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— J’ai dû faire un choix lorsque tu étais aux mains de ce tueur… un choix terrible. Mais je l’ai fait.

Il eut le courage de relever la tête et de la regarder en face. Sarah ne put s’empêcher de comparer son attitude franche avec celle fuyante d’Erik qui l’avait quittée en baissant les yeux.

— J’ai profité que tu étais… prisonnière de ce type pour tenter d’ouvrir le passage menant au vestibule secret de mon père. Alors que tu m’appelais à l’aide… j’ai fait le choix de t’abandonner, pour essayer de sauver Simon à temps… Je suis tellement désolé…

Sarah ne lui en voulait pas. Comment l’aurait-elle pu ? Elle louait l’instinct de défense d’un homme pour un enfant. Y compris à son détriment. Christopher n’avait fait que suivre la seule voie possible dans une situation impossible.

Cette décision impossible n’avait aucune importance. Non, ce qu’elle retenait de lui, c’est le courage inouï d’un homme qui tenait debout malgré la mort de son frère, l’assassinat de sa mère et le rapt de son fils adoptif. Un homme qui pas une fois n’avait eu peur pour sa propre vie pourvu qu’il sauve celle de Simon.

Et à ce courage physique s’ajoutait désormais une droiture morale quand il osait lui confier, en face et sans attendre, ce qu’il pensait être une faiblesse et un abandon.

Cette réflexion qui mûrissait en elle se traduisit par un regard compréhensif et accueillant qui bouleversa Christopher.

— J’aurais fait la même chose à ta place, se contenta-t-elle de dire.

Transpercé par la bienveillance et la générosité de Sarah, Christopher se leva et franchit les quelques mètres qui les séparaient pour entourer son visage de ses mains chaudes.

Elle se laissa faire. D’un doigt, il repoussa la mèche qui ombrageait la partie meurtrie de son visage et l’embrassa sur son œil encore blessé, le haut de sa joue brûlée, jusqu’à descendre à la commissure de ses lèvres.

Elle plaqua les courbes de son corps contre le sien et l’embrassa à son tour.

Christopher frissonna au contact de cette bouche qu’il avait tant désirée et qui s’offrait enfin à lui.

Alors que sa chemise glissait le long de son dos et que les mains de Christopher caressaient avec fougue la cambrure de sa chute de reins, Sarah sentit que quelque chose de plus fort qu’une simple fièvre charnelle la gagnait. Quelque chose de durable.

Plus tard, quand ils s’allongèrent sous les couvertures, Sarah serrant le bras de Christopher contre sa poitrine sans plus aucune pudeur, leurs corps avaient l’espace d’un moment oublié leurs blessures et leurs crispations. Et leurs esprits, bien qu’encore terriblement inquiets, s’étaient épargné l’effondrement dans l’angoisse en s’octroyant quelques instants d’oubli.

*

Vers 6 heures du matin, Christopher était encore assoupi. Sarah était déjà debout depuis deux heures. Elle réveilla Christopher avec tendresse. Il ouvrit les yeux au contact de ses lèvres sur les siennes.

— Il est l’heure… chuchota Sarah.

— Ça fait combien de temps que tu es levée ?

— Le temps qu’il m’a fallu pour en savoir plus sur ce Davisburry et cette mine de Soudan. Je te raconterai dans l’avion.

Christopher la regarda avec un air qui disait combien il était heureux de l’avoir auprès de lui. Puis il l’embrassa comme si cela faisait plusieurs mois qu’ils vivaient ensemble et se leva pour aller prendre une douche.

Sarah se pinça les lèvres. Et si l’appréhension n’avait pas été aussi tenace, elle aurait souri.

En moins de trente minutes, ils avalèrent le repas qu’Edmundo avait eu la politesse de leur déposer devant la porte et saluèrent à la hâte le propriétaire des lieux avant de rejoindre leur 4 × 4 toujours garé sur la pelouse.

