— Oui, nous avons trouvé ce que vous cherchez depuis toutes ces années, osa Christopher.
— J’imagine que vous savez ce qu’il se passera si vous êtes en train de me mentir.
— Je veux parler à Simon. Passez-le-moi.
Après quelques secondes, Christopher perçut une faible respiration dans le combiné.
— Simon, mon chéri, c’est moi…
Pas de réponse.
— Simon, tu m’entends ?
— Oui, répondit le petit garçon d’une voix étranglée.
— C’est bientôt fini, d’accord, je vais venir te chercher. Très vite. Comme promis. D’accord ?
— Humm…
— Dis-moi, mon chéri, est-ce que tu as mal quelque part ?
— J’ai froid…
Christopher se pinça les lèvres. En entendant le filet de voix chevrotant de Simon, une vague de larmes lui brûla les yeux. La gorge nouée, il n’arrivait plus à parler. Il imaginait Simon, les yeux rouges de larmes, terrorisé, grelottant et regardant par terre tandis qu’on lui tenait le téléphone près de l’oreille.
Bouleversé, il sentit le regard de Sarah l’envelopper de courage. Il tourna la tête vers elle et puisa un surplus de sang-froid dans ses yeux si attentifs et si confiants.
— Tu sais, mon chéri, je n’ai jamais vu un garçon aussi courageux et fort que toi ! Jamais ! Quand on racontera ça à Alice, elle n’en reviendra pas. Je…
— Ça suffit, le coupa Lazar. La réponse.
— Quand et comment vais-je retrouver Simon ? répliqua aussi sec Christopher.
Lazar souffla d’agacement.
— Sergueï…
Christopher pâlit.
— OK, OK, voici ce qu’on a trouvé. Laissez Simon tranquille, d’accord.
— Il ne craint rien tant que vous dites la vérité, répondit Lazar.
— Bon, écoutez bien. Nathaniel Evans et son équipe cherchaient à déterminer la peur absolue chez l’humain pour en faire une arme à des fins militaires. Ils se sont servis de vous pour explorer les zones les plus enfouies du cerveau à travers toute une série d’expériences sous hypnose et sous une drogue dérivée du LSD, le LS 34.
Lazar ne réagissant pas, Christopher poursuivit et lui raconta ce qu’ils avaient appris de l’exploration du cerveau reptilien, de la signification des trois symboles de l’arbre, du poisson et du feu, et enfin du cri originel similaire à celui de l’écho des confins de l’univers. Quand il eut terminé, il attendit le cœur battant une réaction qui ne venait pas.
— Vous savez tout, conclut-il.
— Pourquoi le projet s’appelait 488 ?
La voix de Lazar avait tranché le silence comme une lame de guillotine. Le regard de Christopher se brouilla un instant. Sarah se mordit la lèvre.
— Je… je… ne sais pas, mais qu’importe, vous savez ce qu’ils vous ont fait et pourquoi, bafouilla Christopher. Maintenant, libérez Simon.
— Le projet Pavor, c’est ce dont vous venez de me parler, n’est-ce pas ?
— Non, je vous parle du projet 488 ! mentit Christopher, livide.
— Au début, ils parlaient toujours du projet Pavor… la peur en latin… Oui, c’est ça. Mais à la fin, ils évoquaient sans cesse le projet 488 entre eux. Chaque fois qu’ils nous traînaient dans leur salle d’expérience et qu’ils nous ramenaient dans notre cellule, ils n’évoquaient plus Pavor, mais 488. C’était donc autre chose.
— Non, c’est pareil, insista Christopher. Ce sont juste deux appellations différentes. On a tout fouillé ici, il ne reste plus rien d’autre. Je vous jure que vous savez tout, tout ce qu’il est possible de savoir !
— Je ne crois pas. Je crois que vous n’avez fait que la moitié du travail.
