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Mais je connais vos esprits rationnels et soucieux de douter de ce type de propos. Alors comment Jung a-t-il fait cette formidable découverte de l’inconscient collectif ? Grâce à ses nombreux voyages et à ses études minutieuses, pour ne pas dire maladives, des religions, des mythes et des spiritualités de la plupart des cultures humaines. Au cours de ses recherches, Jung a eu la stupeur de découvrir combien les symboles, les grandes histoires mythologiques, les contes et les rêves de peuples éloignés dans le temps et dans l’espace pouvaient être les mêmes ! Le mythe du déluge se déroule chaque fois de la même façon, aussi bien chez les juifs que chez les Grecs, les hindous, les Chinois, les Mayas et bien d’autres peuples alors qu’ils n’avaient aucun moyen de communiquer entre eux et que certains de ces peuples ignoraient jusqu’à l’existence des autres ! Le mythe de la création est lui aussi identique jusqu’à la caricature chez des civilisations appartenant à des continents différents et n’ayant jamais eu aucun contact. Pour n’en citer qu’un, la Genèse biblique offre un récit similaire presque ligne par ligne avec celui du Popol Vuh des Mayas. Cf. note 68.

Le frôlement des feuilles que l’on tourne fut suivi de la voix de Sarah.

— Dans les deux récits mythologiques, la succession des étapes de la Création est exactement la même. D’abord de l’eau étendue à l’infini, puis la terre, puis le souffle du vent qui donne la vie, la végétation, les animaux, et seulement enfin les hommes. Dans cet ordre et pas un autre ! Pourquoi ? Comment l’expliquer autrement que par un inconscient commun à l’espèce humaine ? Par un savoir enfoui et intuitif issu de souvenirs dont nous n’avons même plus conscience.

Christopher regarda Sarah. Elle avait l’air aussi troublée que lui. Il continua à lire la suite du discours de son père, de plus en plus attentif.

— Cette description de la Création que l’on retrouve donc dans tous les mythes correspond de surcroît, vous en conviendrez, à l’évolution telle que nous la connaissons aujourd’hui grâce à nos recherches scientifiques ! Tout se passe en fait comme si nous avions, gravée en nous, la chronologie de l’histoire de la vie ! On pourrait parler ici d’archéologie mentale. L’exemple le plus frappant qui démontre cette théorie est le cas du patient Emil Schwyzer. Cf. note 12.

— Cet homme schizophrène était interné à la clinique de Zurich (où travaillait Jung), commença Sarah, et voyait au cours de ses délires un soleil muni d’un phallus dont les balancements produisaient le vent. Jung ne parvenait pas à comprendre cette névrose si précise et si originale recensée chez aucun autre patient dans la littérature psychiatrique et psychanalytique pourtant déjà abondante à cette époque. Jusqu’à ce qu’il tombe sur une obscure traduction du culte de Mithra, un dieu indo-iranien dont les premières traces remontent à deux mille ans avant notre ère et dont la vénération s’est éteinte aux environs du IIIe siècle : selon ce culte, le vent est produit par un tube suspendu au soleil. Ce mythe de Mithra ne pouvait absolument pas avoir été connu du patient Schwyzer… qui en avait pourtant l’exacte représentation mentale. Peut-être n’était-ce qu’une coïncidence, mais la précision de la description de la vision du malade et sa similitude avec ce mythe ancestral sont, avouons-le, saisissantes.

Ni Sarah ni Christopher n’avaient jamais entendu parler de ce cas et, malgré l’urgence du moment, ils en perçurent toute l’implication.

— On arrive à la dernière partie du texte, commenta Christopher. La réponse que l’on cherche doit être là. Aujourd’hui, l’existence de cet inconscient collectif semble donc avérée et j’insiste sur ce point, pas seulement chez les schizophrènes ou les personnes atteintes de troubles mentaux : chez tout le monde. Rendez-vous compte qu’autour de cette table, nous sommes tous habités par ces traces de notre passé commun. Chacune des personnes que nous croisons dans la rue, nos voisins, celui qui fait la queue devant nous au supermarché ou qui s’assoit sur le siège d’à côté dans le métro, chaque individu, sans le savoir et en vaquant à ses occupations quotidiennes, transporte avec lui la mémoire de l’existence sur des millions d’années.

Reste une question. Où réside cet inconscient archaïque dans notre cerveau ? Comment se transmet-il ? Est-il codé biologiquement dans notre ADN comme le sont nos réflexes de survie ? Pour Jung, cette approche physique n’est pas la bonne. Le cerveau ne serait qu’un moyen biologique de formuler ces réminiscences originelles. L’inconscient collectif est transmis de génération en génération via la seule entité qui nous survive après notre disparition, dans la couche la plus profonde de notre être : l’âme.

Mais nous sommes ici entre gens de raison, entre gens de sciences, et une hypothèse ne peut nous suffire. Il nous faut des preuves… Cette âme existe-t-elle ? Où se trouve-t-elle pendant la vie ? Et plus important encore, où se trouve-t-elle avant la naissance et après la mort ?

Le programme Pavor nous a permis de mettre au point un appareil révolutionnaire, le graphortex, capable, grâce à des techniques d’hypnose appuyée du psychotrope LS 34, de décoder les ondes cérébrales pour les transformer en images lisibles, sur le même principe qui a jadis permis de décoder les ondes radio pour les transcrire en paroles ou en sons intelligibles. Les régressions mentales auxquelles nous avons soumis nos patients nous ont permis de remonter la mémoire de l’humanité jusqu’à la création de l’univers et son chant d’origine, prouvant ainsi les hypothèses de Jung sur la conservation des événements fondateurs de l’espèce au sein de notre inconscient archaïque.

Notre ambition, mesdames et messieurs, est de mener une expérience révolutionnaire capable de transformer l’existence humaine pour toujours en perçant scientifiquement la plus grande énigme de notre condition : l’existence et l’immortalité de l’âme.

Mais pour cela, nous avons besoin de votre autorisation pour utiliser le graphortex afin de voir ce qu’il y a… après la mort.

– 44 –

Le halo de la lampe torche diffusait une lueur qui éclairait à peine les visages de Christopher et de Sarah. Et ni l’un ni l’autre ne trouvait les mots pour formuler son malaise.

— C’est de la folie, laissa finalement échapper Christopher.

— Lazar va téléphoner d’une seconde à l’autre, c’est pas le moment de réfléchir à ce que l’on vient de lire.

En l’espace d’un flash, Christopher revit son père assis dans son fauteuil à la maison, feuilletant le journal comme si de rien n’était alors que toutes ces idées et ces recherches vertigineuses tournaient en boucle dans sa tête. Comment faisait-il pour ne rien montrer ?

Christopher consulta sa montre. Lazar allait appeler dans quelques minutes. Il était prêt.

Ils attendirent en silence, tous deux troublés, réfléchissant aux implications de ce qu’ils venaient de lire.

Quand le téléphone sonna, Christopher décrocha tout de suite.

— Vous avez trouvé la bonne réponse ? demanda immédiatement Lazar.

— Quand je vous aurai donné ce que vous cherchez, où retrouverai-je Simon ?

— Je vous indiquerai une adresse dans un endroit peu fréquenté. Il sera là et vous attendra.

Christopher s’humecta les lèvres.

— Nous avons finalement mis au jour une pièce secrète attenante au bureau de mon père. Elle contenait cette fois des documents révélant, vous aviez raison, la véritable teneur du projet 488. Je vais vous lire ce que nous avons trouvé. Cela devrait vous suffire à vous prouver l’authenticité de ce que vous allez entendre.