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Une nuée de poussière s’envola devant le faisceau de la lampe torche et les fit tousser.

Le creux du coude devant le nez et la bouche, Sarah braqua la lumière sur le document. La page de garde affichait : « Apollo 1 – Accident investigation report ».

— Un rapport sur la catastrophe d’Apollo 1, dit Christopher. Dans d’autres circonstances, j’aurais sauté dessus, mais là, ça n’a rien à voir avec ce qu’on cherche. Merde !

Christopher souleva les matelas, déboîta le tiroir pour en vider tout le contenu par terre et arracha même l’affiche des Doors.

Il ne trouvait rien d’utile et un nœud commençait à lui nouer le ventre.

— Allons voir au bout du couloir, proposa Sarah qui savait qu’elle n’avait pas le droit de se laisser gagner elle aussi par la nervosité.

Christopher, qui avait pris les devants, poussa la porte à double battant et découvrit cette fois une vaste salle que le faisceau de lumière ne permettait pas d’éclairer dans son intégralité.

Alors qu’ils progressaient avec prudence, ils observèrent que les murs étaient ici percés d’une multitude de prises électriques. Sarah balaya la pièce de leur faible éclairage et en révéla le seul et unique mobilier : une massive console de contrôle munie d’un écran radar, de boutons et poussoirs gradués tous reliés à des cadrans de mesure poussiéreux. Ils s’approchèrent et Christopher écrasa un objet par terre : un casque dont le fil était encore branché sur la table d’écoute, juste à côté d’une plaque de la Nasa vissée au pupitre.

— Regarde, dit Sarah en désignant l’arrière de la console. Ils ont commencé à la démonter, mais n’ont pas eu le temps de terminer.

Des plaques de métal avaient été retirées sur le flanc de l’appareil et des outils abandonnés jonchaient le sol.

Christopher alluma sa propre lampe torche et examina l’intérieur avant de faire le tour de la salle en inspectant chaque recoin. Sarah l’entendait respirer de plus en plus fort.

— Edmundo a bien dit que les types de la Nasa râlaient parce que les autres les empêchaient de bosser en faisant trop de bruit, non ?

Sarah opina en voyant Christopher revenir vers elle.

— Les autres, c’étaient donc mon père et ses associés qui devaient faire leurs expériences sur de pauvres gens qui hurlaient. C’est donc ici que ça se passait ! Mais où ? Il n’y a que des trucs de la Nasa !

Il consulta sa montre et se mordit les lèvres.

— Il faut qu’on retourne cet endroit de fond en comble, qu’on tape sur toutes les parois, qu’on cogne sur chaque centimètre de sol à la recherche d’une trappe ou je ne sais quoi !

Leur nouvelle investigation dura plus de deux heures. Ils déplacèrent chaque meuble pour sonder chaque mur, épluchèrent chaque document, même ceux qui disparaissaient sous les rouleaux de poussière. Ils ressortirent à l’air libre et firent plusieurs fois le tour du bâtiment à la recherche d’une autre entrée, ou même d’un passage dans la végétation qui aurait pu les mener à une autre construction cachée. À un moment, ils reprirent espoir en trouvant un placard dans l’un des murs extérieurs du baraquement. Mais ce n’était qu’une remise dans laquelle rouillaient une pelle, une pioche et une boîte à outils.

Cinq minutes avant la fin de l’ultimatum imposé par Lazar, le tee-shirt déchiré d’avoir traversé des bosquets d’épines et de ronces, le cœur battant d’épuisement et de peur, Christopher démontait la console de contrôle spatial en maîtrisant mal ses mains qui s’étaient mises à trembler.

Impuissante, Sarah sentait l’angoisse l’étrangler. Et elle savait qu’elle ne parviendrait pas à afficher une attitude calme encore très longtemps dans un tel moment de désespoir.

— Christopher… il faut que tu demandes plus de temps à Lazar.

Mais Christopher ne l’entendait plus. Le sang bourdonnait à ses oreilles sous la pression de la panique.