— Mais on ne peut pas faire plus ! Vous m’entendez ! Vous me demandez l’impossible ! C’est une ruine abandonnée ici ! C’est un miracle qu’on ait déjà réussi à retrouver tout ce qu’on vous a dit ! Un miracle ! Ce n’est pas parce que vous ferez du mal à Simon que les documents réapparaîtront ! J’ai rempli ma part du contrat, remplissez la vôtre ! Libérez Simon et dites-moi où il est !
On n’entendit plus que le souffle maladif de Lazar, jusqu’à ce qu’il formule sa sentence.
— Comme vous avez bien travaillé, je ne vais pas couper la main de votre gamin tout de suite. Mais je reste persuadé que si vous avez trouvé des traces du projet Pavor, vous en trouverez du projet 488.
— Mais il n’y a plus rien !
— Sauf que cette fois, ajouta Lazar imperturbable, je vous laisse une heure avant d’ordonner à Sergueï de poursuivre ce qu’il a commencé sur le bras du petit.
— Non !
— Soixante minutes.
Lazar raccrocha alors que Christopher se laissait glisser le long du mur.
— Il reste forcément des éléments de réponse ici ! On va les trouver !
— Même si c’est le cas, il nous a fallu près de huit heures pour reconstituer le premier projet. On a une heure ! Une simple petite…
Sarah ne laissa pas à Christopher le temps de terminer sa phrase et redescendit en toute hâte dans le bureau de Nathaniel Evans.
Elle embrassa une nouvelle fois la pièce dans laquelle ils avaient passé plusieurs heures à attendre. Elle revit la bibliothèque, le vivarium, le bureau et eut une intuition.
— Dans l’enregistrement que l’on vient d’entendre, ton père semble nourrir un animal, en l’appelant mon vieil ami, n’est-ce pas ? Et juste après, on perçoit une espèce de couinement.
Christopher braqua ses yeux vers le vivarium.
— Oui, dit Sarah, il était dans cette pièce quand il a enregistré ce passage. Or tu n’as peut-être pas fait attention, mais juste après avoir dit qu’il pouvait s’atteler au projet 488, on a entendu un petit déclic suivi du bruit de quelque chose qui frotte par terre.
— Un passage secret ?
— C’est fort probable.
Christopher avisa immédiatement la bibliothèque. À deux, ils poussèrent le meuble de l’épaule, ne révélant derrière qu’un mur plein.
— Il doit y avoir un mécanisme. Logiquement sous le bureau.
— Dépêche-toi ! cria Sarah. Nos deux poursuivants ne vont pas tarder à arriver non plus.
Christopher se précipita vers le bureau, glissa la main sous le plan de travail et ne mit pas longtemps à découvrir le bouton. Il l’enclencha. Le mur qu’il venait de mettre à nu émit une plainte mécanique en entamant un pivotement.
— Yes! cria Christopher. T’es un génie, Sarah !
Christopher bondit vers elle pour la rejoindre. Mais à l’exclamation de triomphe succéda la plus cruelle des déceptions. Le mur ne s’escamota qu’à peine.
— Non, non ! s’écria Christopher en poussant dessus de toutes ses forces.
Sarah l’aida, mais le mécanisme était grippé et le mur ne se déplaça pas d’un millimètre de plus.
Brûlant d’épuisement et de rage, Christopher frappa du poing contre la paroi.
— Je vais chercher la pioche.
Il se rua vers la sortie et se figea. Il venait d’apercevoir un faisceau de lumière éclairer le coude du couloir.
Il rebroussa chemin en silence.
— Ce sont eux, chuchota-t-il, effrayé.
Sarah vérifia d’un rapide mouvement de tête.
— Il y a de fortes chances… Leur avion a atterri depuis un moment. Fais exactement ce que je te dis…
Christopher chercha à se calmer alors qu’une peur panique montait en lui.
— D’abord, ne pars pas du principe qu’ils sont plus forts que nous, murmura Sarah. On peut y arriver. OK ?
Christopher fit mine de la croire, mais il sentait bien qu’elle-même avait peur.
— Je vais les attirer vers moi.