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— Effectivement, ils sont particuliers. Cela faisait cinq ans que j’étais à la CIA quand Johanna a terminé première aux examens d’entrée. J’ai tout de suite su qu’au-delà de ses compétences, elle avait quelque chose de plus que les autres. Une envie de réussir qui venait de loin et qui tenait de la revanche sur la vie. Je l’ai intégrée dans mes équipes et je me suis rapproché d’elle. J’ai appris comment elle avait perdu ses parents à l’âge de dix-sept ans dans un cambriolage qui avait mal tourné et comment elle s’en était voulu de ne pas avoir été capable de les protéger. Je l’ai écoutée, je l’ai encouragée et je l’ai recadrée aussi, si bien que je suis devenu une espèce de père de substitution pour elle. On a obtenu ensemble de beaux résultats, elle sur le terrain, moi dans les bureaux. Elle était promise à un avenir brillant jusqu’au jour où elle a, disons, montré un autre visage. Elle a abattu de sang-froid un suspect qui venait de se rendre. Quand je lui ai demandé pourquoi elle avait fait ça, elle m’a répondu que cela avait été plus fort qu’elle. Je l’ai couverte et lui ai épargné un procès et une condamnation, mais j’ai été obligé de lui faire quitter la CIA. Le problème, c’est qu’elle ne savait rien faire d’autre que traquer et tuer si besoin.

Mark Davisburry se retourna vers Jonas.

— C’est là que j’ai eu l’idée d’en faire un agent officieux… pour nos opérations « mains sales ». Johanna s’est montrée parfaite dans ce rôle et a toujours donné entière satisfaction.

— Et Hotkins ?

— C’est un profil différent. Un croyant, contrairement à Johanna qui ne croit en rien. En 1992, il a tenté de tuer le gynécologue de sa femme qui devait la faire avorter. Il a fait irruption dans le cabinet avec une arme à feu. Il a ensuite ligoté le médecin sous la menace et a entrepris de le confesser avant de l’exécuter. La police est arrivée avant qu’il ait eu le temps d’aller au bout de son geste. Lors du procès, il a plaidé l’assistance à personne en danger en disant qu’il avait agi ainsi pour sauver la vie du fœtus. Plus jeune, il avait fréquenté des groupes évangéliques extrémistes qui menaient des raids contre des hôpitaux pratiquant l’avortement. À l’âge de vingt-deux ans, il a intégré le corps des Marines. Il en est ressorti plus fort, plus croyant encore et plus dangereux. Il ira jusqu’au bout.

— Mais vous le connaissez ?

— Quand j’ai entendu parler de son procès, je me suis intéressé à lui. J’ai aimé son jusqu’au-boutisme et sa façon de défendre ses actes en suscitant le doute chez les jurés. Je me suis dit que notre religion avait besoin de types comme lui. J’ai fait jouer mes relations pour le faire transférer de Rikers Island à Stillwater en espérant qu’il survivrait plus longtemps. Il m’a toujours dit qu’il me serait éternellement reconnaissant.

Mark Davisburry se leva. Il enfila son manteau en laine d’alpaga et se retourna vers son assistant juste avant de sortir.

— Nous touchons au but, Jonas. Contactez-moi sur le réseau interne dans les prochaines quarante-huit heures. Je serai à Soudan.

– 29 –

— Thobias, c’est Sarah Geringën. Rappelez-moi, j’ai besoin de vous.

L’inspectrice raccrocha sous le regard interrogateur de Christopher.

— Explique-moi ? C’est quoi l’indice qu’on a loupé ?

— Son corps.

— Quoi ?

— Le corps du patient 488. Cet homme a passé plusieurs années de sa vie sur cette île que l’on cherche. Son corps a forcément gardé des… disons, des traces de son environnement.

— Comment ça, des traces ?

— Si on analysait la boue qu’il y a encore sous tes ongles, expliqua Sarah en désignant les mains sales de Christopher d’un mouvement du menton, on pourrait probablement remonter jusqu’au manoir de Parquérin.