Christopher filait aussi vite qu’il le pouvait sur les lacets de montagne pour gagner la plaine. En à peine vingt minutes, ils atteignirent le centre-ville toujours désert de Georgetown, dont les quelques bâtiments semblaient des maquettes sous le ciel doré du soleil levant.

Ils rendirent le véhicule au loueur du seul magasin de la ville et entrèrent dans l’aéroport de fortune.

Le comptoir de vente de billets était ouvert et, comme personne ne comptait embarquer pour Brize Norton, ils obtinrent facilement deux places pour le vol qui décollait moins d’une heure plus tard.

Alors qu’ils rejoignaient à pied l’appareil déjà prêt à décoller sur le tarmac, Sarah reçut deux messages de son supérieur, Stefen Karlstrom. Le premier lui demandait de donner des nouvelles. Le second lui ordonnait de rappeler dans les deux heures sous peine de poursuites.

Sarah lui répondit par SMS.

L’enquête m’a conduite jusqu’à l’île de l’Ascension. Désormais en direction de Minneapolis. Fais-moi confiance, tu ne seras pas déçu. Accorde-moi encore quarante-huit heures et l’enquête est bouclée.

 La réponse ne tarda pas à arriver.

Quarante-huit heures, pas une minute de plus.

— Un problème ? demanda Christopher.

— Non, rien que je ne puisse régler, t’inquiète pas.

Une hôtesse les accueillit à la porte de l’avion en leur disant qu’ils pouvaient s’installer où ils le souhaitaient.

Christopher prit place en se frottant le visage. Il avait envie de croire que c’était bien la dernière ligne droite. Que bientôt, il serrerait Simon dans ses bras et que toute cette histoire serait terminée. Mais rien n’était moins certain.

Christopher essaya de respirer profondément, mais l’air entra par saccades. Il se laissa retomber sur le dossier du siège de l’avion et passa les mains sur son visage.

— Minneapolis, c’est à combien d’heures de vol de Londres ?

— Neuf heures. Et ensuite, en voiture, on doit compter trois heures et demie pour rejoindre la mine.

Sarah posa sa main sur celle de Christopher pour tenter de l’apaiser.

— Et sur place, on va faire quoi ? Est-ce qu’on est sûrs de trouver ce Davisburry ? Et quand bien même on le trouverait, il va tout nous dire, comme ça, pour être gentil avec nous ? Sarah… tu sais comme moi que ce qu’on fait n’a aucun sens !

Les moteurs de l’avion se mirent à tourner. L’appareil recula pour rejoindre la piste de décollage et s’envola.

— Voici ce que j’ai trouvé ce matin, dit Sarah quand l’appareil fut stabilisé en vol de croisière. Davisburry est un industriel millionnaire du secteur médical. C’est aussi un fervent défenseur de la foi catholique et un des donateurs de la très prosélyte Liberty University.

— OK, et cette mine ?

— La mine de Soudan est effectivement abandonnée. Mais depuis une vingtaine d’années, ses galeries ont été en partie recyclées pour installer un centre de recherche.

— C’est-à-dire ?

— Le Soudan Underground Laboratory. Un centre d’expérimentation… en physique des particules et astronomie.

Christopher ferma les yeux. Où cette nouvelle découverte allait-elle encore les mener ?

— Je réfléchirai plus tard à ce que ça peut vouloir dire. Dis-moi plutôt comment on fait pour rejoindre un centre de recherche qui doit coûter des milliards et dont l’accès est à mon avis très réservé.

— La mine fait partie des monuments historiques du patrimoine américain, ce qui veut dire qu’on peut la visiter.

— OK, enfin une bonne nouvelle.

— Si on ne prend pas de retard, et compte tenu des délais d’attente entre chaque vol, on sera sur place dans… vingt-trois heures. Ensuite, il faudra faire au plus vite pour trouver un moyen d’entrer dans le laboratoire, espérer que Davisburry s’y trouve bien et le faire parler. Si on veut prendre le premier avion possible pour le retour, cela nous laisse à peine deux heures pour tout faire.