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Christopher ramassait leurs tickets et venait de demander s’il y avait bien un laboratoire de recherche souterrain dans la mine quand il remarqua que l’expression si souriante de la jeune femme se muait brutalement en une attitude nerveuse. Non pas à cause de la question de Christopher, mais parce qu’elle avait vu quelque chose dans leur dos.

Christopher et Sarah se retournèrent pour voir arriver une berline noire aux vitres teintées, qui se gara elle aussi au plus près du baraquement de l’entrée.

— Euh… finalement, la descente va avoir lieu maintenant, précisa la jeune femme de l’accueil. Si vous voulez bien vous rendre immédiatement à l’ascenseur. Eh oui, il y a bien le laboratoire, mais il n’est pas ouvert au public. Bonne descente !

De la voiture noire sortit un homme assez jeune, en costume. De petites lunettes cerclées d’or sur le nez, il avait les yeux rivés sur son smartphone. Sans lever la tête, il marcha vers l’ascenseur, longea la file d’attente, salua le guide qui attendait à l’entrée et prit place dans la cabine.

Le guide secoua une cloche et pressa les visiteurs d’entrer à leur tour en distribuant à chacun un casque de sécurité bleu.

À peine Christopher et Sarah s’étaient-ils fait une place dans la cage de métal que le guide referma la grille, souhaita la bienvenue aux visiteurs et déclama fièrement qu’ils allaient désormais faire un voyage de plus de sept cents mètres en ligne droite vers le centre de la Terre. Quelques exclamations impressionnées vinrent couvrir le bruit de l’ébranlement de la ferraille annonçant le début de la descente.

Alors que le froid pénétrait lentement à travers les vêtements et que l’ampoule accrochée au plafond s’éteignait par intermittence, Christopher et Sarah tentèrent de voir de plus près l’homme en costume qui était sorti de la berline noire. Mais ce dernier s’était collé au fond de l’ascenseur, dans leur dos, et, dans un si petit espace, il eût paru trop suspect de se retourner. Ils pouvaient cependant être à peu près certains que ce type n’était pas un touriste et qu’il travaillait probablement ici. Soit pour la mine elle-même, soit pour le laboratoire.

Et compte tenu de la diligence avec laquelle le guide avait accéléré le départ, il existait de très fortes probabilités pour qu’il occupe un poste à responsabilités.

Après une poignée de minutes de descente, l’ascenseur ralentit et s’arrêta dans un bruyant soubresaut.

Le rideau de métal coulissa et s’ouvrit sur une galerie souterraine dont la pente rocheuse descendait vers une dizaine de wagonnets à deux places accrochés à une locomotive jaune. Des spots lumineux placés au sol balisaient le chemin jusqu’aux rails.

Christopher et Sarah voulurent s’asseoir dans le dernier wagon pour avoir une vue d’ensemble, mais l’homme en costume les dépassa et s’y plaça le premier. Ils durent prendre place dans le wagonnet juste devant lui.

— Attention au départ ! lança le guide, debout sur la rame locomotrice de tête.

Le petit train s’ébranla et passa devant trois scènes reconstituées avec des mannequins de mineurs de l’époque au travail. Face à chaque tableau, un panneau rappelait en quelques chiffres la dangerosité du métier, mais aussi la fierté de ceux qui y travaillaient.

Au terme de cette introduction, le guide demanda à tout le monde de bien rester assis pendant la suite du trajet, car les conduits par lesquels ils allaient passer étaient bas de plafond.

Le petit train accéléra son rythme et entama un périple tortueux dans une zone éclairée seulement par les phares avant de la locomotive. Si bien que tous les wagonnets de l’arrière étaient plongés dans l’obscurité.

Finalement, le train freina et s’arrêta.

— Personne ne descend ! lança le guide dans un hygiaphone. Cet arrêt est uniquement technique. Nous attendons le positionnement d’un aiguillage. Nous allons repartir dans quelques secondes. Merci ! Et faites attention aux fantômes !

