais si la volonté de Dieu était qu’il meure maintenant, alors qu’il en soit ainsi.

— À genoux.

Hotkins s’agenouilla.

— Mon patron voulait que l’on fasse ça doucement et qu’on filme pour qu’il se repasse la vidéo tous les soirs, annonça le tueur. Finalement, on va devoir abréger.

Il pressa la détente au moment même où la porte d’entrée de l’appartement s’ouvrait avec fracas. Le temps de faire volte-face, il reçut un coup de pied dans le creux du ventre qui le projeta en arrière. La femme qui venait de faire irruption lui assena trois coups de crosse dans l’oreille qui l’abrutirent, lui écrasa le nez du plat de la main avant de le saisir par les cheveux et de frapper sa tête à plusieurs reprises contre le mur. Quand il ne fut plus qu’une poupée de chiffon sans vie, elle le laissa retomber par terre, se redressa et referma la porte de l’appartement.

Agenouillé, Hotkins regarda sans comprendre cette femme à l’allure athlétique, vêtue d’un sweat-shirt à capuche et d’un pantalon type cargo.

Quand elle se retourna vers lui, il vit son visage avec plus de netteté. En d’autres circonstances, il l’aurait trouvée plutôt mignonne avec ses cheveux noirs coupés au carré et ce minois de magazine de mode.

— On a une heure pour faire disparaître le corps d’ici, dit-elle en tirant une balle de pistolet à silencieux dans la tête de l’homme qu’elle venait d’assommer.

— Vous êtes qui ?

— Johanna. Mark Davisburry m’a envoyée te chercher. Il a quelque chose à te proposer.

L’ancien Marine ne pouvait pas avoir oublié le nom de celui qui lui avait permis d’être transféré de l’épouvantable prison de Rikers Island à la maison d’arrêt plus tranquille de Stillwater. Il lui devait probablement sa survie et le paiement de toutes ses factures foncières pendant ses dix années d’incarcération.

— Tu connais Davisburry ?

— On a travaillé ensemble il y a longtemps quand il était encore à la CIA.

— Tu bosses pour l’agence ?

— Pour Davisburry, je t’ai dit. T’as une cave ? ajouta-t-elle en désignant le cadavre.

— Deux secondes, princesse. Davisburry veut me confier quoi comme type de mission ?

— Nous confier.

— On est censés bosser ensemble ?

— Tu croyais que j’étais juste venu faire le ménage chez toi ?

— Et c’est quoi cette mission ?

— J’ai cru comprendre qu’il voulait qu’on se débarrasse de deux éléments.

— Je ne tue pas n’importe qui.

Johanna leva un sourcil d’agacement. Mais Davisburry l’avait prévenue que l’ancien Marine lui opposerait cet argument. Il lui avait donc fourni la réponse.

— Davisburry mène depuis plusieurs années un projet destiné à créer un tsunami religieux au niveau mondial. Ces deux personnes veulent détruire son œuvre. Aide-moi à porter le corps dans la baignoire.

Hotkins n’aimait pas la manière dont cette femme lui parlait, mais ce qu’elle venait de lui révéler avait éveillé en lui une excitation qu’il n’avait pas éprouvée depuis bien des années.

— Et après, on fait quoi ?

Johanna rouvrit la porte d’entrée et s’assura que le couloir était vide avant de sortir. Hotkins lui emboîta le pas et referma à clé derrière lui.

— Et le corps du type ?

— Si t’es si bon que Davisburry le dit, tu seras de retour bien avant qu’il commence à puer et à alerter les voisins.

À mi-chemin dans l’escalier, Johanna lui lança un Glock. Il vérifia le chargeur et glissa l’arme dans l’arrière de son pantalon.

Dieu venait de lui montrer sa nouvelle voie et il n’avait jamais été aussi prêt à honorer le commandement de son Seigneur. Quelles que soient les cibles qu’ils allaient devoir abattre, il venait d’en faire le symbole de sa renaissance.

– 27 –

Alors qu’elle terminait d’enfiler son jean après avoir pris une rapide douche, Sarah reçut un document sur son téléphone. Norbert Gans, son assistant au commissariat, avait été rapide, comme prévu.

Il lui avait fallu moins d’une heure pour lui répondre : « Voici le document que tu m’as demandé. Accès facile sur la base nationale. Le fichier est public. Je te l’ai formaté sur tableur pour que tu puisses faire des croisements d’informations. Mais il y a du boulot. Si tu as besoin d’autre chose, n’hésite pas. »

Sarah termina de s’habiller et sortit de la salle de bains les cheveux lâchés.

— J’ai la liste des bases de l’armée américaine, dit-elle en ouvrant le dossier d’un toucher du doigt sur l’écran de son téléphone.

Christopher avait la tête plongée dans les documents de son frère. Sarah s’assit à côté de lui et s’arrangea pour qu’il puisse voir l’écran de son portable. Le journaliste plissa les yeux pour essayer de s’affranchir des reflets et laissa échapper un ricanement.

— C’est pas vrai, souffla-t-il en détournant le regard.

Sarah ne dit rien, mais elle n’en pensait pas moins.

Le document s’intitulait « Department of Defense – Base Structure Report – Real Property Inventory – 2011 ». Et il affichait une liste de cent quatre-vingt-sept mille possessions militaires américaines aux États-Unis et hors territoire.

— Cent quatre-vingt-sept mille possibilités… confirma Christopher. On commence par faire un tri par années de création. Toutes les bases construites après 1970 ne nous intéressent pas.

Sarah ne répondit pas, mais Christopher constata qu’elle était déjà en train de procéder à cette sélection. Mais, après la manipulation, il en restait encore cinq mille six cent quatre-vingt-trois.

— Maintenant, notre atout majeur, dit Christopher. Lesquelles sont situées sur une île ?

— Il va falloir les regarder une par une, répondit Sarah. Il n’y a aucune entrée pour procéder à un tri automatique sur le tableau.

— Transfère-moi le doc sur mon téléphone. Il vaut mieux qu’on soit deux à faire le même exercice pour être certains de ne rien louper dans toutes ces colonnes de noms.

Sarah s’exécuta et se reconcentra sur son écran.

L’exercice était complexe et demandait une solide culture générale pour déterminer si tel ou tel lieu était une île ou pas. Parfois, il leur fallait vérifier sur Internet où se situait une ville ou un territoire qui leur était totalement inconnu.

À la mi-journée, assis au milieu d’un reste de repas rapidement avalé, Christopher sentit ses yeux le piquer, sa vue se troubler. Il avait épluché les trois quarts de la liste et avait répertorié quatre îles.

— J’ai quatre îles pour le moment. Mais va savoir laquelle est celle qu’on cherche.

— Dors, lui répondit Sarah.

— Quoi ?

— Ça fait trois fois que tu repasses sur la même ligne. On n’a pas dormi de la nuit. Dors.

Christopher dut l’avouer. Il avait l’impression que son cœur allait s’arrêter de battre d’épuisement.

— Simon ne sera pas sauvé par un père qui ne peut plus réfléchir ou courir, ajouta Sarah.

— Son vrai père ne l’aurait pas laissé se faire kidnapper, objecta Christopher en secouant la tête.

— Même s’il a suivi sa conscience, c’est Adam qui vous a tous mis en danger… Tu ne fais qu’hériter de ce qu’il a mis en œuvre. Et du devoir de sauver Simon.