Et soudain, son téléphone sonna.

– 35 –

La sonnerie résonnait dans l’obscurité, comme un décompte macabre. Un genou à terre, Christopher avisait le téléphone, incapable de décrocher.

C’est Sarah qui le fit à sa place, enclencha le haut-parleur, et lui tendit le combiné en lui ordonnant à l’oreille d’obtenir plus de temps auprès de Lazar.

— Le temps imparti… est… écoulé. Vous avez… trouvé ?

Il s’écoula une poignée de secondes avant que Christopher ne réussisse à parler.

— Nous avons identifié le lieu où vous avez été soumis aux expériences et nous sommes même parvenus à nous y rendre. Par conséquent, nous sommes actuellement sur l’île de l’Ascension, au milieu de l’Atlantique. On y a trouvé une station abandonnée de la Nasa et on a la preuve que c’est là que mon père et son équipe ont fait ces… recherches sur… vous.

— Vous avez découvert l’objet de ces expériences ? souffla Lazar, imperturbable.

Sarah observait Christopher, comme un pareur guette l’acrobate qu’il doit assurer dans un saut périlleux.

— Ce n’est qu’une question de minutes. Laissez-moi parler à Simon.

Lazar ne répondit pas tout de suite.

— Vous n’avez rien trouvé du tout, finit-il par dire après un temps de réflexion. Vous êtes en train de me baratiner.

— Pas tu tout !

— Sergueï, occupe-toi du gamin, ordonna Lazar.

Sarah manqua arracher le téléphone des mains de Christopher pour tenter une ultime négociation à sa place, mais il se releva d’un bond.

— Non, ne faites pas ça ! Vous n’avez jamais été aussi près de savoir la vérité ! Jamais ! Personne d’autre que moi ne pourra vous aider. Et si vous faites quoi que ce soit à Simon, je vous jure que j’arrête tout… et que vous crèverez dans l’ignorance !

Sarah n’en revenait pas qu’il ait osé dire ça. Elle n’aurait pas fait mieux. Mais Lazar ne se laissa pas démonter.

— Votre gamin suivra le même chemin !

Christopher ferma les yeux et, quand il les rouvrit, son regard d’ordinaire si doux s’était fait mauvais.

— Vous savez quoi, ce gamin, c’est pas le mien. C’est celui de mon frère et j’ai jamais choisi de l’élever. Et il m’a pourri la vie ! Alors que les choses soient bien claires, si vous le tuez, je serai triste un moment, mais je vous garantis que je m’en remettrai. Je reprendrai ma vie d’avant ! Vous, au contraire, vous n’avez plus que moi et il vous reste très peu de temps. Alors, réfléchissez bien. Si Simon meurt, je brûle tout ce que je trouve !

Christopher reprit sa respiration. Dans la lueur de la lampe torche, ses yeux luisaient de rage. Il avait si bien craché sa diatribe que même Sarah n’était pas certaine qu’il n’y avait pas du vrai dans ce qu’il venait de dire.

— Si j’ai bien compris, il vous faut plus de temps, répondit finalement Lazar.

— Oui, du temps !

— Bien, je vous laisse douze heures de plus.

Christopher leva les yeux au ciel en se pinçant les lèvres.

Mais, l’instant d’après, on entendit un cri atroce déchirer le haut-parleur du téléphone. Les cris de l’enfant se mêlèrent à des pleurs de souffrance.

— Simon ! Simon ! Qu’est-ce que vous avez fait, salopard ?! Simon !

— Chaque main du gamin vaut douze heures, annonça Lazar en reprenant le combiné. Et le cri que vous entendrez sera bien pire que celui-ci quand on lui coupera la première. Ça ne dépend plus que de vous. Et rappelez-vous, je veux tout savoir : le pourquoi, le comment de ces expériences, ce qu’ils ont trouvé et la tête pensante de tout ce programme. L’heure tourne pour moi, et pour vous.