Выбрать главу

À Oxford, la location de leur véhicule fit perdre une heure de leur temps à Christopher et Sarah. Les clients étaient nombreux et le personnel en effectif réduit.

Vers 13 h 15, ils roulaient depuis une dizaine de minutes sur l’A40 aux allures de départementale française lorsque le trafic se tassa jusqu’à l’arrêt complet. Au départ, ils crurent à un simple ralentissement, mais l’embouteillage se figea dans un immobilisme inquiétant tandis qu’au loin une fumée noire s’élevait au-dessus de la route. Des conducteurs commencèrent à sortir de leur véhicule pour voir ce qu’il se passait et on finit par apprendre qu’un camion-citerne avait dérapé en voulant éviter un animal et qu’il était couché en travers de la route, bloquant le passage. En d’autres termes, ils étaient certainement coincés là pour un très long moment. D’autant que la chaussée était bordée de buissons et d’arbres qui empêchaient de faire demi-tour pour prendre un itinéraire de secours.

À pied, Christopher et Sarah calculèrent qu’il leur faudrait environ six heures pour rejoindre la base militaire de Brize Norton. Et à condition de ne pas s’arrêter et de marcher à un rythme soutenu que seule Sarah pourrait suivre. Autrement dit, leurs chances d’atteindre l’aéroport à l’heure étaient excessivement minces, pour ne pas dire nulles.

Ils décidèrent d’attendre en voyant que les secours arrivaient par hélicoptère. Peut-être que d’ici une heure, la voie serait dégagée.

Dehors, le ciel gris assombrissait la lumière qui déclinait déjà alors qu’il n’était que 2 heures de l’après-midi.

— On n’y sera jamais ! s’exclama Christopher à bout de patience. Ça va faire une heure et demie qu’on ne bouge plus !

— On a encore de la marge…

Christopher fixait l’hélicoptère qui manœuvrait à un kilomètre devant eux pour tenter de redresser le camion-citerne accidenté.

— Quand bien même on parviendrait à voler cet hélicoptère, déclara Sarah en suspectant les folles pensées de Christopher, tu imagines franchement que l’on se posera discrètement dans un champ à côté de la base militaire et qu’on ira prendre notre avion comme si de rien n’était ? Sans que ni la police ni l’armée nous interceptent ?

— Je sais bien, avoua Christopher, c’est ridicule, mais qu’est-ce qu’on fait si on est encore coincés ici dans une heure ?

— La question ne se pose plus, déclara Sarah. On avance.

Effectivement, la police venait de mettre en place une circulation alternée entre les deux voies opposées et la file de voitures commençait à se déliter. Christopher était tellement pressé de démarrer qu’il percuta le pare-chocs de la Volvo qui les précédait.

Le chauffeur au crâne chauve descendit de son véhicule en pestant à l’encontre de Christopher. Derrière eux, les autres voyageurs, à bout de patience, klaxonnaient en lançant des insultes. Christopher jura à son tour.

— Je vais conduire, décida Sarah, et, sans attendre la réponse de Christopher, elle descendit de la voiture et prit sa place.

Derrière eux, séparés par un véhicule, Johanna et Hotkins observèrent la manœuvre. Un peu trop prompt à réagir, l’ancien Marine ouvrit sa portière, prêt à descendre de crainte que leurs cibles ne leur échappent.

Sarah remarqua le mouvement du coin de l’œil en se disant qu’il s’agissait certainement d’un conducteur agacé.

Elle prit place au volant, démarra et rattrapa la file de véhicules qui les précédait.

Une heure plus tard, ils quittèrent l’A40 à la sortie indiquant Brize Norton. Ils passèrent sur un pont par-dessus l’autoroute et s’engagèrent sur une modeste route de campagne cabossée qui serpentait entre les arbres et les champs.

Sarah alluma les phares. Il ne faisait pas encore nuit, mais la luminosité entre chien et loup rendait la visibilité difficile sur cette portion de voie sans éclairage et bordée d’un bois touffu.

