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Christopher se leva pour aller se passer de l’eau froide sur la figure.

Puis il revint s’asseoir, le visage encore ruisselant de gouttes d’eau.

— Dans une heure, on sera fixés sur le nombre d’îles.

Elle vit son visage cerné et blessé, mais ses yeux étaient encore vifs. La peur et l’angoisse le tenaient éveillé.

Une trentaine de minutes plus tard, il releva la tête.

— J’en ai dégoté trois de plus, ce qui fait sept îles.

— J’en ai sept aussi, répondit Sarah.

Christopher prit la vieille feuille du règlement intérieur de l’hôtel posée sur le bureau et griffonna la liste des sept îles sur lesquelles se trouvait une base militaire américaine.

1 – L’île de Wake

2 – Les îles Marshall

3 – La République dominicaine

4 – L’île de l’Ascension

5 – Les îles Vierges américaines

6 – Hawaï

7 – Okinawa

 — Ça peut être n’importe laquelle, dit-il en lâchant son stylo.

Sarah jeta un œil sur la liste.

— Tu peux déjà retirer Okinawa, elle a été rétrocédée au Japon en 1972.

Christopher barra l’île japonaise, puis il se leva et marcha dans la chambre.

— De quelle info dispose-t-on en plus pour recouper les données ? De Gentix et…

— … de la Ford Foundation, termina Sarah. Si l’une de ces deux entités a ou a eu des possessions sur l’une de ces îles, on aura gagné.

— Ça me semblerait bizarre que Gentix soit lié de cette façon à MK-Ultra, analysa Christopher. D’après ce qu’on sait, la CIA a contacté les laboratoires après avoir lancé leur projet. Ils n’avaient aucune raison d’installer leurs centres de recherche à proximité des labos avec lesquels ils avaient décidé de collaborer. Ils avaient surtout besoin d’être tranquilles, discrets, et qu’on leur livre la marchandise. En revanche, pour la Ford Foundation, c’est différent, vu que ce sont eux qui finançaient et couvraient une partie des opérations de la CIA. Il faut voir s’ils ont des liens avec une de ces îles.

— L’un de leurs sièges est situé sur Banana Island, une petite île artificielle du Nigeria, enchaîna Sarah les yeux rivés sur l’écran de son téléphone. Et ils disposent d’un bureau dans le Rhode Island.

— Aucune des deux n’étant sur la liste et ne ressemblant à de vraies îles, ça fout en l’air notre seule piste ! Merde !

Christopher écrasa son poing sur le mur de la chambre.

Il reprit la liste des six îles et l’étudia une nouvelle fois, espérant peut-être qu’une évidence lui sauterait aux yeux. Puis il consulta de nouveau la photo de son père.

— Attends, est-ce que ces six îles ont un relief montagneux ?

Sarah fit une rapide recherche sur Internet depuis son téléphone. Il lui fallut à peine trois minutes pour obtenir l’information.

— Non, l’île de Wake est un petit atoll tout plat. Pareil pour les îles Marshall. Bien vu, ça en élimine deux.

— Ouais, à condition que la photo ait bien été prise là-bas. Mais je ne vois pas pourquoi il aurait gardé une photo prise ailleurs, vu que ses années de recherche sur l’île semblent avoir été les plus importantes de sa vie. Donc, on conserve cette hypothèse. Il nous reste quatre îles. Pour le reste, on doit louper un truc. Un truc qui doit être là, sous notre nez ! Le nombre 488 par exemple ! Ça peut pas être lié à une position géographique, un nom ou un code de l’île ? Oui, c’est peut-être ça ! s’écria Christopher. Pourquoi on n’y a pas pensé plus tôt ?!

— Le document que nous a envoyé Norbert donne plusieurs éléments chiffrés sur chacune des bases militaires, répondit Sarah.

— Comme quoi ?

— La superficie, le nombre de militaires en place, ce genre de trucs.

— Montre !

Les deux paires d’yeux se mirent à parcourir à toute vitesse les lignes et les colonnes de chiffres, égrainant les données statistiques pour chacune des quatre îles de leur liste. Dehors, le soleil déclinait déjà, rappelant l’inéluctable décompte que leur avait imposé Lazar.

Christopher redressa la tête.

— Non, il n’y a rien. J’ai additionné les chiffres des coordonnées géographiques, j’ai converti les noms des îles en chiffres et ça ne correspond jamais de près ou de loin à 488.

Sarah aboutissait à la même conclusion. Cette piste ne les conduisait nulle part.

— Et le temps passe, murmura Christopher quand il réalisa que la chambre était presque plongée dans le noir.

Une journée entière s’était déjà écoulée et ils n’avaient rien trouvé qui puisse sauver Simon.

— On n’y arrivera jamais, dit-il. Peut-être que je devrais appeler la police, tout raconter et… et…

— Attends.

Sarah fouilla dans l’une de ses poches et en ressortit une photo des graffitis dessinés dans la cellule du patient 488.

— Tu penses à quoi ? demanda Christopher.

— Le patient de Gaustad a passé au moins deux ans sur cette île. Et si ces dessins étaient une espèce de mémo, une façon pour lui de retrouver ou, en tout cas, de décrire l’île où il a été retenu prisonnier ? suggéra-t-elle en désignant les trois symboles qui revenaient en permanence sur les murs de la chambre.

— Tu parles d’un arbre, d’un poisson et d’un… feu. Ces trois trucs feraient allusion à l’île sur laquelle il a subi ces expériences ?

— C’est peut-être ça, leur signification. C’est une description schématique de l’endroit où il a été emprisonné, des symboles de l’île…

Christopher fronça les sourcils. L’idée était bonne, mais elle se heurtait à un problème.

— Si les cobayes avaient su où se trouvait l’île et quel était son nom, Lazar l’aurait retrouvée depuis longtemps ! Non, les cobayes ne savaient certainement rien de l’endroit où ils étaient enfermés. Ils ignoraient même qu’ils étaient sur une île. Ces dessins parlent d’autre chose. On fait fausse route.

Sarah dut admettre l’échec de son hypothèse. Christopher se rassit sur le bord du lit et toucha du bout du doigt sa plaie au front.

— Tu vas l’infecter. Tes ongles sont encore pleins de terre, l’avertit Sarah.

Christopher suspendit son geste et Sarah sembla voir sa main se mouvoir au ralenti.

— On a oublié un élément, murmura-t-elle soudainement.

— Quoi ?

— Le tout premier indice. C’est ça, le truc qu’on a loupé.

— Mais de quoi tu parles ? Quel indice ?

Sans répondre, Sarah saisit son téléphone pour appeler cette fois un autre de ses collaborateurs qui serait forcément ravi de lui rendre service.

– 28 –

Assis derrière son bureau en angle au douzième étage de la plus haute tour du Fifth Street Towers de Minneapolis, Mark Davisburry terminait de dicter ses directives à son assistant.

— Une dernière chose. Assurez-vous que les deux cent mille dollars soient virés sur le compte offshore de Johanna avant que je la rencontre. Elle ne se contentera pas de promesses. Et c’est à elle que vous confierez les visas.

— Ce sera fait monsieur, mais…

— Vous voulez savoir qui sont Johanna et Hotkins, n’est-ce pas ?

— Pas par curiosité. Seulement, plus j’en saurai, mieux je pourrai réagir et m’adapter à leurs volontés. D’autant qu’ils ont l’air particuliers.

L’homme d’affaires fit pivoter son fauteuil en cuir vers la grande baie vitrée dans son dos et contempla la ville qui s’éveillait à ses pieds.