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Elle s’accorda une petite minute, puis fit signe à Christopher qu’elle était prête.

Ils se dirigèrent tout de suite vers le mur en partie escamoté. Sarah ne fut pas longue à remarquer que l’interstice était un peu plus entrouvert que précédemment. Elle en déduisit que Christopher avait essayé de poursuivre l’ouverture du passage seul. Et compte tenu du timing qu’elle pouvait imaginer, il l’avait forcément fait alors qu’elle criait son nom depuis la salle d’opération. Christopher était-il alors venu la sauver par choix ou par obligation, parce qu’il ne parvenait pas à terminer l’ouverture du passage tout seul ? Sarah réalisa que la réponse lui importait peu. Car, même s’il avait agi par intérêt, elle avait l’honnêteté de s’avouer qu’à sa place, elle aurait fait le même choix pour sauver son enfant. Et de toute façon, elle lui devait la vie.

— À deux, on devrait arriver à l’ouvrir suffisamment pour se faufiler, lança Christopher. Je vais faire levier et peut-être que tu peux essayer de pousser sur la paroi en même temps.

Sarah hocha la tête et se mit en position pour appuyer sur le mur de toutes ses forces. Christopher fit levier et le passage s’agrandit d’un petit centimètre.

— Ça va marcher ! Encore deux ou trois fois et ce sera bon.

Sarah était livide. Christopher se demandait jusqu’à quand elle tiendrait. Mais ils n’avaient pas le choix.

Ils s’y reprirent à quatre fois avant que l’interstice ne s’agrandisse pour leur permettre de passer de profil.

Au bord de l’évanouissement, Sarah se laissa glisser à terre, indiquant à Christopher d’entrer d’un mouvement de main.

Il se positionna de biais et se faufila de l’autre côté.

– 43 –

De ce qu’il vit à la lueur de sa lampe, la pièce devait faire à peine dix mètres carrés. Un épais tapis grenat recouvrait l’intégralité du sol. À droite du passage se trouvait un bureau en bois sculpté et, sur le mur du fond, une bibliothèque sur laquelle reposaient une rangée d’ouvrages et un classeur.

Christopher se précipita vers le bureau alors que Sarah venait de parvenir à se glisser à son tour par le petit espace mural.

— Jette un œil dans la bibliothèque, lui ordonna Christopher en ouvrant les tiroirs à toute vitesse.

Le plan de travail était vide et les deux tiroirs de droite aussi. En revanche, dans le premier tiroir de gauche, il trouva une chemise en carton marquée d’un onglet « Résultats expériences ».

Brûlant d’impatience, il l’ouvrit et déchanta rapidement. Il reconnut une liasse des mêmes feuilles d’imprimante sur lesquelles avaient été éditées les formes du poisson, de l’arbre et des flammes. Sauf qu’ici, elles étaient vierges ou partiellement tachées.

Agacé, Christopher referma le tiroir et ouvrit celui d’en dessous. Il entendit quelque chose glisser sur le fond. Il tâtonna à l’aveugle et retira une autre chemise.

De son côté, Sarah faisait glisser la lueur de sa torche sur le dos des livres et constata avec étonnement que tous étaient du même auteur : Carl Gustav Jung.

Un des pères fondateurs de la psychanalyse aux côtés de Freud, crut-elle se rappeler, si sa mémoire des cours de psychologie était bonne.

Elle poursuivit son inspection jusqu’à éclairer le classeur sur lequel était inscrit « Notes et références ». Elle était sur le point de l’ouvrir quand Christopher l’appela.

— Sarah, je crois que j’ai trouvé quelque chose.

Elle approcha et lut le titre de la chemise cartonnée que Christopher venait de poser sur le bureau. « Intervention audition budgétaire CIA 13/04/69 – Justifications théoriques du Projet 488. »

— On dirait la rédaction d’un discours, lança-t-il après avoir parcouru les premières lignes. Écoute…

Christopher se mit alors à lire vite et à voix haute.