— Je crois qu’il y a un problème, chuchota-t-elle.

— Quoi ?

— La voiture derrière nous était dans l’embouteillage à une voiture de distance de la nôtre. Et c’est la seule à avoir pris la sortie Brize Norton…

— Et alors, ils vont peut-être à l’aéroport.

— Le type qui est dedans a eu un réflexe bizarre tout à l’heure quand je suis descendue pour te remplacer au volant.

Méfiante, Sarah jetait des coups d’œil attentifs dans le rétroviseur et fut à peine surprise quand le véhicule les colla brutalement. Elle écrasa la pédale d’accélération, projetant Christopher vers l’arrière.

— Accroche-toi au siège fermement ! ordonna-t-elle.

Les deux voitures se frôlaient désormais à plus de 110 km/h sur une portion de route limitée à 70. Le moindre écart provoquerait une chute fatale dans le fossé.

Johanna tenta de couper la trajectoire à Sarah, mais cette dernière parvint à maintenir sa légère avance. Le moteur semblait rugir pour fournir toute sa puissance.

— C’est qui ? hurla Christopher.

Sarah surveilla le GPS. Il leur restait deux kilomètres avant l’arrivée à la base. Et leur voiture moins puissante que celle de leurs poursuivants commençait à perdre du terrain.

— S’ils nous arrêtent, on est morts ! Accroche-toi !

Christopher saisit la poignée de maintien au-dessus de sa tête et plaqua les pieds au plancher. Sarah pila.

Christopher chavira vers l’avant, sa ceinture lui cisaillant la poitrine. Les pneus crissèrent alors que le bitume brûlait la gomme.

Le véhicule de leurs poursuivants freina quelques mètres plus loin. Sarah enclencha la marche arrière et fonça de biais en direction des arbres et des hauts taillis.

— Dès que je m’arrête, tu passes derrière les fourrés et tu cours tout droit jusqu’à l’aéroport !

Christopher n’eut pas le temps de demander d’explications. Sarah percuta les branchages et décrocha la ceinture de Christopher.

— Vas-y ! Je te rejoins.

Christopher bondit hors du véhicule et se rua dans les buissons, les bras protégeant son visage.

Alors qu’ils reculaient eux aussi à toute vitesse, Johanna et Hotkins virent Sarah quitter la voiture et s’enfoncer dans les bosquets.

La végétation du bord de route formait une barrière de trois ou quatre mètres d’épaisseur longeant de vastes prés dont le vert vigoureux au soleil prenait à cet instant des allures de mare saumâtre.

En quittant l’abri des branchages, Sarah aperçut au loin Christopher courir droit devant lui. Elle s’élança à sa poursuite sur seulement quelques mètres et plongea de nouveau à couvert.

Johanna et Hotkins émergèrent des buissons au même instant et, repérant la silhouette de Christopher au loin, le prirent immédiatement en chasse.

Tapie au sol, à couvert, Sarah les laissa passer. Hotkins courait en tête, suivi de près par Johanna. Puis Sarah se faufila discrètement hors de sa cachette et fondit à leur poursuite.

Elle talonna bientôt Johanna qui se retourna en entendant des pas derrière elle. Sans lui laisser le temps de réagir, Sarah la plaqua au niveau de la taille et la fit basculer à terre. Hotkins se retourna, mais laissa sa coéquipière se débrouiller pour s’occuper de leur seconde cible.

À califourchon sur Johanna, Sarah tenta de la frapper à plusieurs reprises au visage, mais la tueuse détourna chaque coup d’habiles parades des avant-bras. Et brutalement, elle renversa Sarah sur le dos d’une imparable rotation du bassin.

Déjà loin, Christopher aperçut des lumières à une centaine de mètres devant lui. L’aéroport ! Il y était presque.

Mais à l’enthousiasme succéda une peur panique lorsqu’il entendit un souffle enfler quelques mètres derrière lui. Il jeta un regard dans son dos et vit surgir de la pénombre le visage menaçant d’Hotkins.