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— Je suis pas géologue, moi ! Mais dites toujours, c’est quoi le nom de vos îles ?

— Les îles Vierges, l’île de l’Ascension, Hawaï et la République dominicaine.

— Vous pouvez rayer la République dominicaine, il n’y a pas de volcan là-bas. J’y vais tous les ans. L’île que vous cherchez est dans les trois qui restent. C’est tout ce que je peux vous dire.

— Merci, Thobias.

— Sarah, quoi que vous soyez en train de préparer, soyez prudente. Je vous ai vue à l’œuvre et je connais votre réputation. Vous allez jusqu’au bout. Mais n’oubliez pas que vous avez un mari et une famille. À bientôt.

— À bientôt, Thobias.

Sarah fit mine d’ignorer l’allusion à Erik et fut soulagée de constater que Christopher semblait bien trop absorbé par sa réflexion pour avoir prêté attention aux recommandations personnelles de Thobias.

— Il nous reste l’île de l’Ascension, Hawaï et les îles Vierges, annonça Christopher. Il nous faut des détails sur la géographie de chacune de ces îles.

Sarah entra le nom des îles une fois de plus sur Google et parcourut les informations géographiques qui apparurent sur son écran.

— À Hawaï et dans les îles Vierges, la terre est grasse et il pleut souvent, les particules ne sont donc pas volatiles et restent au sol. Aucune raison d’en retrouver en grande quantité dans les poumons. Ne reste plus que…

Sarah lui tendit son téléphone. Il résuma sa lecture à voix haute.

— L’île de l’Ascension est sèche comme un désert. Ça veut donc dire que les poussières volcaniques sont extrêmement volatiles et… pénètrent aisément dans les poumons…

Un silence se fit dans la chambre.

À son tour, Christopher tapota fiévreusement le nom de l’île de l’Ascension sur son téléphone. Internet affichait très peu de résultats. Et pour cause, l’île était quasi inconnue. Un bout de caillou d’à peine quatre-vingt-dix kilomètres carrés et de neuf cents habitants situé en plein milieu de l’Atlantique, à des milliers de kilomètres des premières côtes africaines et sud-américaines, juste au-dessous de l’Équateur et à proximité de la célèbre Sainte-Hélène.

— Un des endroits les plus paumés au monde, commenta Christopher.

— D’après ce que je lis, ajouta Sarah, ses yeux déchiffrant les informations à toute allure, c’est là-bas que la Nasa a réalisé ses simulations d’alunissage dans le plus grand secret durant les années soixante, parce que l’environnement est très proche de la géographie lunaire. Mais c’est surtout une base militaire gérée conjointement par les armées américaine et anglaise, qui a été construite durant la Seconde Guerre mondiale.

Christopher sentit son angoisse se muer en fébrilité. Il n’en revenait pas d’avoir trouvé.

— On peut y accéder en dehors d’une affiliation militaire ?

— Oui.

— Comment ?

Sarah pianota sur l’écran de son portable et leva un sourcil de surprise.

— Il faut obligatoirement passer par Londres. Et ensuite…

Christopher ne remarqua même pas que Sarah ne terminait pas sa phrase et se connecta au site de réservation de l’Eurostar, espérant y trouver un train pour un départ dans la soirée. Il consulta sa montre. Il était 21 h 35.

— Et merde ! lança-t-il. Le dernier train est parti il y a vingt minutes ! Va falloir attendre demain matin.

Christopher se mit à remplir le formulaire de réservation pour un aller simple vers 8 heures le lendemain. Mais il était trop nerveux et ses doigts frappaient les mauvaises touches. Le voyant perdre patience, Sarah lui tendit la main.

— Laisse, je vais le faire. Repose-toi pour de vrai ou tu ne tiendras jamais.

— Mais on va se prendre vingt-quatre heures dans la vue alors que chaque minute compte !

— Demain matin, quand on sera dans le train, il nous restera vingt-huit heures. On sera reposés et on réfléchira bien mieux. Va t’allonger.

— Attends, ça, c’est juste pour aller à Londres, après, on fait comment pour rejoindre cette île ?

