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L’appareil émit un son strident, et l’imprimante se déclencha.

Christopher et Sarah ne quittaient pas des yeux la feuille qui sortait lentement dans un concert de crissements.

Quand le bruit cessa, le bras mal assuré, Christopher souleva la feuille et la retourna d’un mouvement lent pour la filmer. Sarah détecta la circonspection dans le regard de Christopher.

— Quoi ?

Il lui tendit la feuille. Elle était blanche.

Sarah l’examina à son tour et leva la feuille en direction du plafonnier. Son regard se plissa sous l’effet de la surprise.

— Il y a quelque chose, murmura-t-elle.

— Quoi ?

— Regarde… là, là et encore à ces trois endroits.

Christopher saisit la feuille entre ses mains pour être certain de ne pas être victime d’une illusion. Mais il dut se rendre à l’évidence, Sarah avait raison.

— Qu’est-ce que ces marques peuvent signifier ? se demanda-t-il à voix haute.

— Pour le moment, ça veut déjà dire qu’on a la preuve… qu’il y a quelque chose… après.

Elle exposa de nouveau la page à la forte lumière du plafonnier.

Marqués d’une tonalité gris clair qui pouvait échapper au premier regard, cinq points étaient éparpillés à intervalles irréguliers sur la feuille d’imprimante.

*

— Et merde !

Christopher venait d’écraser son poing contre un mur. Cela faisait plus d’une demi-heure que lui et Sarah se torturaient l’esprit pour savoir à quoi pouvaient correspondre les cinq points qui apparaissaient sur la feuille.

Au départ, ils avaient immédiatement cherché à les relier entre eux pour voir si une forme finissait par surgir. Ils avaient tenté plusieurs combinaisons, mais aucune ne donnait de résultat intelligible, seulement des formes géométriques entremêlées sans aucune logique.

Christopher avait alors cru trouver la solution en voyant dans cette dispersion une constellation d’étoiles. Il avait immédiatement envoyé par téléphone le scan de la feuille à l’un de ses contacts. Un astronome avec lequel il entretenait une relation de confiance et qu’il avait coutume d’appeler lorsqu’il préparait des sujets sur les questions ayant trait à l’espace. Malgré l’heure tardive, le scientifique avait accepté de répondre à Christopher toutes affaires cessantes en comprenant que le moment était grave. Il avait entré le schéma des cinq points dans son ordinateur personnel et lancé une correspondance avec les millions d’alignements d’étoiles répertoriés. Le résultat avait été aussi décevant que l’espoir était grand : aucune constellation ne coïncidait à cet alignement.

— Non seulement on n’a aucune idée de ce que représentent ces points, mais en plus on n’est même pas sûrs que le résultat soit le même pour chaque individu. Si ça se trouve, on aurait eu une image complètement différente si c’était toi ou moi qui avions été sur cette table !

Sarah s’apprêtait à lui dire le fond de sa pensée, mais Christopher leva la main comme s’il venait d’avoir une idée.

— Attends deux secondes…

Il sortit de la salle d’expérience et revint quelques secondes plus tard en brandissant une chemise cartonnée. Il posa le dossier sur une table roulante. Dessus était écrit « Résultats expériences ».

— C’était dans l’un des tiroirs du bureau secret de mon père. Quand je l’ai vu tout à l’heure, j’ai cru que c’étaient des feuilles vierges avec seulement quelques taches.

Il saisit la première feuille et la leva vers la lumière. Son visage s’éclaircit.

— Regarde… dit-il.

Sarah voyait comme lui très clairement les cinq mêmes points alignés de façon similaire.

Ils vérifièrent sur chacune des feuilles et trouvèrent chaque fois les cinq points positionnés exactement de la même façon.

— Tous les cobayes ont vu la même chose, conclut Christopher. Cette vision post mortem semble donc… universelle. Malheureusement, cela ne nous en dit pas plus sur le sens de tout ça.

Sarah appréhendait d’énoncer la seule option qui leur restait.

