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Christopher se tenait le visage entre les mains, la bouche entrouverte de stupéfaction. Sarah essayait de garder la tête froide.

— On a ce que Lazar voulait, dit-elle en repoussant les pensées vertigineuses qui tournoyaient dans sa tête. Nous savons enfin en quoi consistait le projet 488. Remontons à l’étage pour capter l’appel de Lazar.

Christopher acquiesça. Il était 2 h 58 du matin.

Ils allaient quitter le bureau du père de Christopher, impatients de pouvoir fournir à Lazar le sésame qui sauverait Simon, quand un grésillement se fit entendre dans le dictaphone. La voix de Nathaniel Evans crépita. Franche et satisfaite.

— Tiens, mon vieil ami, voici ton repas

On entendit un couinement animal, puis la voix reprit :

— Compte tenu des résultats obtenus de l’expérience Pavor, nous pouvons désormais passer… au projet 488.

Suivirent un déclic et le bruit sourd d’un frottement. Puis l’enregistrement s’arrêta.

Christopher chercha dans le regard de Sarah une confirmation de ce qu’il venait d’entendre. Mais il était trop tard pour réfléchir. Lazar serait ponctuel et pas question de le faire attendre, même si les dernières paroles d’Evans anéantissaient la valeur de leur découverte.

— Mens ! ordonna Sarah en s’élançant vers les marches de l’escalier menant au rez-de-chaussée.

Ils venaient tout juste de débouler à l’étage quand son téléphone sonna.

Christopher reprit sa respiration et décrocha.

— Les douze heures sont écoulées. Je vous écoute, murmura Lazar.

– 39 –

Johanna gémit dans son sommeil. Assis à ses côtés, Hotkins l’observait depuis qu’elle s’était endormie une heure après le décollage. Il aurait aimé savoir de quoi étaient faits les rêves d’une tueuse à gages.

Par instinct, Johanna se réveilla et jeta à son coéquipier un regard méfiant.

— Ça avait l’air pénible comme rêve, dit Hotkins, l’air de l’encourager à se confier.

Johanna n’avait aucune envie de lui révéler l’intimité de ses peurs. De ce cauchemar récurrent où elle se retrouvait adolescente. Elle était seule chez elle, un camarade venait sonner à sa porte. Au début, il avait l’air gentil et puis il se mettait à lui demander où étaient ses parents. Elle lui répondait qu’ils étaient morts, tués par des cambrioleurs. Le jeune garçon ne la croyait pas et se mettait à chercher dans toute la maison, vidant les armoires, retournant les lits alors qu’elle lui criait d’arrêter. Puis il se faisait menaçant, accusant Johanna de mentir. En larmes, elle lui répondait une nouvelle fois qu’ils étaient morts. Alors, son camarade exigeait de savoir où on était quand on était morts. L’échange pouvait durer des heures jusqu’à ce que Johanna se jette du haut de l’escalier de la maison pour mettre un terme à son tourment. C’est là qu’elle se réveillait.

— Ils ont eu de la chance, hier, dit Johanna en ignorant la question d’Hotkins. Sur l’île, ils seront seuls.

Hotkins secoua la tête d’un air amusé.

— T’es énervée parce que tu t’es fait battre par cette inspectrice et que t’as dû redemander des visas à Davisburry en l’obligeant à faire jouer ses anciens contacts à la CIA… C’est ça ?

Effectivement agacée par son échec, Johanna ne répondit pas.

— Pourquoi tu fais ce boulot ? reprit Hotkins.

La tueuse fronça les sourcils.

— Je demande ça, poursuivit Hotkins, parce que j’imagine que tu fais ce job depuis un certain temps et que t’as dû mettre pas mal d’argent de côté. Pourquoi t’arrêtes pas pour vivre tranquillement au lieu de risquer de te faire buter tous les jours ?

Johanna le déshabilla du regard.

— Parce que j’aime ce boulot, ça t’irait comme réponse ?

Elle avait riposté sans ciller alors que la vérité était tout autre. Elle exerçait ce métier parce qu’elle ne savait rien faire d’autre, parce qu’on n’avait jamais voulu comprendre qu’elle rêvait d’une existence apaisée. Personne n’avait eu la générosité de croire qu’elle était capable de s’accomplir autrement qu’en tuant.

— T’as jamais peur, dans ton métier ? insista Hotkins en avalant un verre de soda.

Johanna soupira.

— C’est un ancien Marine qui me demande ça ?

— Moi, je peux te répondre : oui, j’ai eu peur, plusieurs fois même. Mais j’ai la foi et je sais où j’irai après, quand tout s’arrêtera.

Johanna hocha la tête d’un air faussement convaincu.

— Tu ne crois en rien, c’est ça ? insista Hotkins.

— Je ne crois que ce que je vois.

— Je ne sais pas comment vous faites. Je n’arrive pas à comprendre comment vous, les athées, faites pour ne pas avoir peur de la mort. Si comme vous le dites, vous ne croyez vraiment en rien, je me demande comment vous faites pour vivre au jour le jour sans céder à la panique.

Les paroles d’Hotkins perturbèrent suffisamment Johanna pour qu’elle perde patience.

— Pour le moment, ce sont mes cibles qui devraient paniquer, pas moi. Et puis arrête de te prendre pour un confesseur, ça m’énerve. J’ai pas l’intention de mourir si vite.

Hotkins haussa les épaules et termina d’avaler le fond de son verre.

— T’as une idée de ce que Davisburry veut garder secret en nous envoyant là-bas ?

— C’est pas mon souci et, logiquement, pas le tien non plus.

Johanna se leva pour aller se chercher à boire au fond de l’avion pour dissimuler son inconfort. Elle supportait de moins en moins que Mark Davisburry lui donne des ordres de mission sans l’informer de ses motivations. C’était soi-disant pour la protéger, mais elle commençait à le prendre pour un manque de confiance et d’estime.

Quand elle revint s’asseoir une dizaine de minutes plus tard, William Hotkins avait oublié sa question et déplié le plan de l’île de l’Ascension sur lequel le centre de recherche était clairement indiqué à flanc de volcan.

Johanna s’empara d’un autre plan encore plié à côté d’Hotkins. Celui du baraquement signalant notamment l’emplacement de l’escalier conduisant à l’étage inférieur où ils avaient reçu l’ordre de tout brûler.

— On agira à mains nues. Je m’occuperai du fils d’Evans, tu te chargeras de l’inspectrice. Comme elle connaît désormais ma façon de me battre, elle sera plus surprise avec toi. Méfie-toi, elle est… efficace.

— OK.

Et ils se mirent tous deux à étudier les différentes manières de procéder sur place afin de ne laisser aucune chance à leurs cibles de s’en sortir vivantes.

– 40 –

Christopher avait la tête qui tournait.

— Alors, vous avez trouvé ce que je veux ? insista Lazar, impatient.

Christopher avisa le magnétophone posé sur la table. Au cas où il aurait perdu ses esprits, Sarah lui intima l’ordre silencieux de ne rien dire de ce qu’il venait d’entendre.