— Je vais m’occuper de tout ça, OK ?

— T’es sûre ?

— Certaine.

— Et toi, comment fais-tu pour tenir ? demanda-t-il en s’allongeant.

Elle allait lui répondre qu’elle aussi tenait sur les nerfs, mais c’était bien la dernière chose qui le rassurerait.

— C’est mon métier.

Christopher était si fourbu qu’il se contenta de ce mauvais argument pour apaiser sa conscience. Il régla sa montre sur un réveil à 6 heures du matin, s’allongea sur le lit en étirant son corps noué, cala sa tête sur un oreiller et ferma les yeux.

Sarah se renseigna sur les vols en direction de l’île de l’Ascension. Tous partaient d’une petite ville appelée Brize Norton à environ deux heures de route de Londres. Mais le vrai problème, c’est qu’un passeport ne serait pas suffisant. La détention d’un visa était obligatoire pour quiconque voulait se rendre sur l’île.

Elle n’avait pas le choix. Elle allait devoir mentir à un ami.

Elle quitta la chambre et appela Stefen Karlstrom depuis le couloir de l’hôtel. Il décrocha au bout de deux sonneries seulement.

— Sarah ! T’en es où ?

— Écoute, c’est compliqué. Vraiment compliqué…

Stefen poussa un long soupir et Sarah l’imagina se laisser tomber contre le dossier de son fauteuil.

— Je sais à ta voix que tu vas me demander de faire un truc que je ne vais pas avoir envie de faire. Alors pour commencer, tu vas me dire exactement tout ce que tu sais.

Sarah acquiesça. Elle s’attendait à cette réaction et avait préparé sa réponse. Elle raconta à Stefen une version un peu différente de son enquête afin qu’il ne s’alarme pas et qu’il ne lui ordonne pas de rentrer sur-le-champ pour confier l’affaire à une équipe plus étoffée. Elle mit de côté les nombreux morts et l’enlèvement de Simon. Elle présenta Christopher comme le fils de Nathaniel Evans, le seul capable de lui dire où se trouvait la base d’expérimentation de son père sur l’île de l’Ascension. D’où la nécessité qu’il l’accompagne.

Et pour attiser son désir de l’aider, Sarah laissa entendre l’immense bénéfice que la police norvégienne pourrait tirer de la résolution de cette affaire de dimension internationale.

— Et tu comptes aller sur cette île avec ce type ?

— Oui.

— Sarah, je ne peux pas cautionner une opération en solo. On n’est plus aux forces spéciales. Tu rentres à Oslo et on gère ça en équipe.

— Stefen, j’ai besoin d’aller au bout de cette enquête.

— Sarah, c’est n’importe quoi ! Je t’ai fichu la paix jusqu’ici, mais non seulement je sais que tu ne m’as pas dit la moitié de la vérité sur ce qu’il t’est arrivé depuis ton départ, mais en plus tu t’apprêtes à te lancer dans un truc encore plus dingue. Donc c’est un ordre, tu rentres, avec ton gars si tu veux, mais tu rentres et on va s’associer sérieusement avec les autorités françaises pour mener cette affaire dans les règles !

Sarah se pinça les lèvres. Elle devait dire la vérité.

— Erik m’a trompée et quittée la nuit où l’on m’a appelée pour me rendre à Gaustad. Si je m’arrête maintenant, je ne m’en remettrai pas, Stefen. Pas cette fois…

Stefen gardait la bouche à demi ouverte derrière le combiné, traversé par des sentiments contradictoires. Quelque part, il avait toujours espéré que le mariage de Sarah et Erik ne fonctionne pas, comme pour se convaincre que c’est avec lui qu’elle aurait dû faire sa vie. Mais en entendant la voix brisée de Sarah, il ne ressentit que la souffrance de celle pour qui il avait toujours été prêt à mettre sa propre vie en danger. Celle qui l’espace de quelques mois lui avait fait la grâce de l’aimer et qui plus encore lui avait sauvé la vie lors d’une mission en Afghanistan. Celle dont il savait la fragilité derrière la force et la volonté.