Le temps que quelques personnes gloussent, et le train se remit en marche.

— Merci d’avoir patienté ! Nous voilà repartis !

Au même moment, Christopher perçut du coin de l’œil une forme passer juste à côté de lui. Par instinct, il se retourna. L’homme en costume n’était plus derrière eux.

— Sarah… chuchota-t-il.

— Je sais, murmura-t-elle. Mais attends, pas maintenant…

Christopher vit s’éloigner l’homme en costume qui éclairait son chemin avec une lampe de poche.

— On va le perdre, s’agaça Christopher.

— On y va, lança Sarah.

Sauter du train ne semblait pas impossible, mais restait un exercice périlleux. On n’y voyait rien et l’espace entre les wagons et les parois de la grotte était variable.

Sarah n’attendit pas. Elle se leva, posa un pied à terre dans le sens de la marche et courut tout en s’accrochant à la rambarde du wagon de sa main valide. Puis elle lâcha prise et parvint à freiner sa course sans perdre l’équilibre.

Christopher mit à son tour un pied à terre et, voulant imiter Sarah, il agit avec diligence. Mais surpris par la vitesse, il trébucha et fut rattrapé de justesse par Sarah. À une seconde près, sa tête percutait la paroi rocheuse.

— Merci, souffla-t-il.

Puis il serra la main de Sarah et, suivant chacun la roche du tunnel de l’autre main, ils empruntèrent la même direction que l’homme en costume dont la lueur venait de disparaître vers la droite.

Ils s’approchèrent sans faire de bruit et découvrirent un boyau creusé qui quittait la galerie centrale vers la droite.

L’homme en costume se tenait au bout du conduit rocheux, devant une porte. Il était penché sur un petit haut-parleur enchâssé près du battant, visiblement agacé.

— C’est quoi, ce foutoir ? Ça fait plus de deux minutes que j’attends ici ! Vous étiez où ?

Une voix essoufflée surgit du petit amplificateur vocal.

— Pardon, monsieur Kenston, mais la mise en marche du nouveau module est imminente et… et… excusez-moi, j’ai couru, j’ai du mal à parler, et les ingénieurs avaient besoin de tout le personnel pour fixer les derniers éléments dans les plus brefs délais. C’est M. Davisburry qui l’a demandé. Il est impatient, comme vous le savez. J’ai donc dû m’absenter quelques instants. Je confirme votre identité tout de suite. Allez-y.

Jonas Kenston plaqua la paume de sa main sur l’écran biométrique et on entendit un son électrique qui commandait l’ouverture de la porte blindée.

Sans prévenir, Sarah surgit de leur cachette..

L’assistant de Davisburry tourna la tête en entendant le martèlement des pas derrière lui et se précipita pour franchir la porte. Sarah le rattrapa et le poussa, tant et si bien que l’homme bascula en arrière. Une fois au sol, Sarah le retourna face contre terre, un bras coincé dans le dos.

Christopher déboula derrière et se faufila juste avant que la porte ne se referme.

Ils étaient dans une espèce de sas aux murs et au sol gris, au sommet d’un escalier en métal descendant encore plus bas dans les profondeurs. Un homme en tenue de gardien leur faisait face, l’air paniqué. Il tourna la tête vers un bouton d’alarme fiché dans le mur.

Sans réfléchir, Christopher se jeta dans sa direction. Plus rapide et entraîné qu’il en avait l’air, le garde détourna l’offensive maladroite de Christopher qui chuta sur les marches de l’escalier.

Et alors que le garde s’apprêtait une nouvelle fois à enfoncer le bouton d’alarme, il fut surpris par Sarah qui se ruait sur lui. Elle évita le coup que le gardien tenta de lui porter avant de lui écraser son poing dans le flanc. L’homme se plia en deux et Sarah l’assomma.