— On a tout essayé. Quand il appellera, prends les devants et…

— Et je vais lui dire quoi ? Alors voici votre réponse, Lazar : quand vous serez mort, vous verrez cinq trucs flotter dans l’air ?! Il va tuer Simon !

— Christopher, écoute-moi, reprit Sarah de cette voix calme dont elle avait le don.

— Je deviens dingue, soupira-t-il en secouant la tête.

— C’est nous qui avons le pouvoir en main. Appelle Lazar, dis-lui que maintenant, c’est toi qui fixes les règles. Dis-lui que nous avons trouvé la réponse qu’il cherchait. Que tu l’as en ce moment même sous les yeux. Mais que s’il veut la voir, il doit d’abord te rendre Simon sain et sauf.

— Il va continuer à le torturer jusqu’à ce que je cède et que je lui envoie les réponses !

— Alors tu lui répondras que s’il fait ça, tu détruiras la preuve qu’il cherche tant. Tu réalises que ce qu’il nous demande est la quête de sa vie. Il est malade, il n’en a plus pour longtemps. Il n’aura plus l’occasion de reprendre ses recherches. Simon est son dernier moyen de pression. Il ne le supprimera pas.

— Et puis je te rappelle qu’il voulait aussi avoir la tête du responsable du programme MK-Ultra !

— Dis-lui qu’il l’aura dans un second temps.

Christopher sentait intuitivement que les arguments de Sarah étaient les bons. Mais aurait-il le courage de poser la tête de Simon sur le billot en défiant le bourreau d’abattre sa hache ?

Quand ce fut l’heure de la fin de l’ultimatum, son cœur se crispa une nouvelle fois.

— Je vous écoute et votre gamin aussi, gémit Lazar dans le combiné. Afin que vous réfléchissiez bien avant de parler, je vous précise que le couteau de Sergueï ne demande qu’à trancher la main du petit, et pourquoi pas la gorge.

— J’ai trouvé ce que vous cherchiez, déclara Christopher.

La gorge sèche, il était prêt à dire qu’il ferait n’importe quoi pour qu’on ne fasse pas de mal à Simon, mais il croisa le regard de Sarah qui venait de se mettre en face de lui.

— Bien. Je vous écoute, répondit Lazar.

Christopher inspira et tourna le dos à l’inspectrice. Elle se pinça les lèvres, redoutant d’entendre les paroles de désespoir d’un père qui signe l’arrêt de mort de son fils en voulant le sauver.

— Si vous saviez, dit Christopher. Si vous saviez ce que j’ai sous les yeux.

— Eh bien, quoi ? s’impatienta Lazar.

— Eh bien, vous retireriez immédiatement cette lame avec laquelle votre homme de main menace mon fils. Parce que vous auriez trop peur que je fasse de même avec le trésor que vous cherchez depuis tant d’années.

Sarah sourit presque de fierté en entendant Christopher parler avec autant de cran.

— Ne jouez pas à ça avec moi, Christopher, souffla Lazar. Vous avez plus à perdre que moi.

— Je ne crois pas. Et c’est pour cela que vous allez me dire où se trouve Simon afin que je vienne le chercher. Lorsque je l’aurai récupéré sain et sauf, je vous donnerai ce que vous attendez et vous pourrez mourir en paix.

— Voici ce que l’on va faire, Christopher, rétorqua Lazar. Sergueï, amène le gamin qu’on l’entende bien lorsqu’il va crier.

Christopher sentit ses jambes se dérober sous lui.

— Donc, reprit Lazar, votre fils va se faire couper un doigt jusqu’à ce que vous cédiez et que vous m’envoyiez la preuve que vous avancez, avec la vidéo qui montre le processus entier. Je vous laisse trois secondes pour réfléchir. Un…

Sarah retint sa respiration. C’est à cet instant qu’il ne fallait pas flancher. Elle capta le regard de Christopher. Il avait les yeux rougis par l’épreuve.