— Oui, sauf que dans dix ans, cette boue aura disparu de mes ongles et, d’après ce que l’on sait, le patient 488 a été admis à Gaustad dans les années soixante-dix. Ça fait près de quarante ans… Comment veux-tu que son corps ait gardé des, je sais pas comment dire, des… éléments de l’île que l’on cherche ?

— La boue disparaît effectivement parce qu’elle ne pénètre pas à l’intérieur du corps. Mais une pollution à l’amiante, au mercure ou je ne sais quelle autre saloperie reste dans le corps à vie… Tout va dépendre de ce que cet homme aura respiré sur place. Thobias pourra nous en dire plus.

— Thobias ?

— Pardon, c’est le légiste avec qui j’ai travaillé sur l’autopsie de la victime. Il est très bon.

Deux minutes plus tard, son téléphone sonnait.

— Merci de rappeler si vite, Thobias.

— Sarah ? Vous allez bien ?

— Oui. Écoutez, ce serait trop long de tout vous expliquer, mais pour faire bref, comme on le pensait, cette affaire nous emmène bien plus loin que prévu.

— D’accord et, si j’ai bien compris, vous avez besoin de moi. On part quand ?

— Désolée, j’ai seulement besoin de vos connaissances.

— Oui, oui, je m’en doutais, mais que voulez-vous, quand on a mon âge et une si belle femme qui vous parle, on tente le tout pour le tout.

— Thobias, c’est urgent.

— Dites-moi.

— Quand vous avez fait l’autopsie de 488, est-ce que vous avez trouvé des traces d’un polluant ou d’un élément chimique particulier ?

— À part l’excès de calcium qui l’a tué ?

— Oui.

— Un moment, je reprends son dossier. Mais vous cherchez quoi au juste ? demanda Thobias alors qu’on entendait des bruits de feuilles.

Sarah passa son téléphone en mode haut-parleur.

— Thobias, pouvez-vous parler en anglais afin que mon collaborateur puisse suivre la conversation ?

— Je vais essayer. Mais en attendant, bonjour à l’heureux élu.

— Bonjour, répondit Christopher.

— Donc, vous cherchez quoi, me dites-vous ?

— N’importe quoi qui pourrait nous permettre de localiser l’endroit où la victime a subi ses expériences avant d’arriver à Gaustad, reprit Sarah.

— Ah… Pas évident, votre affaire. Attendez, j’ai retrouvé son dossier. Je relis vite fait.

Sarah patientait à l’autre bout du fil. Comment faisait-elle pour rester calme ? se demandait Christopher alors qu’il trépignait de nervosité.

— Ah, oui, vous vous souvenez, je vous avais dit que ce type avait un bon début de silicose.

— Oui, c’est ça, je me rappelle maintenant, une accumulation de particules dans les poumons. Au départ, vous aviez cru qu’il avait pu mourir de cette infection. Et en quoi ça pourrait nous aider ?

— Bah, ça veut dire que pour choper cette pathologie, ce type a vécu dans un endroit très exposé aux poussières de silice, et pendant un certain temps.

— Quel type d’endroit ? Où trouve-t-on de la poussière de silice en grande quantité ?

— Eh bien, dans les mines, les carrières ou, c’est plus rare, dans les endroits chargés en poussière de lave.

— En poussière de lave. Ça veut dire qu’il a certainement séjourné sur une île volcanique, murmura Christopher.

— Qu’est-ce que vous dites, Sarah ?

— Non, rien, je… Que pouvez-vous nous dire d’autre ?

— Eh bien, sans vouloir jouer les rabat-joie, il a aussi pu choper ça quand il était enfant ou même adolescent. Je n’ai jamais dit que sa silicose avait été contractée à l’âge adulte.

— OK, mais nous, on n’a que ça, s’agaça Christopher.

— On pense que la victime a attrapé cette maladie sur une île. Il faut que vous nous aidiez à trouver laquelle.