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— Tu n’y arriveras pas ! s’exclama l’ancien Marine dans un américain nasillard du Midwest.

Et cette fois, Christopher ne pourrait pas compter sur Sarah pour le sauver. Dans un dernier espoir de surprendre son adversaire, il bifurqua soudainement vers les fourrés pour rejoindre la route.

Quelques centaines de mètres derrière, clouée au sol, les mains de Johanna écrasant sa gorge, Sarah se débattait sans réussir à briser la détermination de son adversaire.

Du bout des doigts, elle parvint à faire rouler une pierre dans sa main et frappa Johanna. Mais cette dernière vit le danger arriver et amortit le coup avec son épaule.

Ce mouvement la força cependant à baisser la tête, exposant son visage, et Sarah saisit l’occasion pour lui enfoncer son pouce dans l’œil. En poussant un cri de douleur, Johanna relâcha sa prise et bascula en arrière.

Leste et vive, Sarah se redressa et lui décocha un coup de pied dans la tête qui lui fit perdre connaissance. Sans prendre le temps de respirer, elle chercha à percer l’obscurité du regard en espérant apercevoir Christopher en sécurité.

— Attendez, attendez ! Ne laissez pas partir l’avion ! hurla Christopher en voyant les lumières de l’aéroport désormais très proches.

Derrière lui, Hotkins tendit le bras et le frôla. Le cœur affolé palpitant à en éclater, Christopher ne pouvait pas aller plus vite. Hotkins lui empoigna l’épaule. C’était terminé.

Il sentit qu’on le retournait comme une vulgaire proie que l’on va dévorer lorsque de puissants projecteurs éblouirent la route. Hotkins, qui se souvenait des consignes d’agir dans la discrétion, relâcha sa prise.

Un instant déboussolé, Christopher se ressaisit et poursuivit sa course.

— J’ai un billet pour l’île de l’Ascension sur le vol de ce soir ! Attendez !

Christopher parcourut encore quelques mètres et se retrouva devant l’entrée grillagée de la base militaire. Deux gardes surveillaient les nouveaux arrivants, la main sur la gâchette de leur arme, aux aguets.

— Stop ! ordonna l’un des soldats.

— Je… suis désolé, s’excusa Christopher en anglais, les mains sur les genoux en tentant de reprendre son souffle. On a été retardés par des embouteillages monstres… sur l’A40… et on a dû terminer à pied pour… espérer… arriver à l’heure.

Le soldat qui avait parlé fit signe à Christopher d’approcher et lui demanda son billet.

— C’est ma… femme qui l’a… sur son smartphone, parvint tout juste à dire Christopher entre deux bruyantes respirations. Elle est juste derrière, ajouta-t-il en scrutant avec appréhension la pénombre de la campagne.

— Vous êtes ensemble ? voulut savoir le militaire en voyant Hotkins arriver à son tour à petites foulées.

Christopher prit les devants pour éviter d’éveiller les soupçons du garde.

— Oui et non, on a voyagé dans le même bus pour venir jusqu’ici, alors on a fait le trajet à pied ensemble. Hein ?

Hotkins approuva d’un mouvement de tête.

— Votre billet ? s’enquit le soldat à l’intention d’Hotkins.

Le Marine fouilla dans sa poche et tendit un papier au garde qui lui fit signe d’attendre. Il venait d’apercevoir une silhouette féminine.

Hotkins et Christopher se retournèrent en même temps.

Sarah venait à leur rencontre, essoufflée elle aussi. D’un bref coup d’œil, elle comprit le délicat équilibre de la situation.

— Désolée pour le retard, mais je suis moins endurante que mon compagnon… dit-elle à l’adresse du garde.

Christopher apprécia l’ironie de l’excuse.

— Et en plus je suis tombée, ajouta-t-elle pour justifier les traces de boue sur son jean et sa veste.

Le militaire se contenta d’une discrète approbation du menton.

— Vos billets. Votre passeport. Et votre visa.

Sarah et Christopher présentèrent leur passeport et leur billet sous l’œil scrutateur d’Hotkins qui se retournait régulièrement en espérant l’arrivée de Johanna.

— Et les visas ? insista le soldat.

— Vous avez dû recevoir une autorisation spéciale pour nos deux identités par voie informatique.

Suspicieux, le militaire contacta par talkie-walkie un homologue qui lui confirma qu’il avait bien une autorisation pour les passagers Christopher Clarence et Sarah Geringën.

— C’est bon, vous pouvez passer. Et vous alors ? demanda le soldat en désignant Hotkins d’un coup de menton.

L’ex-Marine scruta une dernière fois la route sans voir sa coéquipière. Et, malheureusement, c’était à elle que les visas avaient été confiés.

— Je vais voir où en est ma compagne. Je reviens.

Hotkins rebroussa chemin en courant.

Désormais dans l’enceinte de l’aéroport, Christopher et Sarah marchaient côte à côte.

— Qu’est-ce que tu as fait d’elle ?

— On en parlera plus tard.

— Elle est morte ?

— Non… N’oublie pas que l’on doit revenir par Brize Norton. S’ils découvrent un cadavre dans les environs, ils feront forcément le lien avec nous et on sera arrêtés à notre retour.

— Et ça signifie donc qu’ils vont finir par embarquer avec nous ?

— Ça m’étonnerait.

Christopher considéra Sarah, l’air de dire qu’il ne comprenait pas.

Sarah sortit de sa poche deux cartes plastifiées siglées de l’inscription « Visa ». On y reconnaissait la photo de Johanna et celle d’Hotkins.

— Le temps qu’ils en obtiennent un autre, on sera loin…

Christopher était bien trop épuisé et inquiet pour manifester une quelconque joie, mais, en son for intérieur, il remercia une force invisible d’avoir Sarah à ses côtés.

Ils pénétrèrent dans le hall du petit aéroport et firent contrôler leurs passeports et leurs visas électroniques une dernière fois.

— Bon voyage, conclut le préposé. Votre vol est programmé à l’heure. Porte A, s’il vous plaît.

Par acquit de conscience, Sarah vérifia que personne ne les suivait.

*

Le vent glacé qui soufflait sur le tarmac s’infiltra par les interstices des vêtements déchirés de Sarah. Encore humide de sueur, elle resserra le col de son blouson et gravit les marches menant à l’A330, qui n’attendait plus qu’eux pour prendre son envol pour un voyage de nuit de près de neuf heures.

Ils entrèrent dans la cabine, tous deux habités d’un profond sentiment d’étrangeté. Aucune hôtesse de l’air ne s’était présentée pour les accueillir et seulement trois personnes étaient assises. Deux hommes vêtus de vêtements militaires dormaient en travers d’une rangée de trois banquettes et un civil d’une quarantaine d’années aux traits fatigués regardait par le hublot d’un air absent. Un silence nocturne planait dans l’habitacle.

Sarah vérifia son billet et désigna deux sièges au milieu de l’appareil. Elle s’assit côté couloir.

— Tu préfères pas le hublot ? demanda Christopher.

— Ça te changera les idées de regarder dehors, répondit-elle en étirant ses jambes.

Une hôtesse de l’air sortit du poste de pilotage, referma la porte de l’avion et la verrouilla avant de passer dans l’allée centrale pour s’assurer que les ceintures des cinq passagers étaient bien attachées.

Christopher reposa la tête contre le rebord du hublot, cherchant partout s’il repérait la tueuse et son acolyte. Mais il ne vit que la campagne noire et déserte.

L’avion s’ébranla et serpenta quelques instants pour aller se positionner en bout de piste avant de pousser les gaz et de s’arracher du sol quelques centaines de mètres plus loin.