— Mesdames, messieurs les administrateurs. Monsieur le directeur Mark Davisburry. Comme vous le savez, le programme Pavor a abouti à des résultats plus que probants en situation réelle de combat. De ce fait, nombre d’entre vous ont demandé à juste titre qu’il vous soit clairement expliqué le procédé qui a permis d’obtenir cette arme que l’on peut décrire comme le cri de la peur originelle.

Voici donc la genèse de notre recherche.

Comme vous le savez depuis les lumineuses découvertes de Freud, nous sommes tous dotés d’un inconscient : ce faux puits de l’oubli qui conserve tous les souvenirs de notre histoire personnelle, même ceux que l’on croyait avoir oubliés ou que l’on aurait voulu oublier.

Mais ce que nous avions ignoré jusqu’ici, c’est qu’au-delà de cet inconscient personnel, il en existe un autre. Nous devons sa découverte au docteur Carl Gustav Jung qui a brillamment élargi le travail de son prédécesseur Sigmund Freud. Ce génie a prouvé l’existence d’un inconscient non pas individuel, mais, cette fois, collectif et commun à toute l’espèce humaine, présent de façon similaire, chez chaque individu, quels que soient son vécu, sa culture ou son origine géographique. Cf. note 38.

Christopher s’arrêta.

— Putain, c’est quoi cette note 38 ?!

— Attends… rétorqua Sarah. Éclaire-moi.

De sa main valide, elle ouvrit le classeur qu’elle venait de trouver sur les étagères. Des dizaines d’intercalaires chiffrés s’empilaient entre des feuilles.

— Là, la note 38, dit-elle.

Et à son tour, elle lut à voix haute.

— Note 38 : l’originalité des travaux de Jung sur la psyché humaine et la psychologie des profondeurs nous a particulièrement interpellés lorsqu’il a rejoint la CIA en 1943. Jung était entre autres chargé d’établir le profil psychologique des officiers de l’armée nazie afin de nous aider à anticiper leurs réactions et à adapter notre stratégie. Une forme de mariage expérimental de l’espionnage et de la psychanalyse. Afin de conserver son anonymat, il a alors été nommé agent secret sous le matricule 488.

— Jung agent secret pour la CIA, s’étonna Christopher. Sous le matricule 488… C’est en son honneur que mon père et ses camarades ont donc donné ce numéro à leur programme…

De plus en plus sidéré par ce qu’il découvrait, Christopher reprit néanmoins la lecture du discours de son père, toujours à voix haute.

— Au cours des années quarante, j’ai donc eu l’occasion de discuter à plusieurs reprises avec le Dr Jung et d’aborder des sujets qui allaient bien au-delà de ses fonctions officielles. Jung ne cessait de sourire à l’idée que nous voulions explorer l’espace, marcher sur la Lune, sonder les profondeurs des océans pour en percer les mystères, alors que pour lui toutes les découvertes que nous pourrions faire étaient déjà là, dans notre cerveau. Tout simplement parce que chaque homme qui naît porte déjà en lui le souvenir de toute l’expérience de l’espèce. Comme il le disait si bien. Cf. note 54.

Christopher tourna la tête vers Sarah qui feuilleta le classeur en hâte et trouva le passage correspondant.

— Nous ne sommes pas d’aujourd’hui, ni d’hier, nous sommes d’un âge immense.

Christopher s’arrêta un instant, troublé par l’implication de ce que Sarah venait de lire. Il poursuivit malgré tout, presque inquiet de ce qu’il allait y trouver.

— Cet inconscient collectif est en quelque sorte le thésaurus de la mémoire de l’espèce, ou si vous préférez l’album-souvenir de l’humanité depuis la nuit des temps. Les traces primitives de nos ancêtres humains, mais aussi non humains. De tous ceux qui nous ont précédés dans l’évolution.